CRITIQUES DE FILMS 4

 

 

 

 

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Poupoupidou

 

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Poupoupidou
de Gérald Hustache-Mathieu

Sortie en salles : 12 janvier 2011
Durée : 1h45
Scénario : Gérald Hustache-Mathieu, Juliette Sales
Photographie : Pierre Cottereau
Musique : Stéphane Lopez

Distribution : Diaphana Distribution

 

Poupoupidou est le deuxième long-métrage de Gérald Hustache-Mathieu, après Avril, sorti en 2006, un film qui racontait la découverte de la vie et de l'insouciance par une jeune religieuse, partie à la recherche de son frère. Si Avril se passait au bord de la mer, sous le chaud soleil de Camarque, Poupoupidou, lui se passe sous la neige du Jura, à Mouthe, une petite bourgade de campagne connue essentiellement pour ses quelques pistes de ski et pour le record de froid enregistré en 1968, -36°, qui en a fait à l'époque la ville la plus froide de France.

 

Venu à Mouthe pour un héritage qui s'avère particulièrement décevant et qui finit dans une benne à ordure, David Rousseau, auteur de romans policier à succès interprété par Jean-Paul Rouve, assiste par hasard à la découverte du corps d'une starlette locale. Pensant trouver l'inspiration pour son prochain livre, il s'installe à l'auberge du village et commence à enquêter sur ce suicide apparent qui, par une bizarrerie géographique, est classé sans suite.

 

Au gré de ses investigations et de ses rencontres avec les Meuthiards, David Rousseau va faire la connaissance de la disparue, égérie d'une marque de fromage local qui entretenait un peu plus qu'une vague ressemblance avec Marilyn Monroe.

 

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Avec Poupoupidou, Hustache-Mathieu signe un film noir à la française, avec femme fatale, mystère épais et retournements de situation. Un film qui, non content de remplir son cahier des charges classique, aborde le genre avec suffisamment de distance et de fantaisie pour ne pas sombrer dans le ridicule. Eh oui, Jean-Paul Rouve, n'est pas vraiment Humphrey Bogart et Sophie Quinton, même peroxydée n'a pas le charisme de Marilyn. Quand à Mouthe, le moins que l'on puisse dire est que cette ville perdue du Jura est quand même moins ciné-génique que New York ou Los Angeles. Mais qu'à cela ne tienne, le réalisateur choisit d'aborder son histoire avec humour, afin de pallier à cette impossibilité de faire un véritable film noir à l'américaine.

 

Notre héros se démène donc pour démêler les fils du destin tragique de Candice Lecoeur, la blonde jurassienne né le même jour que Marilyn et morte dans des circonstances aussi tragique que son modèle. Pour l'aider dans ses recherches : une ouïe sur-développée qui lui sera rarement utile et un policier intègre qui a défaut d'être devenu majorette, se rêve en policier canadien. Rapidement l'écrivain va se rendre compte qu'à force de remuer la neige à Mouthe, il risque lui aussi d'avoir des problèmes. 

 

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La vérité se dévoile au long du film dans une alternance entre flashbacks et retours au présent, qui s'enchevêtrent jusqu'à un final où le fantasme et quelques mots écrits par Candice avant sa mort, permettent à l'apprenti détective de rejoindre sa muse pour quelques instants. Jean-Paul Rouve est plutôt convaincant dans ce rôle d'écrivain taciturne aussi obstiné qu'incompétent et la jolie Sophie Quinton incarne avec justesse cette jeune femme fragile et fascinée par la célébrité.

 

Avec un vrai recul qui joue sur l'absurdité des situations et la médiocrité du cadre comme des protagonistes, Hustache-Mathieu évite la pâle copie franchouillarde des classiques américains. Il flirte avec la parodie tout en traitant son sujet avec sérieux et émotion. Le choix de situer l'action de ce film noir dans un environnement glacial et neigeux évoque d'ailleurs le Fargo des frères Coen, même si l'humour de Poupoupidou n'est pas aussi noir.

 

Au final Poupoupidou s'avère être une bonne surprise malgré quelques maladresses, un petit film divertissant et original, qui se regarde avec plaisir.

 

 

Martin Griffault

 

 

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Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans

 

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http://img691.imageshack.us/img691/1548/badlieutenantn.jpg Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans
de Werner Herzog

Sortie en salles : 17 mars 2010
Durée : 2h02
Scénario : Billy Finkelstein, William M.
Finkelstein
Photographie : Peter Zeitlinger
Musique : Mark Isham


Distribution : Metropolitan FilmExport

 

En 1992, Abel Ferrara réalise  Bad Lieutenant, un polar noir qui nous plonge dans la déliquescence d'un flic new-yorkais pourri jusqu'à la moelle, rongé par ses diverses addictions, à la drogue, aux paris sportifs et au sexe. L'un des plus grands rôles d'Harvey Keitel, qui campe ce personnage avec une hargne et un jusqu'au-boutisme impressionnants. Dans ce film, le lieutenant sans nom de Ferrara confisque le butin d'un casse à des voleurs, racket des dealers pour de la drogue, viole verbalement deux adolescentes pendant un contrôle routier, et préfère passer son temps libre à se shooter avec sa maîtresse junkie plutôt que de s'occuper de sa famille, bref une belle ordure jusqu'à ce qu'on le charge d'enquêter sur le viol d'une bonne sœur, et qu'il traverse une crise de conscience qui va l'emmener sur le chemin de la rédemption.

 

En 2010, un remake de ce film culte est sorti sur nos écrans avec Werner Herzog au poste de réalisateur. Le réalisateur d'Aguirre, la colère de dieu, de Fitzcarraldo et plus récemment de Grizzly Man et Rescue Dawn a décidé de se frotter à la figure du Bad Lieutenant et de lui faire quitter ses bas-fonds new-yorkais pour l'emmener faire un tour en Nouvelle Orléans.

 

Alors attention, le film d'Herzog n'est pas à proprement parler un remake de celui de Ferrara. Interrogé sur l'œuvre de son prédécesseur, Herzog a clamé pendant toute la promotion d'Escale à la Nouvelle Orleans qu'il n'a jamais vu le film original et que sa version n'a rien à voir avec ce que les spectateurs ont pu découvrir en 1992. Et en effet, le Bad Lieutenant cuvée 2010 s'éloigne assez radicalement de ce à quoi le public était en droit de s'attendre à l'annonce du projet.

 

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Escale à la Nouvelle Orléans nous plonge dans la vie de Terence Mc Donough, un policier cynique et "borderline" qui va peu à peu sombrer dans l'enfer de la drogue. Après le passage de l'ouragan Katerina, Terence se blesse à la colonne vertébrale en voulant sauver un prisonnier de la noyade. Martyrisé par son dos, il commence par prendre des analgésiques, mais plonge rapidement dans une spirale de dépendance et finit par carburer à la cocaïne et au crack. Alors qu'on lui confie une importante affaire de meurtre, le Bad Lieutenant voit sa vie partir en lambeaux à cause de ses écarts de plus en plus régulier avec la justice. Couvert de dettes, passant par des phases hallucinatoires aiguës, perdant peu à peu le contrôle de ses actes, Terence doit également composer avec sa petite amie prostitué, son père alcoolique et les agents des affaires internes qui commencent sérieusement à douter de son intégrité.

 

Si l'on retrouve un personnage proche de celui campé par Harvey Keitel en 92, Terence McDonough conserve malgré tout un semblant de sociabilité là où il aurait pu perdre tout lien avec la réalité et basculer dans la violence, le meurtre et la folie. Le film de Herzog se veut moins noir que celui de Ferrara. Le choix de délocaliser l'action à la Nouvelle Orléans change le climat général du film. La nuit new-yorkaise a laissé place au soleil de la Louisiane et même si l'atmosphère reste poisseuse, le réalisateur ménage quelques fulgurances d'humour, comme ce dénouement improbable qui ressemble étrangement à une intervention divine.

 

Et puisque l'on parle de dieu, il est important de signaler qu'Herzog a fait un choix assez radical en construisant son remake. Dans le film de Ferrara, le Bad Lieutenant enquêtait sur le viol d'une bonne sœur et la profanation d'une église. La religion était au cœur de cette histoire de pardon, de rédemption et d'épiphanie. Herzog a fait le choix d'expurger complètement sa version du mysticisme qui abondait dans la vision de Ferrara. Son Bad Lieutenant n'est plus en guerre avec dieu et les seules intervention « fantastiques » dans le récit sont attribué à l'état de Terence. Ces quelques scènes sont d'ailleurs les plus marquantes du film. Lorsque Herzog s'amuse à filmer en très gros plan un iguane imaginaire, lorsque nous suivons en caméra embarquée un alligator ou lorsque l'âme d'un mort se lance dans une danse endiablée au dessus de son cadavre, le film prend d'un seul coup une autre dimension, plus fantastique ou psychédélique.

 

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Après avoir cachetonné pendant quelques années sur des projets plus que moyen du genre Ghost Rider , Next, ou Bangkok Dangerous , Nicolas Cage s'offre un rôle sur mesure avec ce personnage exubérant et cocaïné. Quelques minutes seulement après le début du film, Terence apparaît soudain comme un homme blessé, à la silhouette tordue, un homme qui ne tient debout que grâce aux drogues qu'il absorbe sans arrêt. Et tout au long du film, Cage livre une performance déjantée et réjouissante qui constitue l'un de ses meilleurs rôles depuis longtemps. La scène où il terrorise deux vielles dames pour leur faire avouer où se trouve un suspect restera sans doute dans les annales.

 

Le Bad Lieutenant d'Herzog s'avère plus anecdotique que le film original, moins trash et moins radical, mais il mérite malgré tout le coup d'œil, pour ses côtés psychédéliques, sa mise en scène qui alterne entre classicisme et séquence oniriques complètement barrées et pour la galerie de personnages, qui de Val Kilmer à Eva Mendes, en passant par Brad Dourif et le rappeur Xzibit, peuple cette Nouvelle Orleans de cauchemar dépeinte par Herzog.

 

 

Martin Griffault

 

 

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The Tree of Life

 

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http://img546.imageshack.us/img546/9180/thetreeoflifeterrencema.jpg The Tree of Life
de Terrence Malick (voir le dossier réalisateur)

Sortie en salles : 17 mai 2011
Durée : 2h18
Scénario : Terrence Malick

Photographie : Emmanuel Lubezki
Musique : Alexandre Desplat


Distribution : EuropaCorp Distribution

 

Dire que The Tree of Life était un film attendu relève de l'euphémisme. Comme toujours avec Terrence Malick, ce film a mis bien longtemps à voir le jour. Dès 1978, quelques mois avant la sortie en salles des  Moissons du Ciel, le réalisateur commence à travailler sur un nouveau projet intitulé sobrement Q. L'idée de départ était de faire un film choral, un drame ancré dans le Midwest américain au moment de la première guerre mondiale, avec un important prologue sur la préhistoire. Dans une version plus avancée du scénario, la partie moderne est supprimée et l'intégralité du film doit alors retracer l'évolution de l'univers et la naissance de la vie sur terre, à travers le rêve d'une créature préhistorique.

 

Mais comme chacun sait, Malick ne mène pas ce projet à bout et disparait pendant une vingtaine d'année, avant de revenir sur le devant de la scène avec un film très différent : La Ligne Rouge.

 

Aujourd'hui, The Tree of Life ressemble étrangement à une résurrection de Q, ce projet avorté il y a plus de trente ans, que le réalisateur aurait transformé pour n'en garder que certains éléments.

 

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L'histoire se développe sur trois périodes temporelles aux échelles très différentes. La première correspond à l'époque moderne, et consiste en une journée de la vie de Jack O'Brien. La seconde est situé dans les années cinquante et couvre l'enfance de Jack, de sa naissance à son entrée dans l'adolescence. Enfin, la troisième période est beaucoup plus longue, puisqu'elle débute avec le big-bang et se prolonge jusqu'à la future destruction de la Terre, consumée par notre soleil mourant, dans quelques milliards d'années.

 

En imbriquant ces trois temporalités, l'ambition de Malick était de faire un grand film sur la vie en général et celle des hommes en particulier. Quelle peut être notre place dans ce monde en perpétuelle mutation ? Qu'est-ce qui demeure vrai alors que tout change ? Qu'est-ce que Dieu ? Où diable se cache-t-il ? Les poissons peuvent-ils nous expliquer le sens de la vie ? Voilà certaines des questions que pose Malick à travers ce film.

 

Finalement rien de nouveau chez ce réalisateur qui a l'habitude de saupoudrer ses œuvres de grandes questions métaphysiques et de longues contemplations philosophiques. Sauf que cette fois-ci, Malick néglige la fable pour nous proposer un film moins romanesque et plus fragmenté. Dans ses précédents scénarios, l'histoire avec un petit « h » permettait aux spectateurs de s'identifier sans problème aux personnages et de plonger avec eux dans l'histoire avec un grand « H ».

 

Dans La Ballade Sauvage, nous suivions la cavale meurtrière d'un jeune couple. Dans Les Moissons du ciel, le récit s'articulait autour d'un triangle amoureux particulièrement dramatique. Dans La Ligne Rouge, des soldats devaient remporter une bataille importante de la Guerre du Pacifique. Et enfin dans Le Nouveau Monde , les personnages partaient à l'aventure à tour de rôle vers des territoires inconnus, sans parler de l'histoire d'amour impossible entre John Smith et Pocahontas.

 

Dans The Tree of Life, le drame qui sert de support aux thématiques fétiches de Malick est réduit à sa plus simple expression. Un jeune garçon découvre l'existence avec tout ce qu'elle peut avoir de contradiction et de poésie ; le même, plus vieux s'interroge sur sa place dans le monde. Et... c'est à peu près tout.

 

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Cette légèreté du scénario est à mon avis un sérieux obstacle à l'implication des spectateurs dans le film. Ballotté sans explication d'une époque à l'autre et plongé ponctuellement dans des digressions cosmogoniques sans rapport avec le reste du film, le public est censé se laisser aller à la contemplation et à la méditation, mais au final, il doit surtout lutter contre l'ennui pendant de longues minutes en attendant que le drame progresse un tant soit peu.

 

Face à ce patchwork d'images, d'impressions, de fantasmes et de symboles qui tiennent lieu de péripéties, nous sommes encore une fois accompagnés par plusieurs monologues en voix off, une des marques de fabrique du réalisateur. Mais alors que dans d'autres films, en particulier dans La Ligne Rouge, Malick avait réussi à trouver un équilibre fragile, presque miraculeux, entre la voix off et les images, ici, l'ensemble paraît artificiel et accumule les poncifs mystiques et new-ages. Déjà dans Le Nouveau Monde, la balance subtile entre le mélodrame et les considérations philosophiques n'était pas aussi bien dosée que dans La Ligne Rouge et tenait plus du procédé, mais ici on bascule carrément dans le laïus prétentieux à la limite du prosélytisme.

 

Malick serait-il en train de vieillir ? Pour la première fois, sa recette imparable à base de nature magnifiée, de drames humains et d'interrogations existentielles commence à sentir le réchauffé et ses thèmes récurrents ne sont plus traités avec subtilité mais avec de bons gros sabots. En retraçant l'histoire de la vie dans ses grandes largeurs et en la confrontant à l'existence sans grand intérêt de son personnage, le réalisateur se répète et signe un film mineur qui ne mérite pas vraiment cette Palme d'Or sans doute décernée, plus pour l'ensemble de sa carrière que pour son dernier effort.

 

 

Martin Griffault

 

 

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Le Chat du Rabbin

 

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http://img35.imageshack.us/img35/5760/chatdurabbin.jpg Le Chat du Rabbin
de Joann Sfar & Antoine Delesvaux

Sortie en salles : 01 juin 2011
Durée : 1h40
Scénario : Joann Sfar, Sandrina Jardel

Photographie : Jérôme Brezillon
Musique : Olivier Daviaud


Distribution : UGC Distribution

 

Après son premier long-métrage  Gainsbourg (Vie Héroïque), sorti l'année dernière, le bédéaste Joann Sfar continue d'explorer les possibilités du septième art et se tourne aujourd'hui vers le cinéma d'animation. Pour son nouveau projet, il fait le pari d'adapter sur grand écran une de ses propres séries de bande dessinée à succès : Le Chat du Rabbin. Pour mener à bien cette noble entreprise, il s'associe à Antoine Delesvaux et Clément Oubrerie pour fonder d'une part la société de production Autochenille, et d'autre le studio d'animation Banjo Studio. Deux structures qui leur ont permis de financer et de réaliser ce projet. À noter que plusieurs autres adaptations de BD attendent dans les tiroirs d'Autochenille, dont celle d'Aya de Youpougon, fameuse série de Marguerite Abouet et Clément Oubrerie.

 

Le Chat du Rabbin nous entraîne dans l'Algérie du début du XXème siècle et nous raconte les aventures du Rabbin Sfar, de son chat, de sa fille et de toute une galerie de personnages hauts en couleur. Tout commence lorsque le chat du rabbin croque le perroquet bavard de son maître et gagne du même coup la parole. Une fois la surprise passée, le rabbin s'étonne de voir que son chat qu'il considérait jusqu'alors comme un animal aimant mais stupide, s'avère être en fait un menteur et un polémiste de premier ordre.

 

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En partant de ce prétexte fantastique, plus proche du conte que du récit réaliste, Joann Sfar et son co-réalisateur Antoine Delesvaux construisent leur histoire par petites touches, avec beaucoup d'humour et posent quelques questions fines sur la foi et les religions. Le choix de situer l'action entre l'Algérie française et l'Afrique en pleine période coloniale leur permet aussi de mettre en scène le racisme et l'antisémitisme quotidien de l'époque. Mais plutôt que de forcer le trait, ils préfèrent y aller en douceur et ridiculiser, plus ou moins gentiment, tout les communautarismes et les fanatismes quels qu'ils soient, pour mieux prôner l'amitié entre les hommes. Au passage, Sfar en profite pour régler son compte à l'un des plus grands noms de la bande dessinée, dans une séquence hilarante dont je vous laisse la surprise. Finalement, en servant de tribune à un chat espiègle et impertinent, ce film réussit à faire passer un vrai message d'amour et de tolérance tout en évitant d'être moraliste.

 

Encore une fois, Le Chat du Rabbin vient contredire ceux qui persistent à penser que l'animation ne s'adresse qu'aux enfants. Je me suis posé la question de savoir si ce film conviendrait aux plus jeunes et ma conclusion est que s'il peut sans doute séduire les collégiens, leurs petits frères et petites sœurs risquent de s'ennuyer un peu car le scénario est plutôt bavard.

 

Mais pour tous ceux qui ont dix ans révolus, ne ratez pas ce film. On retrouve le style graphique très particulier de Sfar dont on avait pu avoir un bref aperçu dans le générique de Gainsbourg. On est charmé par les couleurs magnifiques et l'alternance rafraichissante entre un trait parfois grossier et un soucis du détail hérité des peintres Algérois à qui Sfar dédiait d'ailleurs le premier album du Chat du Rabbin. On retrouve aussi le sens de l'absurde et l'humour caustique de la bande dessinée avec de nombreuses séquences et dialogues qui sont repris au mot près. Et on se laisse embarquer avec bonheur dans cette équipée en autochenille Citroën à la recherche d'une mythique Jérusalem africaine. Pour les fans de la BD, ne vous attendez pas non plus à une adaptation littérale des albums. Plusieurs personnages et certains développement de l'histoire originale ont disparus pour être remplacés par d'autres, format long-métrage cinéma oblige.

 

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Le casting vocal peut déconcerter de prime abord mais au final il donne à ces personnages une identité forte qui les rend particulièrement attachants. Le ton est sobre ce qui est plutôt original vu que le cinéma d'animation a souvent tendance à jouer la carte de l'outrance. François Morel prête sa voix et ses miaulements au chat, Maurice Bénichou s'occupe de faire parler le rabbin et les deux compères sont plutôt bien entourés puisque le reste de la distribution comprend Mathieu Amalric, Hafsia Herzi, Eric Elmosnino ou encore Jean-Pierre Kalfon.

 

Bref un film plein de poésie et de joie, un bon petit remède à la morosité et à la bêtise, que je vous recommande chaudement.

 

 

Martin Griffault

 

 

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L'Accordeur de Tremblements de Terre

 

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L'Accordeur de tremblements de terre
de Stephen & Timothy Quay

Sortie en salles : 20 septembre 2006
Durée : 1h39
Scénario : Stephen Quay, Timothy Quay, Alan Passes
Photographie : Nicholas D. Knowland
Musique : Christopher Slaski, Trevor Duncan

Distribution : E.D. Distribution


 

Après avoir parlé dans Cinérama de Guy Maddin, de Quentin Dupieux, ou encore de Phil Mulloy, il est temps de s'intéresser à deux autres originaux du cinéma. Dans la famille des réalisateurs farfelus, je demande les Frères Quay.

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Qui sont les frères Quay ? Stephen et Timothy Quay sont deux jumeaux, plasticiens et animateurs de grand talent. Ils naissent en 1943 aux Etats-Unis et s'intéressent très tôt aux arts plastiques. Après avoir suivi les cours du Philadelphie College of Arts, ils s'exilent en 1969 au Royal College of Arts de Londres. Ils se passionnent pour l'animation en volume et réalisent plusieurs courts-métrages pendant leurs années d'études. Leur style est influencé par différents artistes dont ils s'imprègnent, explorent les œuvres et s'approprient les thématiques. Au panthéon des leurs références cinématographiques : Walerian Borowczyk et Jan Lenica, deux polonais et Jan Svankmajer, un tchèque, tous trois réalisateurs de films d'animations surréalistes ainsi que Luis Buñuel, qu'on ne présente plus.

 

En 1986, ils réalisent Rue des Crocodiles, un de leurs courts les plus marquants d'après un auteur polonais. Une marionnette dont le fil a été coupé ère dans une ville fantomatique et traverse la fameuse Rue des Crocodiles.


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En 1995, ils réalisent leur premier long-métrage, Institut Benjamenta, or This Dream People Call Human Life puis retournent au format court et à des projets divers pendant 11 ans. En 2006 ils sortent leur second long-métrage L'Accordeur de Tremblement de Terre, avec Amira Casar, Gottfried John et César Sarachu.

 

Ce film est une plongée en apnée dans l'univers fantasmagorique des deux frangins. L'Accordeur de Tremblement de Terre nous invite dans la propriété du Docteur Droz, un savant dévoré par la passion qu'il voue à la belle cantatrice Malvina van Stille. Pendant une représentation, Droz tue Malvina et l'emporte dans son manoir au bord de la mer. Une fois sur place, il ressuscite la belle et contacte un accordeur de piano pour lui confier une tache délicate : accorder sept automates de sa fabrication et participer à un opéra grandiose. Un projet fou, de magie noire et de science bizarre, à la hauteur de l'amour que Droz porte à la cantatrice.


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Dans ce conte, qui convoque aussi bien l'expressionnisme allemand que Jean Cocteau en passant par Jules Verne, les Frères Quay condensent tout ce qui fait leur style : les objets qui prennent vie, les automates, la poussière, la rouille, les marques du passage du temps, cette atmosphère éthérée, presque compassée et une petite dose d'humour absurde et cruel. Les personnages se transforment progressivement en pantins entre les mains du Docteur Droz. L'accordeur tombe amoureux de la cantatrice et se condamne à jouer le jeu machiavélique de son hôte. Peu à peu les automates qu'il doit accorder lui volent son âme et lui font perdre la raison. Dans ce rêve éveillé, difficile de savoir s'il dort ou si la réalité s'est détraqué au point de ressembler à un songe.

 

Si je devais comparer le travail des frères Quay avec celui d'un autre cinéaste, ce ne serait pas Terry Gilliam, même s'il apparaît au générique du film comme producteur délégué, mais plutôt Guy Maddin. La confrontation avec les films de Maddin me semble pertinente, puisque lui aussi utilise une image teintée d'ancienneté. Il utilise volontiers le 8 millimètre, le noir et blanc les incrustations argentiques. En plus de partager un véritable projet esthétique, Maddin et les Frères Quay s'intéressent à l'onirisme et au fantasme. Entre le canadien et nos deux exilés, les points de comparaison sont nombreux, et pour les spectateurs qui apprécient les œuvres expérimentales et poétiques il y a matière à trouver son bonheur.


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L'accordeur de Tremblement de Terre est au final moins sombre et plus maniéré que certains courts-métrages des frères Quay et les comédiens sont parfois un peu écrasés par la puissante symbolique des décors et des situations. Dans l'ensemble on apprécie la beauté des images, l'implication des comédiens et les jeux esthétiques entre l'animation et les prises de vue normales, mais le montage répétitif et les digressions du scénario pourront en rebuter certains et en ennuyer copieusement d'autres. Pour ma part, c'est un film que je vous conseille.

 

 

Martin Griffault

 

 

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