CRITIQUES DE FILMS 3

 

 

 

Sur cette page :

Sucker Punch
True Grit
Un Prophète
Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu
Wall Street : l'argent ne dort jamais
Machete
Arrietty, le petit monde des Chapardeurs
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The Social Network
Detective Dee : Le Mystère de la Flamme Fantôme

 

 

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Sucker Punch

 

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http://img88.imageshack.us/img88/6030/suckerpuncho.jpg Sucker Punch
de Zack Snyder

Sortie en salles : 30 mars 2011
Durée : 1h50
Scénario : Zack Snyder, Steve Shibuya
Photographie : Larry Fong
Musique : Tyler Bates, Marius de Vries

Distribution : Warner Bros. France

 

C'est l'un des réalisateurs stars de ces dernières années grâce aux succès commerciaux des quatre films qu'il a réalisés jusqu'à présent. Pour certains, ses œuvres sont tellement léchées qu'elles en deviennent artificielles et kitschs, pour d'autres ses partis pris de réalisation sont la marque d'un grand talent, bref le moins que l'on puisse dire c'est que Zack Snyder ne laisse pas les spectateurs indifférents.

 

Après avoir fait ses premières armes comme réalisateur de long-métrage en 2003 sur le remake risqué de Dawn of the Dead, le classique de Georges Romero, Zack Snyder a vraiment imposé son style avec l'adaptation sur grand écran de la bande dessinée 300 de Frank Miller. Tourné intégralement sur fonds verts, 300 a été pour beaucoup de spectateurs un vrai choc visuel, comme avait pu l'être l'adaptation de Sin City au cinéma, et pour beaucoup d'autres, une belle crise de foie d'images de synthèse et de brutalité guerrière. La bataille des Thermopyles version Snyder nous a fait découvrir le goût de ce jeune réalisateur pour la violence graphique, l'iconisation à outrance et les jeux avec la vitesse de défilement de l'image. Si la dimension épique de l'histoire et la lisibilité des scènes de combat y gagnent globalement, on peut regretter que ces trucs de mise en scène et en particulier les ralentis, soient utilisés de façon systématiques et que l'ensemble ressemble au choix à un clip, une publicité pour du déodorant ou une cinématique de jeu vidéo next-gen.

 

En 2009, pour son troisième long-métrage, Snyder décide d'adapter à nouveau une bande dessinée, et pas n'importe laquelle, puisqu'il s'agit de la série Watchmen de Alan Moore et Dave Gibbons, véritable monument de la BD américaine et relecture post-moderne du mythe du super-héros.

 

Sans chercher à comparer le film avec son matériau d'origine, réputé inadaptable, et sur lequel Terry Gilliam, Paul Greengrass et Darren Aronofsky se sont cassés les dents, le Watchmen de Zack Snyder est une réussite inespérée. Alors, je sais que ça va faire hurler les fans de la BD, et moi même, j'ai presque envie de me mettre des claques en écrivant ça, mais devant le film de Snyder, on ne peut s'empêcher de ressentir un certain soulagement quand on pense à ce que le projet aurait pu devenir entre de plus mauvaises mains, avec Arnold Schwarzenegger dans le rôle de Docteur Manhattan. Reste que Snyder tartine son film d'une quantité non négligeable de ralentis et transforme l'histoire pour adapter les 400 pages de la BD en 2h40.

 

L'année dernière, Zack Snyder a signé un film d'animation tout public, Le Royaume de Ga'Hoole adapté cette fois-ci d'un roman d'héroïc fantasy. Une histoire de batailles entre chouettes et hiboux en armures. Ne l'ayant pas vu, je ne peux pas en parler, mais d'après les quelques images présentes dans la bande annonce, le résultat semble encore une fois épique et guerrier, avec une bonne dose de slow motion.

 

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Sucker Punch, sorti la semaine dernière, est donc le 4ème film de Snyder et le premier qui se base sur une histoire originale. Après avoir signé un remake et des adaptations, le réalisateur décide de porter à l'écran un des ses propres scénarios.

 

Nous sommes dans les années soixante. Une jeune femme, surnommée Babydoll, dont la mère vient de mourir est dépossédée de son héritage par son odieux beau-père qui la fait interner dans un asile psychiatrique. Pour qu'elle ne puisse jamais révéler la vérité à quiconque, le beau-père soudoie le chef infirmier afin que sa belle-fille soit lobotomisée au plus vite. Babydoll va alors fuir la réalité et se réfugier dans son imaginaire pour ne pas sombrer dans le désespoir. L'asile devient une maison close dans laquelle les jeunes pensionnaires doivent user de leur charmes si elles veulent rester en vie. Lorsqu'elle danse pour la première fois devant le proxénète et ses complices, la jeune femme s'imagine un monde de pure fantasy, où un vieux sage lui révèle qu'elle a le pouvoir de s'échapper de sa prison en réunissant plusieurs objets. Le film se construit donc sur cette alternance entre la vie dans la maison close et les danses successives, qui propulsent l'héroïne et ses amies dans des univers aussi délirants que variés.

 

Babydoll et ses nouvelles copines, doivent progresser de niveau en niveau, exactement comme dans un jeux vidéo, pour collecter les différentes clefs de leur évasion. L'occasion pour Zack Snyder de laisser libre court à sa propre imagination débordante et de nous proposer quatre « levels » qui forment le véritable intérêt de ce long-métrage. Le premier correspond plus ou moins au passage obligé de tout jeu vidéo, où le joueur se fait les dents avant la première mission. Ici, c'est dans un japon féodal peuplé de gigantesques mécha-samouraï, que Babydoll s'entraine avec ses armes et ses nouveaux pouvoirs. La seconde danse nous plonge dans l'enfer d'une guerre des tranchés steam-punk, où les soldats ennemis sont des cadavres ambulant qui fonctionnent à la vapeur et dont les entrailles sont remplies d'engrenages. Le troisième niveau est un univers classique d'héroic fantasy avec orcs et dragons de circonstances. Enfin, le quatrième dépeint un monde futuriste sur une autre planète où des robots terroristes donnent du fil à retordre à nos héroïnes.

 

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Vous l'aurez compris, ce n'est pas encore aujourd'hui que Zack Snyder nous propose un drame classique ou un mélo larmoyant. Non, le bonhomme persiste et signe, et affirme son amour pour la culture populaire, en brassant avec jubilation des références et des images tout droit sorties de la bande dessinée, du jeux vidéo ou du cinéma d'exploitation. En superposant plusieurs niveaux de réalité dans son histoire, le réalisateur-scénariste nous fait visiter non pas un seul univers mais une demi-douzaine et repousse les limites de sa mise en scène. Sucker Punch est donc un véritable patchwork d'influences qui vont de l'héroic fantasy à la science-fiction, en passant par le manga, les super-héros, les films de guerre et même les films de femmes en cage.

 

Bref, dans Sucker Punch il y a a boire et à manger, jusqu'à l'indigestion, pour tous les geeks, les fanboys, les gamers et les Tarantinos de la planète. Les autres auront de grandes chances de passer à côté de ce film et de vouloir quitter la salle après le premier quart-d'heure. Car Sucker Punch ressemble à s'y méprendre à un film d'exploitation du 21ème siècle. Si l'on résume l'histoire en simplifiant au maximum il s'agit d'une brochette de bimbos en mini-jupes, décolletés profonds et tenue de combat en cuir, format bikini, qui se battent à grand coup de tatanes contres des zombies, des orcs et des robots dans des univers fantastiques où la démesure est reine. 

 

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Malheureusement, le film est classé PG-13, soit tout public en France et à part titiller les moins stoïques d'entre nous, le film ne devrait pas briser de couple. Par contre il devrait faire passer un bon moment aux individus mâles de bonne composition, prêts à se déglacer le cerveau à grands coups de minettes peu vêtues, de rafales de fusil d'assaut, d'explosions et de musique ronflante. Certaines spectatrices pourront sans doute s'identifier aux différentes héroïnes, véritables icônes mangas, mais ne rêvons pas, même si Snyder à composé un casting presque 100% féminin, en opposition à celui de 300, le fétichisme outrancier de Sucker Punch et son côté jeu vidéo sur grand écran risque de ne pas trop parler au public féminin.

 

Comme toujours avec ce réalisateur, les images sont très belles, composées au millimètre, les effets spéciaux sont irréprochables et à part quelques problèmes de rythme et une musique parfois envahissante, l'ensemble se laisse regarder avec plaisir pour peu que l'on sache ce que l'on est venu voir. Un petit regret toutefois, avec un peu plus de distance et un traitement moins sérieux de la narration, le prétexte dramatique qui est à l'origine de cette débauche de fun et d'action, aurait été plus en valeur.

 

 

Martin Griffault

 

 

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True Grit

 

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de Joel & Ethan Coen

Sortie en salles : 23 février 2011
Durée : 1h50
Scénario : Joel Coen, Ethan Coen (d'après l'œuvre de Charles Portis)
Photographie : Roger Deakins
Musique : Carter Burwell

Distribution : Paramount Pictures France

 

Depuis quelques années, chaque fois que débarque sur les écrans un nouveau film des frères Coen je ne peux m'empêcher d'éprouver à la fois un peu d'espoir mais aussi une bonne dose de crainte. Et pour cause, les deux frangins cinéastes nous ont prouvé par le passé qu'ils étaient capables du meilleur comme du pire. Dans les années 90, les Coen ont réalisé cinq films, tous passionnants. Miller's crossing en 1990, Barton Fink en 1991, Le Grand Saut en 1994, Fargo en 1996 et enfin The Big Lebowsky en 1998. Un véritable âge d'or pour ces cinéastes qui abordaient tous les genres avec un talent constant, qu'ils s'intéressent au film de gangster, au drame, au film noir ou à la comédie.

 

Malheureusement, l'an 2000 a fait bugger les Coen, et avec O'Brother, qui reste un film très sympathique, les frangins amorcent une baisse progressive, à une exception près, dans la qualité de leurs films. Suivront The Barber en 2001, un film tourné en noir & blanc, d'une grande beauté formelle, mais à la construction proche de leur premier film Blood Simple, la radicalité en moins. En 2003, ils poursuivent leur Trilogie des Idiots avec Intolérable Cruauté deuxième collaboration entre les réalisateurs et Georges Clooney qui se conclura cinq ans plus tard sur Burn After Reading. De ces trois films, O'Brother reste le plus réussi, de par ses qualités esthétiques et scénaristiques, les deux autres volets misant plus que de raison sur les comédiens au détriment du scénario. Burn After Reading reste encore aujourd'hui un cas d'école de cabotinage éhonté et permanent, qui a sans doute permis aux acteurs de bien rigoler, mais devant lequel les spectateurs ont eu bien du mal à desserrer les mâchoires. Dans le genre comédie potache sans saveur, leur remake de Ladykillers en 2004 aura ajouté de l'eau au moulin de ceux qui comme moi pensent que les Coen ne sont pas de grands comiques, du moins pas lorsqu'il abordent la comédie de front. Heureusement en 2007 sort No Country for Old Men, un véritable sursaut de la part des réalisateurs et un retour salvateur au film noir, qui a réconcilié beaucoup de spectateurs avec les Coen.

 

Mais les deux frères ne renouvellent pas l'exploit et signent ensuite coup sur coup deux films mineurs, Burn After Reading, que j'ai déjà cité et A Serious Man, qui s'il a sans doute passionné les spectateurs juifs américains qui ont grandi dans la banlieue de Minneapolis et qui sont ensuite devenus réalisateurs, a passablement ennuyé le reste du public...

 

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Alors qu'en est-il de True Grit, 15ème long-métrage des Coen ? Pour la deuxième fois après Ladykillers, ils s'attaquent à un remake, même s'il s'en défendent et préfèrent considérer leur nouveau film comme une seconde adaptation du roman éponyme de Charles Portis.

 

True Grit raconte le parcours vengeur de Mattie Roos, une jeune fille de 14 ans qui va tout faire pour venger son père lâchement abattu par un de ses employés. Pour traquer le misérable, la jeune Mattie recrute Rooster Cogburn, un marshall, officier de police fédéral chargé de poursuivre les criminels en fuite, réputé pour son efficacité et son absence de scrupule. Malgré la réticence de Cogburn à accepter le contrat, l'étrange duo prend finalement la route, accompagné par un Texas Ranger, qui cherche lui aussi à mettre la main sur le fugitif.

 

Avec True Grit, les frères Coen signent un western classique d'une grande beauté visuelle. Filmé en cinémascope, les paysages du Texas et du Nouveau-Mexique sont magnifiés par la photographie de Roger Deakins, dont on avait déjà pu apprécier le travail sur un autre western en 2007 avec L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (lire la critique) de Andrew Dominik. Les personnages se perdent peu à peu dans ces grands espaces souvent vierges de toute présence humaine. En partant à la recherche de l'assassin de son père, la jeune Mattie n'abandonne pas seulement la sécurité devenue relative de son foyer et son innocence de jeune fille, mais elle quitte aussi la civilisation pour s'aventurer dans des terres sauvages où l'isolement et l'absence de convention sociales transforment les hommes en bêtes ou en simple cadavre en sursis. Cette poursuite impitoyable est donc ponctuée de rencontres avec des créatures plutôt improbables. Une paire de gamins stupides et cruels, un pendu haut perché qui fait l'objet d'un commerce douteux, un trappeur à moitié fou qui se balade avec une peau d'ours sur le dos, etc.

 

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Loin de donner une image d'Épinal de ce Far West qu'ils reconstituent avec application, les frères Coen préfèrent nous plonger dans une société déliquescente, où un ivrogne notoire et brutal fait régner la loi, où les hors-la-loi sont surtout des hommes frustes et stupides plus que véritablement méchants et où une jeune fille comme Mattie n'a décidément pas sa place. On retrouve d'une certaine façon cette démythification de l'ouest américain que Clint Eastwood mettait en scène dans Impitoyable en 1992.

 

Après Tideland et Crazy Heart Jeff Bridges continue son exploration des rôles de vieux loosers alcooliques, et enfile les bottes d'un Rooster Cogburn très loin du héros classique de l'ouest américain. Borgne, sale, fainéant, égoïste et râleur, le vieux baroudeur est à l'opposé du jeune Texas Ranger campé par un Matt Damon moustachu et propre sur lui. Si le marshall est un authentique produit de l'univers dans lequel le film se déroule, le ranger, lui, ressemble plus à un cowboy d'opérette avec Stetson et veste à frange qui se retrouve catapulté dans la boue et la poussière. La confrontation entre ces deux personnages est d'ailleurs l'un des ressorts humoristique du film.

 

Mais la révélation de True Grit, c'est bien sûr la jeune Hailee Stenfield dont c'est le premier rôle dans un long-métrage. La comédienne porte le film sur ses épaules et incarne à merveille cette adolescente déterminée et insolente, capable de négocier ses désirs avec obstination jusqu'à leur satisfaction. Au fur et à mesure que son personnage progresse dans sa quête, Hailee Stenfield dévoile une interprétation complexe et oscille entre une détermination inébranlable à la limite de la monomanie, et une fragilité qui perce à de rares moments les remparts derrière lesquels l'héroïne s'est barricadée après la mort de son père.

 

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Tout bien considéré, True Grit est plutôt une réussite de la part des Coen, qui s'éloignent pour un temps de leur veine comique ou introspective et reviennent à une œuvre plus noire, plus âpre, mais qui préserve malgré tout de petites touches d'humour pour alléger la narration. L'histoire se construit autour d'une trame sans originalité particulière mais ce choix ancre un peu plus le film dans la veine du western classique. Moins novateur que certaines précédentes tentatives de ré-actualisation du genre comme le film de Andrew Niccol, déjà cité, ou le génial Dead Man de Jim Jarmush, True Grit est malgré tout un bel hommage au western.

 

 

Martin Griffault

 

 

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Un Prophète

 

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http://img23.imageshack.us/img23/8315/unprophetever3.jpg Un Prophète
de Jacques Audiard

Sortie en salles : 26 aout 2009
Durée : 2h35
Scénario : Jacques Audiard, Abdel Raouf Dafri, Nicolas Peufaillit, Thomas Bidegain
Photographie : Stéphane Fontaine
Musique : Alexandre Desplat

Distribution : UGC Distribution

 

En hommage à tous ceux qui reprennent le boulot ou l'école après les vacances d'été et qui se retrouvent enfermés dans un bureau ou un amphi pour le reste de l'année, allons faire un tour... en prison, avec le film de Jacques Audiard, Un Prophète.

 

Le film sort le 26 août 2009. Il fait parler de lui quelques mois avant, en passant de peu à côté de la palme d'or au Festival de Cannes et en repartant avec le grand prix, ce que beaucoup de journalistes ont attribué au fait que la précédente palme était déjà française et qu'il ne fallait pas que la présidente Isabelle Huppert déçoive les compétiteurs internationaux.

 

Nous suivons le parcours d'un jeune homme, Malik El Djebena, condamné à six ans de prison pour un crime dont on ne saura pas grand chose. Le film retrace son ascension au sein de cet univers clos et violent, dans lequel la petite frappe analphabète va petit à petit se faire une place et un nom grâce à ses capacités d'adaptation et sa ruse. Très vite le personnage est confronté à la dure loi de la prison qui veut que sans protection, un nouvel arrivant ne fait pas long feu. Malik va devoir faire ses preuves et commettre son premier crime pour le compte d'un codétenu, une sorte de parrain de la prison auquel obéissent aussi bien les prisonniers que certains matons. Cet acte traumatisant, ce meurtre sera la première pierre de la métamorphose de Malik.

 

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Le lieu dans lequel nous sommes plongés pendant la quasi-totalité du film est à lui seul un véritable personnage de l'histoire. Construit intégralement au moment de la pré-production, cette prison « en dur » va devenir le théâtre plus vrai que nature de cette saga immersive. Le choix de construire ce décor et d'y plonger l'équipe jour après jour sans être contraint par des questions d'horaires ou de disponibilité change profondément le processus de création. Pour Audiard ce choix a modifié sa manière de fonctionner et le jeu des comédiens, les positions et les mouvements de caméra et même l'organisation d'une journée de tournage ont été influencés par ce parti-pris. Au lieu de mettre en place la figuration après avoir travaillé avec ses comédiens, comme il le fait d'habitude, le réalisateur s'est rendu compte qu'il était préférable d'inverser cette façon de faire et de mettre en place le fond avant les comédiens principaux pour mieux faire naître la spontanéité et la justesse.

 

Au moment de la prise de vue, les murs du décor ne pouvaient pas être déplacés à loisir comme dans un studio de cinéma. Les axes de caméra ne changent donc que très rarement, chaque lieu est filmé selon un ou deux axes, et cette fixité du point de vue donne au film un aspect statique, immuable et claustrophobe, qui convient parfaitement à l'univers carcéral.

 

Un autre intérêt de ce film c'est bien entendu son casting. Les comédiens qu'à choisi Audiard sont tous excellents et viennent peupler avec une justesse et une force étonnantes cette prison de cinéma. Coup de chapeau en particulier à Niels Arestrup dans le rôle de César, ce petit parrain corse, qui dirige d'une main de fer son empire de poche. Sa trogne de vieux briscard et son regard profond emportent l'adhésion aussi bien quand il est en position de force comme un vieux lion invincible qu'en position de faiblesse ou il redevient le vieillard pathétique et solitaire qu'il est en réalité. La révélation d'Un Prophète c'est bien sûr le jeune Tahar Rahim qui interprète Malik, dont c'est le premier grand rôle au cinéma et qui porte littéralement le film sur ses épaules. Ne le comparons pas à Al Pacino dans le Scarface  de De Palma, il ne cabotine pas assez pour supporter la comparaison et Malik est une sorte d'antithèse de Tony Montana. Tahar Rahim nous livre une interprétation mémorable, à rapprocher de celle de Vincent Cassel dans le dyptique consacré à Mesrine sorti l'année d'avant, la sensibilité et la fragilité en plus. Les autres comédiens sont eux aussi très bons, Reda Kateb, qui joue Jordi le gitan et Adel Bencherif qui joue Ryad, premier véritable ami que se fait Malik en détention et qui va avoir un rôle important dans l'évolution du personnage.

 

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Pour en finir, quelques mots sur la construction de ce film et sur le scénario qui s'éloigne assez radicalement de ce qu'on pouvait attendre d'un film carcéral. Un Prophète se déroule en prison, mais imaginons un autre cadre pour cette histoire d'initiation, cette ascension d'un petit malfrat qui gagne peu à peu ses lettres de noblesses et sa respectabilité. Le film de Jacques Audiard se veut autant un film de gangster qu'un film de prison. Le scénario est construit à partir d'une histoire développée par Abdel Raouf Dafri, qui avait déjà écrit les scénarii des films Mesrine, et le récit joue sur plusieurs tableaux. Le film alterne les scènes de la vie quotidienne en prison et les péripéties, mais il ménage aussi quelques surprises à la lisière du fantastique avec des scènes de rêves ou d'hallucinations étonnantes.

 

Au départ, le personnage de Malik est une feuille blanche, il n'a pas de passé, pas de famille, pas d'amis en dehors de la prison, pas d'éducation... C'est le parcours qu'il va faire entre ces murs qui va lui donner de l'épaisseur, de la densité et qui finalement va le construire. Malik est une sorte de centre de gravité qui va petit à petit attirer à lui tout un monde de personnages, et de rapports de force. Une sorte d'éponge qui, à force de prendre de l'importance, va finalement devenir le centre de cet univers. Chaque petit ingrédient va trouver sa place dans la recette. Comme Malik, César passe lui aussi par différents stade d'évolution au cours de l'histoire et c'est cette vision d'ensemble des personnages qui donne sa vraie force au récit.

 

Quelle explication donner au titre du film Un Prophète, qui peut être interprété de bien des manières, même si le thème de la religion n'occupe pas une place importante dans l'histoire ? Le personnage est d'origine maghrébine mais ne pratique pas l'Islam et son parcours ne correspond ni à une passion christique, ni à la découverte d'une Vérité divine et éternelle. L'apprentissage de la vie ne passe pas par l'interprétation des codes religieux mais par l'adaptation aux codes de la pègre. Ce n'est qu'à force de stratégie, de logistique et d'astuce que Malik va accéder à une vie plus confortable et moins désespérée.

 

Un film de 2h35m dense et superbement construit. Jacques Audiard est un grand cinéaste.

 

 

Martin Griffault

 

 

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Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu

 

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http://img444.imageshack.us/img444/9773/vousallezrencontrerunbe.jpg Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu
de Woody Allen

Sortie en salles : 06 octobre 2010
Durée : 1h38
Scénario : Woody Allen
Photographie : Vilmos Zsigmond


Distribution : Warner Bros. France

 

Quelques mots sur Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu et vous ennuyer ferme dans une belle et sombre salle de cinéma (c'est le titre français), de Woody Allen.

 

Vous l'aurez compris, je ne vais pas vous dire que du bien du dernier opus de l'infatigable réalisateur, qui nous propose depuis quelques temps un film et demi par an. Woody Allen revient donc sur nos écrans après Whatever Works qui était sorti en novembre 2009 et nous propose cette fois-ci un film choral qui s'articule autour d'une famille chahutée sur deux générations par le démon de midi. Les deux parents, Alfie et Helena, la soixantaine bien tassée, viennent de se séparer, le mari ayant décidé un beau jour qu'il était temps d'avoir peur de la mort et que sa vie ne lui convenait plus.

 

Notre brave pépé, incarné par l'excellent Anthony Hopkins part donc courir le guilledou tandis que son épouse se noie dans l'alcool auprès d'une diseuse de bonne aventure qui profite de la situation pour vampiriser le portefeuille et le cerveau de la délaissée. Pendant ce temps-là, leur fille Sally voit son propre couple partir à vau-l'eau. Son écrivain de mari n'arrive plus à pondre quelque chose de correct et s'entiche de la voisine d'en face qui est sur le point de se marier. Abandonnée par son époux, assiégée par sa mère qu'elle voit petit à petit sombrer dans l'alcoolisme et la superstition débile, Sally rêve de refaire sa vie avec son patron qui lui aussi a quelques problèmes matrimoniaux.

 

Bref... Woody Allen nous entraîne dans un tourbillon d'histoires sentimentales qui fleure bon le vaudeville des familles. Il a choisi Londres pour cette nouvelle comédie, mais finalement tout cela pourrait aussi bien se dérouler à New York où ailleurs, la capitale anglaise n'apportant qu'un cachet un peu plus bourgeois à cette histoire.

 

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Du côté des bons points à accorder au film, saluons comme il se doit le casting. Les comédiens sont tous excellents, bien dirigés, avec une mention spéciale pour Anthony Hopkins, plutôt à contre-emploi dans le rôle de cet homme âgé qui plaque tout pour recommencer sa vie avec une call girl. Les dialogues sont bien tournés, comme à chaque fois que Woody Allen prend la plume et l'ensemble fonctionne comme une mécanique bien huilée. Et pour cause, cela fait des années que le réalisateur traite de façon exhaustive les mêmes sujets de la même façon, ce qui soit dit en passant est une des raisons de son succès auprès d'un public d'habitués.

 

Malheureusement, toute ces qualités sont ici mises au service de... rien. Le plus gros problème de ce film tient dans son absence d'ambition. Woody Allen nous raconte une histoire banale à pleurer et les chassés-croisés entre conjoints lassent rapidement le spectateur tant la partition est prévisible. La mise en scène est d'une platitude assez frappante et la majeure partie du film ressemble à du théâtre filmé. Woody Allen fait du Woody Allen, mais sans trop se fatiguer et l'on a vite l'impression de regarder un épisode de sitcom un peu trop long. Pour le coup, la mécanique est peut-être trop bien huilé, au point que l'on attend avec impatience le petit grain de sable qui viendra gripper cette comédie au sujet éculé.

 

Mais le film déroule son récit comme un rouleau compresseur, écrasant tout espoir d'originalité sous un canevas aussi bien rodé que méchamment daté. Seules quelques rares scènes parviennent à sortir le spectateur de sa torpeur, comme ce beau moment de silence entre Antonio Banderas et Naomi Watts, de retour d'un concert, qui n'arrivent ni à se dire au revoir, ni à se déclarer leur flamme et qui font mourir dans l'œuf leur idylle naissante.

 

Un Woody Allen bien décevant qui aurait sans doute gagné à être un peu plus noir qu'il ne l'est déjà. Vivement que le réalisateur nous revienne en pleine forme avec un film de la trempe de Match Point.

 

 

Martin Griffault

 

 

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Wall Street : l'argent ne dors jamais

 

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http://img407.imageshack.us/img407/8324/wallstreet2.jpg Wall Street, l'argent ne dort jamais
de Oliver Stone

Sortie en salles : 29 septembre 2010
Durée : 2h11
Scénario : Allan Loeb
Photographie : Rodrigo Prieto
Musique : Craig Armstrong

Distribution : Twentieth Century Fox France

 

Pour une fois, nous allons aborder une question qui passionne tout le monde, de la sage femme au croque-mort et du petit rémouleur au plus puissant chef d'état, j'ai nommé : le pognon.

 

Alors rassurez-vous, je ne vais pas profiter de ces quelques lignes pour vous expliquer enfin de façon simple et précise ce que sont les hedge funds, les OPA, l'effet de levier inversé, ou la titrisation synthétique. Non, si nous allons parler d'argent aujourd'hui c'est pour mieux vous déconseiller de dépenser le votre avec ce film inutile.

 

Wall Street : l'argent ne dort jamais, est le 22ème long-métrage d'Oliver Stone, et "sequel" de son propre film, Wall Street, qui date de 1987. Dans ce premier opus, le réalisateur de Platoon s'intéressait au monde de la finance tel qu'il était au milieu des années 80. Un monde où la dématérialisation et l'informatisation des titres financiers venaient juste de donner un grand coup d'accélérateur à la spéculation mondiale.

 

Le premier Wall Street nous raconte l'histoire de Bud Fox, un jeune courtier aux dents longues qui rêve de se faire un nom dans l'univers impitoyable des yuppies. Pour concrétiser son rêve, il commence à fricoter avec l'un des grands loups de la finance du moment : Gordon Gekko, un être sans scrupule, maître de la manipulation et de la fraude boursière camouflée.

 

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Et pour devenir lui-même un initié et le rester, Bud Fox est prêt à appliquer les leçons pas vraiment morales de son mentor, au risque de finir par trahir ses convictions, faire du mal à ses proches et se faire repérer par la police.

 

A sa sortie, Wall Street est très bien accueilli par la critique. La performance de Michael Douglas est particulièrement saluée et le comédien remporte six récompenses pour son rôle de Gordon Gekko, dont l'Oscar du meilleur acteur. Le film est aussi très bien reçu par le public et de façon étrange, cette histoire qui se veut une critique virulente de la cupidité et des dérives du capitalisme reagannien va faire naître de nombreuses vocations. Gordon Gekko ou Bud Fox deviennent des exemples à suivre pour une certaine partie de la profession et le métier de trader séduit toute une nouvelle génération de jeunes, fascinés par la vision du rêve américain que propose le film. Pourtant, Oliver Stone ne mâche pas les mots qu'il met dans la bouche de ses personnages.

 

« Greed is good » soit en français « la cupidité c'est bien », voilà quelle était la devise de Gordon Gekko en 1985. Et le réalisateur prend clairement des distances par rapport à ses personnages et ce qu'il leur fait dire. Entre 1985, date à laquelle se déroule l'histoire, et 1987, l'économie américaine et mondiale a subit de grands bouleversements dont une baisse conséquente de la valeur du dollar. C'est donc avec déjà un certain recul sur cet âge d'or de la finance qu'Oliver Stone rédige son scénario et réalise son film. Pour l'anecdote, en octobre 87, précisément entre le tournage et la sortie en salles du film, une importante crise financière a éclaté. Et on peut facilement imaginer que cet évènement a probablement fait une jolie publicité au long-métrage.

 

Wall Street dépeint un monde qui brille et qui séduit, pour mieux en cibler les défauts et les risques. En ça, et malgré le fait que le film soit bavard, pas toujours compréhensible et un peu ennuyeux, Oliver Stone réussit son coup.

 

A la fin du film, la loi rattrape Bud Fox. Il est condamné pour avoir commis plusieurs délits d’initié. Pour alléger sa peine et se venger de Gekko qui a tenté de couler la boite de son père, il aide la police à confondre son ancien mentor avant de se faire incarcérer.

 

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La version 2010 de Wall Street débute sur la sortie de prison de Gordon Gekko presque 20 ans après les évènements du premier opus. Quelques krach boursier plus tard et en plein éclatement de la bulle internet des années 2000, l’ancien golden boy a perdu de sa superbe et la première impression qu’il nous donne, c’est qu’il va avoir un certain mal à réintégrer le monde de la finance avec son téléphone portable gros comme un grille pain et ses rides de soixantenaire.

 

Mais rapidement sept ans passent et Gekko sort de scène. Le scénario se concentre alors sur un jeune trader, Jacob Moore, campé par un Shia LaBeouf bien fade. Jacob est l'un de ces petits jeunes qui n'en veulent et qui ne vivent que pour devenir des bons petits Patrick Bateman, le côté sérial-killer en moins.

 

Il rêve d'argent rapide, facile et ça semble être bien parti pour lui jusqu'au jour où son patron se suicide suite à une opération financière qui le met sur la paille. Jacob décide alors de se venger et pour se faire il va aller trouver Gordon Gekko, qui se trouve être le père de sa fiancée.

 

Entre le premier et le deuxième épisode, le monde a beaucoup changé, et Oliver Stone aussi. Ce qui n'a pas changé par contre, c'est que le deuxième opus des aventures de Gordon Gekko est bavard, pas toujours compréhensible et un peu ennuyeux. Mais à ces défauts qu'on peut imputer au genre auquel le film appartient, celui du thriller administratif (comme La Firme de Sidney Pollack, ou L'idéaliste de Coppola), L'argent ne dort jamais accumule d'autres défauts qui en font à mon avis un film à éviter. Plus encore que le premier Wall Street, ce nouveau film ruissèle d'une naïveté assez effarante dans le traitement de la narration et des péripéties. Un exemple : la petite amie gauchiste du personnage principal déteste son père pour tout ce qu'il représente mais fréquente malgré tout un trader ambitieux et fasciné par l'argent.

 

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Le reste du film est à l'avenant et même s'il n'a pas que des défauts, l'ensemble frise parfois l'insupportable tant cela respire les grosses ficelles hollywoodiennes. La palme revenant à cette ultime séquence qui balaie d'un revers de la main tout ce que le film avait pu soulever comme questions éthiques liées à la finance. Oliver Stone fait le choix d'une happy end formatée pour conclure son film. Et en ça, non seulement il rentre dans le rang des cinéastes bien comme il faut, qui ne dérangent personne, aussi subversifs ou polémiques que soient les sujets qu'ils abordent, mais en plus il envoie aux spectateurs un message plutôt dérangeant vu l'époque actuelle. A savoir qu'il est toujours possible de taper sur le monde de la finance pendant deux heures et de le présenter comme un univers sans pitié où les faibles sont écrasés par les plus forts, mais qu'il ne faut pas oublier que ce secteur d'activité permet quand même à certains d'accéder au rêve américain.

 

Faire un film sur Wall Street, et éluder ou survoler tous les effets néfastes d'une crise économique, c'est à mon avis une connerie. Alors bien sûr, Oliver Stone nous montre l'autre bout de la chaine économique à travers le personnage incarné par Susan Sarandon, embourbée dans ses nombreux crédits immobiliers, mais c'est l'irresponsabilité de cette femme qui est présentée comme étant la cause de ses problèmes, pas le système.

 

Bref, Oliver Stone n'ose finalement pas traiter son sujet de façon sérieuse et préfère se concentrer sur le mélo et le suspense mou du drame individuel. Si le premier Wall Street avait été pris par certains comme une célébration du capitalisme financier, celui-là devra être pris pour ce qu'il est, un film à côté de la plaque, qui utilise un événement important, la crise financière de 2008-2010, et de façon plus large les magouilles financières (légales ou pas), pour servir de simple décor à un drame bourgeois. On aurait presque envie de retrouver le Gordon Gekko des années 80.

 

 

Martin Griffault

 

 

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Machete

 

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http://img814.imageshack.us/img814/280/macheteu.jpg Machete
de Robert Rodriguez & Ethan Maniquis

Sortie en salles : 01 décembre 2010
Durée : 1h45
Scénario : Robert Rodriguez, Alvaro Rodriguez
Photographie : Jimmy Lindsey
Musique : Chingon
Distribution : Sony Pictures Releasing France


Ça faisait trois ans qu'on en parlait et il l'a fait. Robert Rodriguez a tourné Machete. On connaissait les adaptations de romans, de pièces de théâtre, d'opéra, de jeux vidéos, de bandes dessinées, de feuilletons télé, de parc d'attraction avec la franchise Pirates des Caraïbes et même de jouets pour enfants avec les chefs-d'œuvres Transformers, GI Joe et les dessins animés Barbie. Mais en 2010 est sorti en salles la première adaptation de tous les temps d'une bande-annonce orpheline. Une bande annonce qui faisait la pub pour un film qui n'était ni tourné, ni même en projet.


Souvenez-vous, en 2007, deux réalisateurs accouchaient d'une idée jubilatoire : réaliser une grande déclaration d'amour au cinéma d'exploitation qui a bercé leur jeunesse et qui leur a donné envie de faire ce métier. Le titre : Grindhouse, en référence aux salles de cinéma américaines spécialisées dans ce type de films. Le projet prit la forme d'un double programme agrémenté de bandes annonces, le tout dans un esprit potache et décomplexé.


Grindhouse, c'est Boulevard de la mort, réalisé par Quentin Tarantino, et Planet Terror réalisé par Robert Rodriguez. Pour compléter ce joli dyptique, les deux copains ont fait appel au talent de plusieurs de leurs connaissances pour qu'ils réalisent des bandes-annonces de films imaginaires à intercaler entre les deux long-métrages.


Eli Roth, Edgar Wright, Rob Zombie et Robert Rodriguez lui-même, réalisent alors quatre petites perles qui ajoutent à la saveur de l'ensemble. Eli Roth propose quelques images de Thanksgiving, un slasher dans lequel un tueur en série décime la population pendant la célèbre fête nationale américaine, dans la grande tradition du Halloween de Carpenter ou de Meurtres à la Saint-Valentin. Edgar Wright signe Don't, qui annonce un film de maison hantée façon Hammer. Et Rob Zombie, toujours aussi excessif, nous emmène faire un tour dans l'Allemagne nazie avec Werewolf Women of the SS, un beau bordel qui mélange film de loup-garous, film de femmes en cage et film de nazi. Dans ce dernier, Nicolas Cage fait une apparition éclair dans le rôle du mythique Fu Manchu, le génie du mal asiatique qui orchestre ce programme de super-guerrières loup-garous amoureuses du führer. Quand à Rodriguez, on se souvient de sa proposition.

 

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Malheureusement, en 2007 le monde n'était pas prêt et le projet Grindhouse a fait un joli flop aux États-Unis. Pour l'exploitation internationale les distributeurs ont décidé de sacrifier la cohérence du projet pour booster la rentabilité. En France, nous avons par exemple eu droit aux deux long-métrages distribués séparément, en version longue, et seule la fausse bande-annonce signée Rodriguez, collée avant chaque copie de Planet Terror, a eu l'honneur de franchir la douane. Il a fallut attendre les éditions vidéos pour découvrir les autres.


Quand je disais que ce film n'était pas en projet en 2007, ce n'est pas tout à fait vrai. En fait, l'histoire de Machete germe dans l'esprit passablement abimé par la tequila de Robert Rodriguez dès 1995. Après avoir offert plusieurs seconds rôles au comédien Danny Trejo, avec qui il vient de tourner Desperado, Rodriguez décide qu'il est temps de donner au mexicain buriné et tatoué un vrai premier rôle. Il rédige pour lui une histoire de policier mexicain, plutôt habile de ses mains quand il s'agit de dézinguer des méchants. Une sorte de super-flic latino adepte des armes blanches et en particulier de la machette qui lui donne son nom. Mais le film ne voit pas le jour tout de suite, car Rodriguez se consacre rapidement à tout un tas de projets, dont la série des Spy Kids.


Mais cela n'empêche pas Danny Trejo de s'entrainer à incarner des personnages aux noms évocateurs : Navajas (qui veut dire long couteau en espagnol) dans Desperado, Razor Eddie dans Une nuit en enfer et ses suites, Machete (déjà) dans la série des Spy Kids, et enfin Cuchillo dans le Predators produit par Rodriguez. Il faut attendre 2007 et le projet Grindhouse pour que Danny Trejo chausse pour la première fois les bottes

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du véritable Machete dans la fausse bande-annonce éponyme. Et comme le personnage marque les esprits, un long-métrage est finalement mis en chantier. Les rumeurs vont bon train et le film prévu à l'origine pour sortir directement en DVD est finalement sorti en salles. Il faut dire qu'en trois ans le budget et le casting ont eut le temps de s'étoffer.

 

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La fausse bande-annonce de 2007 était assez fidèle au film dont elle faisait la promotion. Les quelques images choisies par Rodriguez annonçait un mauvais film d'action mexicain violent et sexy, avec des personnages charismatiques et c'est exactement ce qu'il propose aujourd'hui. Le scénario est fidèle aux éléments dévoilés il y a trois ans. On retrouve la plupart des plans présents dans la bande-annonce, certains ont été conservés tels quels, d'autres ont été re-tournés avec de nouveaux acteurs, mais dans l'ensemble, il faut saluer la cohérence que Rodriguez a su tisser entre son film et son matériau d'origine. La bande-annonce était hilarante, dans le contexte Grindhouse parce qu'elle annonçait une série B fauchée au scénario indigent et en passant au long-métrage, Rodriguez a vraiment mis le paquet dans ce traitement série B des années 70 tirée par les cheveux. Avec en prime un casting d'enfer qui prouve encore une fois que beaucoup de monde se presse au portillon quand il s'agit de travailler avec ce réalisateur.


L'introduction des personnages respecte brillamment les pires poncifs. Notre bon Machete est un policier incorruptible et tenace qui au péril de sa vie, vole au secours des innocentes nues, et fait autant de ravages dans les rangs des salauds qu'une sainte grenade en ferait dans un bistrot rempli de païens. Danny Trejo, monolithique, s'en donne à cœur joie, et les cadavres sanguinolents s'empilent.


Les méchants de leur côté sont eux aussi de belles caricatures. Tous sont introduits comme il se doit par un acte de cruauté non négligeable. Le narco-trafiquant Torrez, campé par un Steven Seagal un peu flasque, John McLaughlin le sénateur raciste joué par de Niro, son aide de camp vicieux, le militaire texan faciste, tous sont de véritables ordures. Quant à ces dames, si elles ne sont pas nues, ivres mortes, ou déguisées en infirmière, elles brandissent des calibres plus grands qu'elles. Le reste du film est à l'avenant. Le héros se tire des situations les plus improbables sans sourciller, les jolies filles craquent toutes pour sa machette et les méchants sont tous plus incompétents les uns que les autres. Machete enfile les poncifs comme des perles pour le plus grand plaisir des initiés.

 

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Mais si la bande-annonce de Machete fonctionnait de façon presque miraculeuse grâce à son format court et à la liberté qu'elle laissait aux spectateurs d'imaginer leur propre film, le long-métrage ne déclenche plus tout à fait la même jubilation.


En optant pour une durée de 1h45, Rodriguez sacrifie un peu son concept et développe un scénario trop construit et trop parodique pour être vraiment mauvais. Il parvient la plupart du temps à injecter ce qu'il faut de folie et d'outrance dans les séquences pour qu'on ne s'ennuie pas, mais Machete aurait sans doute gagné à être plus court, monté de façon un peu plus anarchique, comme s'il était passé entre les mains de producteurs frileux qui auraient charcuté le cut du réalisateur pour ne conserver que les séquences d'action, les scènes violentes ou érotiques au mépris de la continuité. À mon goût, Rodriguez n'a pas réussi à tirer suffisamment son film vers le nanar incohérent et fauché. Le second degré qu'on trouvait dans la bande-annonce est remplacé par un humour plus volontaire et les personnages qui n'avaient pas le temps d'être ridicules en trois minutes, ont maintenant largement le temps d'être tournés en dérision.


Au sein d'un autre projet Grindhouse, Machete aurait plus facilement trouvé sa place, pourquoi pas en double programme avec un autre film comme Hobo with a Shotgun, tiré lui aussi d'une fausse bande-annonce qui avait gagné le concours lancé en 2007 par Tarantino et Rodriguez.


En tout cas, Rodriguez ne manque pas d'annoncer deux suites à son film, en un dernier clin d'œil réussi. Un film sympatique, à voir avec une bouteille de tequila dans chaque main.

 

 

Martin Griffault

 

 

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Source Code

 

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Source Code

de Duncan Jones

Sortie en salles : 20 avril 2011
Durée : 1h33
Scénario : Ben Ripley
Photographie : Don Burgess
Musique : Chris Bacon

Distribution :  SND

 

Que feriez-vous s'il ne vous restait que huit minutes à vivre ? Une question difficile... Faut-il tomber à genoux et prier de toutes ses forces le divin barbu pour qu'il nous pardonne nos péchés ? Faut-il en profiter pour se prendre une ultime cuite vite fait bien fait ? Ou faut-il simplement, sortir dans la rue et regarder le ciel, les arbres et les petits zoziaux en jouissant au maximum des dernières secondes de notre vie ?

 

De toute façon, comme nous sommes en 2011 et que la fin du monde n'est prévue que pour l'année prochaine, nous avons largement le temps de nous intéresser au film de Duncan Jones : Source Code, blockbuster de science-fiction à 30 millions de dollars.

 

Jusqu'à récemment, je n'avais jamais entendu parler de Zowie Bowie, rejeton de l'une des plus grandes stars du Rock du 20ème siècle, à savoir David Bowie. Et puis, le petit Zowie est devenu grand, s'est rendu compte que pour sortir de l'ombre imposante de son père il valait mieux laisser tomber son pseudo et pour faire bonne mesure, ne pas se lancer dans une carrière de musicien, mais plutôt de cinéaste. Il commence donc par faire ses armes dans la publicité avant de réaliser en 2002 un court-métrage intitulé  Whistle.

 

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En 2009, Duncan Zowie Jones réalise son premier long-métrage : Moon. Un film de science-fiction indépendant qui se déroule sur la Lune (comme son titre le laisse supposer) et qui raconte l'histoire d'un ingénieur chargé d'exploiter les gisements lunaires d'hélium-3, une ressource naturelle susceptible de mettre un terme à la crise énergétique terrestre. Isolé depuis trois ans à 380000 kilomètres de chez lui, avec pour seule compagnie un ordinateur intelligent, et alors qu'il ne reste que quelques jours avant son retour sur le plancher des vaches, le mineur de l'espace se rend compte que quelque chose cloche dans sa mission et qu'il n'est peut-être pas si seul que ça... Un bon petit film de SF qui lorgne vers le Solaris de Soderbergh ou 2001, odyssée de l'espace de Stanley Kubrick, dont le scénario intelligent est parfaitement servi par le comédien Sam Rockwell et par une direction artistique irréprochable qui utilise à bon escient le moindre centime de son budget. Malheureusement, le film n'a pas été distribué en France et il a fallu attendre sa sortie en dvd pour pouvoir le découvrir.

 

Pour son deuxième long-métrage, Duncan Jones choisit de se frotter à nouveau à la science-fiction et porte à l'écran un scénario rédigé par Ben Ripley intitulé Source Code. Colter Stevens est un soldat de l'armée américaine à qui l'on confie une mission très spéciale. Grâce à un programme informatique révolutionnaire, le « code source » du titre, il va pouvoir revivre les huit dernières minutes de la vie d'un homme, passager d'un train qui a été la cible d'un attentat meurtrier quelques jours auparavant. Une fois projeté dans la peau de cet homme, il doit enquêter et découvrir l'identité du terroriste pour éviter qu'il ne frappe à nouveau, cette fois-ci avec une bombe sale, bien plus dangereuse. Le problème, c'est que toutes les huit minutes, le train explose, provoquant la mort de tous les passager et l'éjection de Stevens du « code source ». Il doit donc revivre sans cesse ces huit minutes et réussir à résoudre l'énigme dans le temps imparti.

 

 

Vous l'aurez remarqué, il s'agit du générique de Code Quantum et non pas de la bande originale de Source Code... Les connaisseurs auront sans doute reconnu dans le résumé que j'ai donné du film, quelques éléments directement empruntés à la série crée par Donald Bellisario. Et au petit jeu des comparaisons, il est possible de s'amuser avec le scénario de Ben Ripley. Source Code, c'est une joyeuse compilation de thématiques, séquences et rebondissements piochés à droite à gauche dans le cinéma et la littérature de science-fiction et mélangés vigoureusement pour donner quelque choses d'à peu près nouveau. Une grosse pincée d'Un jour sans fin, quelques rondelles de l'Armée des 12 singes, une louche d'Ubik, trois ou quatre cuillères à soupe de Déjà Vu et pour finir, une larme d'Inception. Mettez tout ça à mijoter dans une marmite avec une touche de suspense Hitchcockien, le comédien de Donnie Darko et une participation de Scott Bakula, l'acteur principal de Code Quantum, et vous aurez une assez bonne idée de l'histoire et des enjeux de Source Code.

 

Malgré son ambition affichée, le scénario de Ben Ripley ne révolutionne donc pas grand chose et a tendance à s'empêtrer dans les nombreux embranchements thématiques explorés. En cela Source Code s'adresse moins aux fans de science-fiction que le précédent film de Jones, qui jouait très peu sur le spectaculaire et plus sur l'introspection et les digressions philosophiques. À la fois trop explicite et pas assez verrouillé, le prétexte scientifique qui est à la base de la fiction permet aux spectateurs différentes interprétations, sans qu'aucune ne résiste à une analyse un peu approfondie. Mondes parallèles, paradoxes temporels, télépathie, prédestination, difficile de faire le tri dans ce foisonnement d'hypothèses.

 

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Mais en dépit de ces zones de flottement dans la narration, Source Code se regarde avec plaisir car il fonctionne à la façon d'un thriller et n'a pas besoin d'un concept de science-fiction vraiment solide, le sujet n'est pas là. Le héros parviendra-t-il à sauver sa peau et celle de la jolie fille, même si cela semble a priori impossible ? C'est finalement tout ce qui importe, et c'est également cela qui dicte le dénouement de l'histoire, qui ne devrait surprendre personne. Pourtant, il y avait de quoi tenter quelque chose d'un peu plus radical et de moins consensuel, simplement en orientant l'imaginaire du spectateur vers telle ou telle explication et en supprimant les dernières minutes du métrage, qui sombrent pour le coup dans la happy-end de pacotille typiquement hollywoodienne. C'est bien dommage car le film regorge de bonnes idées, pas forcément originales mais bien utilisées, et en ne sacrifiant pas l'ambition de son scénario sur l'autel du mélo, Source Code aurait pu s'élever facilement au dessus de son statut de pure commande.

 

Reste que les acteurs sont tous très convaincants, Jake Gyllenhaal en tête, que la mise en scène de Duncan Jones s'avère une nouvelle fois inventive, surtout lorsqu'il s'agit de filmer une même séquence plusieurs fois en modifiant discrètement le point de vue adopté, et que l'on ne s'ennuie pas une seconde devant les mésaventures de Colter Stevens. Vous passerez sans doute un bon moment, pour peu que vous n'attendiez pas trop de ce blockbuster malin, qui a quand même tendance à recycler sans scrupule des recettes de science-fiction déjà utilisées de façon moins bordélique dans plusieurs films récents. Un réalisateur à suivre, qui s'il continue dans cette voie, devrait rapidement nous proposer un vrai grand film de SF.

 

 

Martin Griffault

 

 

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The Social Network

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The Social Network
de David Fincher

Sortie en salles : 13 octobre 2010
Durée : 2h00
Scénario : Aaron Sorkin (d'après l'œuvre de Ben Mezrich)
Photographie : Jeff Cronenweth
Musique : Trent Reznor, Atticus Ross

Distribution : Sony Pictures Releasing France

 

Depuis Fight Club, sorti en 1999, on peut dire que David Fincher aime surprendre les fans de ses premiers long-métrages Alien 3, Se7en et The Game. Après l'échec cuisant de Fight Club, qui rappelons-le a mis quelques années avant d'acquérir son statut de film culte, le réalisateur a changé son fusil d'épaule et s'est orienté vers des projets moins ambitieux et surtout moins sujets à polémique que son adaptation de Chuck Palhaniuk.

 

Son film suivant, Panic Room, est un travail de commande, un thriller techniquement virtuose mais sans grand intérêt malgré son très grand succès. Avec Zodiac, sorti cinq ans plus tard, il prend d'une certaine façon le contre-pied de Se7en et propose un film dans la veine des polars de Friedkin. Très documenté, baigné dans un classicisme froid et presque impersonnel, Zodiac marque une rupture dans le style du réalisateur, qui abandonne pour l'occasion ses tics de mise en scène hérités d'une longue pratique du clip musical et publicitaire. Plus posé, moins hystérique, Fincher se révèle à l'aise avec ce traitement moins tape à l'œil et ce scénario qui privilégie la reconstitution historique et l'approche quasi-documentaire d'un fait divers des années 70. Mais malgré ses qualités indéniables, Zodiac peine un peu à conserver l'attention du spectateur sur les presque deux heures que dure le film. La construction particulière du récit en fait encore une fois un objet plus formel que sensitif. Des défauts que l'on retrouve d'ailleurs dans un long-métrage à la construction proche : Les Hommes du Président de Alan J. Pakula.

 

Avec L'étrange histoire de Benjamin Button, sorti en février 2009, Fincher modifie encore une fois son approche. Ce mélodrame boursoufflé est l'un des films les plus discutables de sa filmographie. Si l'histoire fantastique de Benjamin Button présente sur le papier un intérêt certain, la déception est à la hauteur de l'attente et bien que les effets spéciaux soient parfaitement maitrisés, le film s'embourbe un peu trop dans le sentimentalisme hollywoodien et une esthétique de boîte à gâteau.

 

L'annonce d'un nouveau film de David Fincher, ne déclenche donc plus aujourd'hui la même impatience qu'elle pouvait provoquer par le passé.

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The social network s'intéresse à la création du site internet Facebook. Pour ceux qui auraient passé les 6 dernières années dans une station météo au fin fond de la Sibérie, sans connexion à Internet, Facebook est un site web qui propose aux internautes de créer un réseau virtuel entre vous et votre famille, vos amis, vos vagues connaissances, des inconnus et des marchands de tapis. Une fois le répertoire de connaissances rempli, il est possible de partager avec eux un certain nombre d'information essentielles : vos mensurations, vos préférences sexuelles, vos disponibilités, etc... Mais Facebook peut également servir à avertir vos amis de votre emploi du temps, à partager la dernière pensée profonde qui vous a envahi lors de votre séance de méditation quotidienne aux toilettes, ou encore à publier des photos artistiques de votre dernière soirée picole. Bref, Facebook est un outil fascinant et indispensable qui a très rapidement trouvé son public et qui compte aujourd'hui plus de 500 millions de membre (soit à peu près un terrien sur 15).

 

Et avec 500 millions de spectateurs potentiels, il était inévitable que cette success story devienne rapidement le sujet d'un film. C'est donc entre les mains de David Fincher que ce projet a finalement atterri.

 

Dès la première séquence, nous faisons la connaissance de Mark Zuckerberg, un jeune étudiant d'Harvard, qui va devenir le fondateur de Facebook et accessoirement le plus jeune milliardaire au monde. Plaqué par sa petite amie, il crée en une nuit un site qui permet de noter les étudiantes d'Harvard en fonction de leur physique. Et quand les autres étudiants découvrent cette incroyable contribution à l'amélioration de l'espèce humaine, le succès est immédiat. C'est le début d'une trépidante ascension qui apporte avec elle son lot de victoires, désillusions, trahisons et procès en tout genre.

 

Fincher traite tout cela en mélangeant les genres. Teen movie, biopic, business thriller et film de procès, The social network est un peu tout ça à la fois. L'ensemble se regarde sans problème et le scénario distille un suspense insoupçonnable à la vue du sujet choisi. Finalement The social network fonctionne comme ces « films-flashback » où l'on sait dès le départ quel est le point d'arrivée mais sans que l'on soit forcément au courant du cheminement que vont suivre les personnages pour y parvenir.


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Dans le rôle de Mark Zuckerberg, Jesse Eisenberg est assez étonnant. Il parvient à rendre son personnage à la fois touchant et détestable, hacker génial complètement handicapé d'un point de vue social qui va oublier sa solitude en se créant une communauté illimitée d'amis virtuels et ce faisant, sacrifier son seul véritable ami et se retrouver plus isolé qu'il ne l'était au début de l'histoire.

 

Les autres comédiens sont tous très convaincants et Fincher concentre d'ailleurs son attention sur les personnages plutôt que sur l'objet désincarné auquel ils donnent vie. C'est peut-être là que The Social Network rate un peu le coche. Paradoxalement, Fincher n'a pas voulu, de son propre aveu, faire un film sur Facebook mais plutôt sur les personnages à l'origine du projet. Sauf que les personnages n'ont finalement pas grand chose d'original. Ils se débattent avec des problèmes triviaux, avec leurs doutes, leurs ambitions et leurs petites bassesses comme dans n'importe quel autre biopic. Seuls le caractère et le destin singulier de Mark Zuckerberg viennent apporter un peu de nouveauté à cette classique histoire de réussite industrielle.

 

Avec un sujet aussi riche que Facebook et par extension, les réseaux sociaux sur internet, Fincher aurait pu en profiter pour questionner cette nouvelle façon de créer du lien social. Il aurait pu sacrifier un peu l'anecdotique pour s'intéresser au phénomène mondial dans ses aspects sociologiques, anthropologique et éthique. L'addiction que Facebook déclenche chez beaucoup de jeunes est par exemple à peine abordée au détour d'une réplique rapide. L'isolement et la déconnexion de la réalité sont elles aussi quasiment absentes du récit et enfin, les différents affaires liées à la gestion scandaleuse de la vie privée par les internautes mais aussi par les dirigeants du site n'ont pas droit de cité dans ce film.
 

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Au final The Social Network est un film assez fin, qui se laisse agréablement regarder, qui est bien photographié, bien monté, bien interprété et qui permet de découvrir dans quelles conditions est né ce site tentaculaire. Mais malheureusement, ce nouveau Fincher reste très consensuel et a du mal à sortir de la sphère anecdotique, des ragots et des ficelles du biopic. Plutôt que de prendre le risque de s'aliéner une partie de son public (les utilisateurs de Facebook), le réalisateur fait le choix de ne s'intéresser que de très loin à son sujet et accouche d'un film qui aurait pu aussi bien être consacré à la fondation d'eBay ou de n'importe quelle start-up à succès.

 

Nous sommes devant un pur produit de l'ère Internet, un film accrocheur, bien ficelé et malin, mais qui manque de profondeur et qui s'oubliera sans doute rapidement.

 

 

Martin Griffault

 

 

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Detective Dee : Le Mystère de la Flamme Fantôme

 

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Detective Dee : Le Mystère de la Flamme Fantôme

de Tsui Hark

Sortie en salles : 20 avril 2011
Durée : 2h03
Scénario : Chia-Lu Chang

Photographie : Chi Ying Chan

Musique : Peter Kam

Distribution :  Le Pacte

 

Depuis Seven Swords, sorti en 2005, Tsui Hark n'a pas fait beaucoup parler de lui. Entre temps, le metteur en scène a co-signé avec ses compatriotes hong-kongais Ringo Lam et Johnny To le film Triangle, dont il n'a réalisé que les trente premières minutes, ce qui ne laisse pas beaucoup de place pour développer un univers personnel et imposer sa marque. Il a également tourné une comédie dramatique et un thriller qui n'ont pas eu l'honneur d'être distribués dans les salles françaises. Mais pour le plus grand bonheur des fans, dont je ne fais pas forcément partie, Tsui Hark nous est finalement revenu en 2011 avec ce qu'il sait faire le mieux : un wu xia pian, ou film de cape et d'épée à la chinoise, un genre dont il a d'ailleurs contribué à repousser les limites au début de sa carrière avec des titres comme Butterfly Murders ou Zu, les guerriers de la montagne magique.

 

Detective Dee : le mystère de la flamme fantôme , c'est donc le retour de Tsui Hark au film historique en costume. Nous sommes en 690 et l'empire voit pour la première fois une femme accéder au trône après la mort de son empereur de mari. Suspectée d'avoir empoisonnée son époux et parce qu'elle incarne le progrès dans une société très patriarcale, la belle Wu Zetian est entourée d'ennemis. Et alors que la cérémonie de couronnement approche, une nouvelle menace vient perturber les préparatifs. À quelques heures d'écart, deux hommes qui travaillaient à la construction d'une immense statue de Bouddha de 600 mètres de haut sont victimes de combustion spontanée. Pour résoudre le mystère qui entoure leur mort, la future impératrice fait appel au Juge Dee, un homme qu'elle a fait exiler quelques années plus tôt à cause de son insolence, mais dont les capacités de déduction et de raisonnement sont sans pareilles.

 

On sort alors le Juge Dee de sa prison afin qu'il mène l'enquête. Detective Dee, c'est donc une sorte de Sherlock Holmes au pays de Tigre et Dragon. L'intrigue policière se développe entre deux scènes de bastons chorégraphiées au millimètre. Et si notre juge Dee, est un fin limier quand il s'agit de débrouiller une énigme criminelle, il ne donne pas non plus sa part quand il s'agit de botter le cul des méchants envoyés pour le tuer.

 

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Si ce mélange entre enquête policière et film d'arts martiaux apporte une certaine fraicheur et une bonne dose d'originalité à l'histoire, et si les maquillages, les costumes et les décors en dur sont très réussis, le nouveau film de Tsui Hark accumule quand même un bon nombre de défauts.

 

La première chose qui frappe et choque l'œil, c'est la qualité des effets spéciaux numériques. Alors il est sûr que Detective Dee a été conçu avec environ 13 millions de dollars, soit le budget consacré aux donuts et à la bière sur Avatar, mais qui dit petits moyens, dit solutions alternatives, et en sacrifiant quelques plans d'ensemble ou en favorisant le hors champ, des éléments essentiels au récit auraient pu être traités avec plus d'attention. Le film est donc tartiné de vilaines images de synthèses, qui ridiculisent en quelques secondes le caractère épique de l'histoire et les qualités du reste de la direction artistique. Pourquoi ne pas avoir privilégié le dressage à l'emploi systématique de biches numériques, sorties tout droit d'un nanar de fantasy ? Pourquoi ne pas avoir utilisé des maquettes ou des incrustations plutôt que ces paysages virtuels à peine dignes de figurer dans un jeu vidéo ? Pourquoi ne pas avoir vraiment fait cramer les comédiens plutôt que d'avoir.... heu non.

 

Bref, à de rares exceptions près, les scènes spectaculaires qui ne sont pas des combats sont assez moches. Et les effets numériques ne sont pas les seuls à pâtir de ce manque de budget. Certaines images détonnent aussi par leur aspect granuleux et ternes. Pour donner une impression de rapidité, certains déplacements sont montées en accéléré et on a parfois l'impression que des plans de coupe ont été tournés après coup, sans tenir compte de la cohérence de la lumière.

 

La narration aussi laisse un peu à désirer et Tsui Hark ne nous épargne pas quelques faux raccords surprenants, comme dans la scène du marché fantôme où un personnage sensé être sous terre se retrouve brusquement parachuté au dessus d'une forêt.

 

Les rebondissements s'enchaînent sans grande surprise ni grand suspense et la révélation des différents mystères traine un peu en longueur. Le film aurait sans doute mérité d'être un tantinet plus court pour être plus efficace. Sans parler de la complexité vaguement inutile du stratagème final choisi pour assassiner l'impératrice...

 

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Finalement, les spectateurs doivent faire beaucoup de concessions et la contrepartie n'est pas toujours à la hauteur de nos attentes. Malgré tout, les scènes de combat nous en mettent plein la vue, le savoir faire du chorégraphe est indéniable, l'humour est bien dosé et les comédiens sont parfaitement investis. Certaines séquences prouvent que Tsui Hark reste un maître lorsqu'il s'agit d'utiliser l'espace et de bien composer ses plans pour magnifier une confrontation entre deux personnage. Mais ne vous attendez pas à un spectacle classique et ultra-léché. Nous ne sommes pas devant Hero ou devant Les Trois Royaumes, et le nouveau film de Tsui Hark s'apparente plus à un vieux serial d'aventure aux effets spéciaux approximatifs qu'à la grande fresque épique et friquée vantée par la bande-annonce.

 

Pour conclure sur le côté Sherlock Holmes de Detective Dee, c'est plutôt à la version par Guy Ritchie des aventures du célèbre limier que ce film fait penser, le budget en moins. Une version orientée action, avec un héros bagarreur et qui sait manier le bâton. La pointe de folie de Tsui Hark dans une scène de canardage ou de transformation faisant écho à celle du réalisateur de  Snatch et à son style un peu cartoon.

 

 

Martin Griffault

 

 

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