CRITIQUES DE FILMS 1

 

 

 

Sur cette page :

28 semaines plus tard
À la Croisée des Mondes - La Boussole d'Or
Âmes en stock
American Gangster
Avant l'aube
Easy Money
Essential Killing
Gran Torino
Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal
Intolérance
Kaboom

 

 

PAGE 1 PAGE 2 PAGE 3 PAGE 4 PAGE 5
         
         

 

 



28 Semaines plus tard

 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/63/30/61/18762358.jpg

 

http://img535.imageshack.us/img535/9228/28semainesaff.jpg 28 Semaines plus tard
de Juan Carlos Fresnadillo

Sortie en salles : 19 septembre 2007
Durée : 1h31
Scénario : Juan Carlos Fresnadillo, Enrique Lopez Lavigne, Jesus Olmo, Rowan Joffe
Photographie : Enrique Chediak
Musique : John Murphy

Distribution : Twentieth Century Fox France

 

Lorsque 28 jours plus tard sort sur les écrans en 2002, les films de zombies ne sont plus vraiment à la mode. Mais Danny Boyle et son scénariste Alex Garland (qui avaient déjà fait ensemble le film La plage en 2000) vont donner un grand coup de pied dans les codes du genre.

 

Première différence, il ne s'agit plus de morts revenus à la vie, mais de personnes contaminées par un virus qui les rend enragés. La dimension fantastique est ainsi éliminée et remplacée par une pseudo-explication scientifique qui justifie en quelque sorte l'épidémie et donne au postulat du film une dimension plus réaliste et plus effrayante.

 

Au début de ce film nous assistons au réveil d'un jeune homme dans une chambre d'hôpital. En explorant l'endroit il s'aperçoit peu à peu que tout le monde a disparu. A l'extérieur, les rues sont désertes et laissées à l'abandon, Boyle nous cueille dès les premières minutes avec des plans très impressionnants d'un Londres complètement vide, qui évoque bien sûr le Jour des Morts-vivants de Romero mais également d'autres films comme Le Survivant de Boris Sagal d'après Richard Matheson. Le personnage reste seul pendant un certain temps, jusqu'à ce qu'il rencontre quelques-uns de ses anciens compatriotes enragés et que le film bascule dans l'horreur.

 

La principale différence entre le film de Danny Boyle et les films de morts-vivants des années 70, 80 et 90, c'est la vitesse de déplacement des monstres. Les infectés courent comme des fous en hurlant, alors que les anciens morts-vivants étaient plutôt de genre à marcher très lentement en râlant "cèèèrveauuuu" et en essayant maladroitement d'attraper les autres protagonistes. Une autre différence notable, c'est qu'à l'inverse des anciens films de mort-vivants, où la dimension politique était prépondérante, le message principal contenu dans le film de Boyle est plus orienté vers l'anthropologique que vers le politique, en bref : « L'homme est un loup pour l'homme » et un rien peut le faire basculer dans la rage.

 

Comme le film de Boyle rencontre le succès en salle et en vidéo et conformément au nouvel ordre cinématographique mondial, une "sequel" est mise en chantier et 28 semaines plus tard sort cinq ans plus tard...

 

Ce deuxième film, réalisé par Juan Carlos Fresnadillo (dont c'est le deuxième long-métrage après Intacto, sorti en 2001), vient compléter l'univers inventé par Alex Garland et prolonger le cauchemar. Notons qu’en plus du changement de réalisateur, aucun des acteurs du précédent film n'est revenu sur la suite malgré la fin ouverte du précédent opus et nous avons donc droit à une nouvelle brochette de comédiens plus ou moins inconnus, à part bien sûr Robert Carlyle (que l'on a vu entre autres dans The Full Monty ou dans le méconnu mais excellent Face).

 

L'ouverture du film se déroule approximativement au même moment que l'intrigue de 28 jours plus tard, soit en pleine explosion de l'épidémie. La scène d'ouverture, qui décrit l'attaque d'un groupe de survivants par les enragés, est particulièrement ébouriffante, très violente et nous plonge avec virtuosité dans le cauchemar.

 

http://img203.imageshack.us/img203/5305/28semaines3.jpg

 

Mais c'est la suite du film qui s'avère particulièrement originale. Le scénario nous fait découvrir une situation inhabituelle. En général, les histoires de morts-vivants se terminent par la fuite des héros, les monstres ayant pris possession de tout le territoire et la chute nous montre immanquablement la défaite des humains. Ici, nous assistons à une reconstruction après l'épidémie, une re-colonisation de l'espace par l'armée et par des nouveaux colons encadrés par les militaires. Dès lors, avec ce thème, nous pouvons sentir que dans ce film, le discours politique sera bien plus important que dans 28 jours plus tard. Et plusieurs scènes au cours du film viendront confirmer cette première impression.

 

Nous suivons une famille, séparée par l'épidémie pendant quatre mois (les vingt-huit semaines du titre), qui se retrouve enfin en zone sûre mise en place dans le centre de Londres. Ce choix de centrer l'action autour d'une famille est peut-être un des points faibles de cette histoire. La nécessité de rendre crédible ce groupe, de rendre visible à l'écran toute une palette de sentiments entre le père et ses enfants, le mari et sa femme, le frère et la sœur, toutes ces scènes consacrées à la mise en place des personnages vient ralentir notablement l'action et faire perdre un peu de ce qui faisait l'originalité du premier où l'on ne s'embarrassait pas vraiment avec les liens familiaux et les sentiments... D’un autre côté, certains trouveront sans doute que ce choix permet une meilleurs identification aux personnages.

 

Concernant la forme, nous retrouvons à nouveau une image DV avec un grain important, très réaliste, mais nous pouvons aussi remarquer une agréable nouveauté dans la mise en scène à savoir ce parti pris de filmer les contaminés et les attaques comme si la caméra elle-même avait attrapé le virus. Grâce à l'hystérie maitrisée des cadrage, ces scènes parviennent à être terrifiantes malgré une certaine économie de moyens et de maquillages.La musique est elle aussi une bonne réussite. Le thème principal du film de Boyle ayant été conservé et le reste de la BO entretenant très efficacement le suspense.

 

Le principal point à déplorer dans le film c'est, à mon avis, la perte progressive d'originalité. Si le début repose sur l'idée plutôt novatrice de re-colonisation après l'épidémie, à partir du moment où le virus fait rage à nouveau nous retombons dans une trame plus classique qui suit le schéma traditionnel des films de zombie : un petit groupe de survivants fuit sans arrêt pour survivre aux attaques successives et les membres du groupe se font décimer les uns après les autres.

 

http://img211.imageshack.us/img211/9380/28semaines2.jpg

 

Pour terminer je saluerais la superbe séquence au cours de laquelle l’épidémie va recommencer à se propager. Une scène d’une violence rare et en même temps d’une grande tristesse et d’une grande poésie, où c'est l’amour qui fait renaître la rage. Ne serait-ce que pour ces quelques images (parmi les plus touchantes de tout le cinéma de genre), 28 semaines plus tard constitue une nouvelle exploration remarquable de ce genre passionnant qu'est le film de zombie.

 

 

Martin Griffault

 

 

Postez vos commentaires sur la page de l'émission

 

 



À la Croisée des Mondes - La Boussole d'Or

 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/63/76/90/18785459.jpg

 

http://img97.imageshack.us/img97/3505/alethiometer.jpg À la Croisée des Mondes - La Boussole d'Or
de Chris Weitz

Sortie en salles : 05 décembre 2007
Durée : 1h54
Scénario : Chris Weitz (d'après l'œuvre de Philip Pullman)
Photographie : Henry Braham
Musique : Alexandre Desplat

Distribution : Metropolitan FilmExport

 

Haaa, la magie de Noël... Ces décorations lumineuses dans les villes (avec des ampoules à économie d'énergie bien sûr), ses centres commerciaux ouverts le dimanche, et surtout sa pléthore de films pour enfants, parce que ce sont les enfants qui font vivre Noël et les vendeurs de jouets. Et cette année-là comme Harry Potter était sorti en juillet, que les deuxièmes volets d'Eragon et des Mondes de Narnia n'étaient pas prêts, et que l'on n'avait plus sous la main d'attraction des parcs Disney (genre Pirates des Caraïbes) à adapter sur grand écran, il a bien fallu trouver une histoire de Fantasy à servir aux enfants. C'est donc la trilogie romanesque de Philip Pullman, His Dark Materials (À la Croisée des Mondes), qui a été choisie par les cadres supérieurs de New Line Cinéma pour satisfaire nos adorables et coûteuses têtes blondes.

 

Mais il y a un problème : l'univers inventé par Philip Pullman, s'il contient bien sûr des éléments empruntés aux vastes domaines de la Fantasy, propres à satisfaire les fans d'univers fantastiques, n'est pas exclusivement une niaiserie consommable immédiatement par les enfants. À la croisée des mondes est une œuvre littéraire complexe, d'une grande originalité (le premier roman : Les Royaumes du Nord est sorti en librairies en 1995, soit 2 ans avant le premier tome d'Harry Potter, ce qui invalide toute accusation d'un éventuel plagiat de l'œuvre et de l'univers de Rowling par Pullman) et aux thématiques finalement bien plus adultes qu'elles en n'ont l'air.

 

L'histoire se déroule dans un univers parallèle au nôtre. Dans ce monde chaque humain possède un "Daemon", prolongement physique de l'âme sous forme animale. Les Daemons des enfants, fidèles au caractère versatile de leurs propriétaires, sont constamment en train de changer de forme. Ceux des adultes par contre se sont stabilisés avec le temps en représentant au mieux l'homme ou la femme auxquels ils sont liés. Dans cet univers, une jeune fille, Lyra Belaqua, accompagné de son Daemon Pantalaimon, va partir dans le grand Nord à la recherche de son meilleur ami, qui a été enlevé par des voleurs d'enfants. Elle croisera sur sa route de nombreux personnages hauts en couleurs, des gitans, des sorcières, des ours en armures, des tartares et la mystérieuse Madame Coulter (interprété mollement dans le film par Nicole Kidman).

 

http://img580.imageshack.us/img580/3105/bo1.jpg

 

Lyra découvrira également que le monde dans lequel elle vit, n'est en fait qu'un monde parmi de nombreux autres univers parallèles (dont le nôtre) et qu'une chose les relie tous entre eux : la Poussière. Tous ces éléments de l'intrigue sont expédiés dans le film lors des premières minutes par une voix off particulièrement didactique qui, au passage, nous gâche une bonne partie du suspense.

 

Cette découverte de l'existence d'univers parallèles ne va pas plaire du tout au Magisterium, une administration religieuse intégriste, ramifiée dans presque tous les postes du gouvernement, car cette Poussière représente une menace pour les croyances habituellement transmises à travers la Bible et les discours officiels. Cette Poussière, comme elle est appelée dans ce monde, mais qui porte d'autres nom ailleurs (sur notre monde, nous parlons de « matière noire », ou « matière sombre », « dark matter » en anglais, matière que l'on n'e parvient pas à observer mais dont on suppose la présence massive dans l'univers). On parle de matière non-baryonique par opposition à la matière baryonique qui est composée des atomes et des molécules observables que l'on connaît bien.

 

Pour l'aider dans son aventure, on confie à Lyra au début de son périple un objet magique dont le fonctionnement est lié à la Poussière : un Aléthiomètre, (la fameuse boussole d'or), sorte d'outil de divination, objet que l'on peut comparer au Yi King et qui est sensé prédire l'avenir avec justesse pour celui qui sait le déchiffrer.

 

Lors de sa publication, la trilogie a déclenché une controverse assez importante car elle développait son monde autour de préoccupations gnostiques et existentialistes (certains ont même dit anti-cléricales et anti-chrétiennes). La charge adressée contre l'église et le fanatisme religieux est, tout au long des livres, très mordante et les similitudes entre le Magisterium et l'Église chrétienne à fait bondir de nombreuses personnes. La quête des personnages pour comprendre la nature de cette Poussière les conduira de mondes en mondes et leur fera non seulement vivre des aventures mais également se poser (mais aussi poser aux lecteurs) de nombreuses questions pertinentes sur l'univers.

 

http://img706.imageshack.us/img706/8207/bo2s.jpg

 

Ne vous inquiétez pas, vos chers enfants n'auront pas à se farcir ces interrogations subversives et bien trop compliquées pour eux avec le film de Chris Weitz, qui provient d'un pays où le livre de chevet du président d'alors était la Bible, toujours ouverte à la page de l'Apocalypse, et où la guerre sainte n'est pas uniquement une pratique médiévale. Les thématiques gnostiques (mais également tous les autres sujets inaccessibles pour des élèves d'école primaire) ont donc été pour notre plus grand plaisir supprimées purement et simplement du long métrage. Finalement ça n'a rien d'étonnant quand on sait que la réalisation et le scénario ont été confiés au responsable d'American Pie.

 

Dans le film, la richesse du livre a été remplacée par une grande légèreté dans le traitement des personnages, de leurs motivations et des actions qu'ils vont entreprendre. Le saut du coq à l'âne est ainsi adopté comme principe fondateur. En résulte pour le spectateur une difficulté à s'attacher aux différents protagonistes qui vient rendre l'ensemble plus confus que compréhensible. Certains comédiens comme Eva Green doivent par exemple se contenter d'une ou deux scènes pour faire exister leurs personnages et d'autres, même s'ils sont beaucoup plus présents à l'écran, se contentent d'enfiler les clichés et autres caricatures comme des perles pour ne pas dénoter avec l'ensemble. A noter quand même un amusant caméo de deux secondes et demie de Christopher Lee, qui avec ce film s'offre la plus courte performance de sa carrière.

 

Le traitement visuel est lui aussi d'une grande pauvreté et l'on a la plupart du temps l'impression d'être devant un mauvais épisode inédit d'Harry Potter. Les effets spéciaux sont pour beaucoup d'une laideur assez affligeante avec des séquences à la qualité très inégale. Aucune inventivité à découvrir non plus du côté de la mise en scène si ce n'est, peut-être, dans la scène du combat entre les deux ours, scène dont la chute nous réserve d'ailleurs le seul moment un peu "osé" du film avec une mandale sauvage qui pourrait bien rentrer dans les annales. Enfin, la musique, qui comme dans tout film d'aventure se pare de lourdes envolés lyriques avec violons et synthétiseurs de circonstances, n'arrive à aucun moment à nous émouvoir ou à sublimer les rares scènes d'héroïsme.

 

http://img42.imageshack.us/img42/9854/bo3d.jpg

 

Ne reste donc qu'une sorte de publicité grand format pour tout ce qui étaient éventuellement utilisables comme produits dérivés dans les romans. En effet, difficile de placer un distributeur de Pepsi ou un gros plan sur des baskets Converse dans cet univers. Et la solution trouvée pour pallier à ce manque à gagner, fut bien sûr de signer un accord avec les fabricants de jouets pour pouvoir vendre, une fois le film exploité suffisamment en salles, des peluches de l'ours Iorek Byrnison, de Pantalaimon, de Stelmaria et du Singe Doré aux enfants. Pourquoi ne pas également produire un jeu vidéo en réutilisant en guise de cinématiques, les pires plans d'effets spéciaux du film...

 

Le pire, finalement, avec ce film n'est pas qu'il constitue une adaptation plus que ratée d'un très bon livre de Fantasy, mais bien que son contenu ait été formaté pour les moins de dix ans. Ne vous attendez donc pas à la moindre once de réflexion ni à des scènes de batailles spectaculaires ou violentes, chaque affrontement étant, grâce à la magie du cinéma et à celle de Noël, transformé en féerie, en feu d'artifice de Poussière dorée à chaque décès d'un personnage et de son Daemon.

 

Bref, un "hit" de Noël à programmer en première partie de soirée sur TF1. Achetez plutôt la trilogie de romans et offrez la à vos enfants, ils vous remercieront plus tard.

 

 

Martin Griffault

 

 

Postez vos commentaires sur la page de l'émission

 

 



Âmes en stock

 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/68/75/72/19421620.jpg

 

http://img97.imageshack.us/img97/9784/amesenstock.jpg Âmes en stock
de Sophie Barthes

Sortie en salles : 05 mai 2010
Durée : 1h41
Scénario : Sophie Barthes
Photographie : Andrij Parekh
Musique : Dickon Hinchliffe

Distribution : Memento Films Distribution

 

Vous êtes tourmenté ? Le poids du monde pèse sur vos épaules ? Vous êtes en proie à la fameuse « difficulté d'être », dont parlait Jean Cocteau ? Vous voulez arrêter de souffrir ? Eh bien, c'est aujourd'hui possible grâce à l'entreprise "Soul Storage" qui propose pour une poignée de dollars de désolidariser votre âme de votre corps et de la stocker dans le New Jersey en attendant que vous alliez mieux...

 

C'est en partant de ce prétexte de science-fiction plutôt étrange que Sophie Barthes a élaboré le scénario de son premier long-métrage Âmes en stock.


Dans l'univers que la réalisatrice nous propose d'explorer, le quotidien est en tout point semblable au nôtre, si ce n'est l'apparition de cette nouvelle technologie qui permet de mettre notre âme en consigne dans un entrepôt et de repartir sitôt fait avec l'esprit beaucoup plus léger. L'expérience va tenter un certain Paul Giamatti, interprété par... Paul Giamatti, comédien new-yorkais de son état, qui n'arrive plus à surmonter son mal-être d'artiste torturé, et qui a toutes les difficultés du monde à se débarrasser du personnage d'Oncle Vania qu'il interprète dans la pièce éponyme de Tchekov. Pour échapper à la dépression, il franchit le pas et décide de faire appel à "Soul Storage" pour procéder à l'ablation de son âme. Mais l'opération n'a pas vraiment les effets escomptés et le pauvre acteur désincarné va très vite être entrainé dans une aventure surréaliste.

 

Avec son premier film, Sophie Barthes lorgne du côté des scénarios alambiqués de Charlie Kaufman, des personnages dépressifs et névrosés à la Woody Allen, et d'une certaine science-fiction du quotidien qui avait été si bien utilisée dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry, dont le scénario avait justement été signé par Kaufman. L'innovation technologique qui est au centre du film suffit à créer une atmosphère décalée qui fait basculer le film dans une sorte de cyberpunk réaliste, sans qu'il y ait besoin d'y ajouter des voitures volantes ou des androïdes. Le film fait une économie quasi totale d'effets spéciaux et seules une ou deux séquences oniriques et quelques accessoires plus vintage que futuristes, ancrent le film dans la science-fiction.

 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/68/75/72/19316949.jpg

 

Le prétexte de départ donne naissance tout au long du film à plusieurs idées particulièrement originales. Sans âme, Paul n'est plus qu'une écorce vide et l'Oncle Vania se transforme en cabotin vulgaire. La seule solution qui s'offre à lui est de louer une âme de poète russe pour pouvoir assurer les représentations. Un service que "Soul Storage" propose bien évidemment. Il suffit de faire son choix dans un catalogue d'âmes, alimenté par des donneurs anonymes.

 

Mais alors qu'une nouvelle niche économique est en train de voir le jour, un trafic d'âmes se met en place entre les Etats-Unis et la Russie. Et comme les âmes sont extrêmement volatiles en altitude les trafiquants ont besoins de mules pour les transporter d'un pays à l'autre. Dans un cadre plus typé cyberpunk, le même type de ressorts dramatique aurait pu donner naissance à un scénario très proche de la nouvelle Johnny Mnemonic de Wiliam Gibson, dans laquelle un mercenaire loue une partie de son cerveau pour transporter des données informatiques en toute sécurité, mais ici, ces différents éléments permettent surtout, dans la grande tradition de l'anticipation, d'amplifier certains aspects du monde réel pour y porter un regard plus lucide.

 

Le choix d'avoir fait jouer à Paul Giamatti, non pas son propre rôle, mais plutôt une version de lui-même dépressive et torturé, vient également ancrer un peu plus cette histoire délirante dans le réel. Et là où un Charlie Kaufman aurait eut tendance à tirer le récit vers une débauche d'introspection psychanalytique comme ça avait été le cas avec Dans la peau de John Malkovitch, Adaptation et encore plus avec Synecdoque New-York, Sophie Barthes choisi de ne pas trop s'appesantir sur un exercice d'auto-analyse et de privilégier l'émotion, en particulier dans la deuxième partie du film, qui, délocalisation en Russie oblige, acquiert un caractère plus mélancolique et contemplatif.

 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/68/75/72/19042185.jpg

 

La musique de Lhasa qui ponctue la bande originale discrète de Dickon Hinchliffe vient de façon efficace provoquer l'émotion, mais aussi le rire, lorsqu'elle sert au sein même de l'histoire à vérifier la capacité à s'émouvoir du personnage débarrassé de son âme.

 

La grande réussite de Sophie Barthes c'est d'être parvenu à éviter l'emphase dans laquelle son scénario aurait pu l'entraîner. Si l'histoire tourne autour de la question de l'âme et de sa nature, à aucun moment nous ne sommes confrontés à un discours philosophique ou théologique pompeux. Chaque fois que le sujet est abordé, il est désamorcé avec humour. Dans  Âmes en stock , les précieux 21 grammes qui nous séparent des inanimés, ont la forme de cailloux, de brindille ou de pois chiche, et pour le docteur en chef de "Soul Storage", il ne s'agit finalement que d'un organe, comme le cœur ou le foie, voire d'une tumeur dont il vaut mieux se débarrasser. C'est donc avec légèreté et humour que Sophie Barthes traite son sujet et c'est tant mieux. Si son film est finalement moins fou ou moins baroque que ceux scénarisés par Kaufman, son propos est quand même plus digeste.

 

Âmes en stock  est donc un premier film très réussi, même s'il accuse quelques petites baisses de rythme par moment. La poésie et l'humour que Sophie Barthes a réussi à distiller dans son scénario est parfaitement servi par un casting irréprochable. Paul Giamatti, est parfait en ours mal léché, complètement à côté de ses pompes, qu'il ait une âme dans la caboche ou pas. Face à lui, Dina Korzun est parfaite en mule transporteuse d'âme, dont le cerveau est petit à petit envahi par des résidus de ses livraisons. Enfin David Strathairn et Emily Watson sont eux aussi excellents dans des rôles secondaires qui apportent respectivement humour absurde et émotion à fleur de peau au film. Une belle surprise qui révèle une réalisatrice à suivre.

 

 

Martin Griffault

 

 

Postez vos commentaires sur la page de l'émission

 

 



American Gangster

 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/63/18/22/18828545.jpg

 

http://img695.imageshack.us/img695/562/americangangster2.jpg American Gangster
de Ridley Scott (voir le dossier réalisateur)

Sortie en salles : 14 novembre 2007
Durée : 2h37
Scénario : Steve Zaillian (d'après l'œuvre de Mark Jacobson)
Photographie : Harris Savides
Musique : Hank Shocklee

Distribution : Paramount Pictures France

 

Après avoir tâté deux fois du péplum grand-spectacle (Gladiator et Kingdom of Heaven) et après son incursion dans le sud de la France qui est passée totalement inaperçue (Une Grande Année), Ridley Scott remonte au créneau avec American Gangster. Comme son titre l'indique nous avons droit cette fois-ci à une histoire qui gravite autour d'une figure du crime organisé : Frank Lucas, qui débute comme garde du corps d'un parrain de Harlem et qui va devenir calife une fois que le précédent calife a succombé à une crise cardiaque.

 

Nous suivons donc d'un côté "l'ascension sociale" de cet homme et d'un autre côté la traque qu'un inspecteur de police va mener pour parvenir à mettre ce dangereux criminel derrière les barreaux.

 

L'exercice auquel s'est livré l'équipe du film est à première vue assez périlleux. Nous sommes dans un registre très codifié, le film de gangster. De grands cinéastes se sont déjà essayés avec succès à ce genre (Scorcese, Coppola, Hawkes...). Et nous avons au final un film qui dure plus de deux heures et demi. Mais le moins que l'on puisse dire c'est que Ridley Scott a réussi son coup.

 

Tout commence par la mort d'un parrain noir de la mafia, populaire, généreux, mais aussi criminel impitoyable. Son garde du corps a qui il a transmis tout son savoir-faire prends le relais et profite de la guerre du Vietnam pour mettre en place un trafic de drogue de grande envergure entre Bangkok et New York, se servant des aller et retour des troupes dont il va réussir à corrompre certains soldats qui lui serviront de passeurs. En parallèle à cette prise de pouvoir sur le trafic de drogue par Frank Lucas, nous suivons un policier, Richie Roberts, qui après avoir été catalogué comme incorruptible (ce qui n'a pas beaucoup plu à ses collègues qui ont l'habitude d'en "croquer") et après avoir été mis à l'écart, se voit proposer la direction d'une unité spécialisée dans la traque des narco-trafiquants. Pris entre son enquête et ses problèmes personnels (son divorce, son envie de quitter la police pour devenir avocat), ce flic tenace va petit à petit resserrer son étau autour du gangster.

 

http://img695.imageshack.us/img695/4674/americangangster1.jpg

 

Le film de Scott est une réussite pour plusieurs raison. Déjà, la direction artistique est parfaitement maîtrisé. Dès l'ouverture, les costumes, les coiffures, la musique, mais aussi la mise en scène sobre et "coup de poing", nous plongent dans le New york des années soixante-dix. On se croirait presque devant Bullit ou devant un polar de Friedkin (French Connexion, ou Police Fédérale Los Angeles bien que ce dernier soit ancré dans les années 80). L'histoire nous tient en haleine tout au long du film en se focalisant tantôt sur un vrai destin criminel et tantôt sur les rouages que Frank Lucas va mettre en place pour mener à bien son entreprise. Car il s'agit bien de cela finalement, une vaste entreprise commerciale où le produit vendu est de l'héroïne de meilleure qualité et moins chère et où le PDG va au bout de ses ambitions. En bon homme d'affaire, Lucas va réunir autour de lui des personnes de confiance, principalement des membres de sa famille et tenir sa barque en bon capitaliste américain. Et c'est peut-être là que le titre du film trouve toute sa justification, dans cette idée d'un self made man qui va s'élever depuis la fange des quartiers pauvres de New-York jusqu'au sommet de la société, accumulant une richesse phénoménale et le respect de ses pairs.

 

Nous avons donc un film policier parfaitement construit d'un coté, grâce à un scénario très bien goupillé qui va distiller les informations au compte goute et des scènes d'action ou des scènes de violence ébouriffantes, et d'un autre côté une sorte de portrait pessimiste de l'Amérique moderne qui explore le rapport toujours d'actualité entre la pauvreté de la plus grande partie de la population et la richesse mal acquise d'une petite élite.

 

Sans s'appesantir sur son discours politique et en nous offrant une vraie histoire qui fonctionne sur la durée, Ridley Scott signe un très bon film de gangsters servi par des comédiens investis, à ranger sur la même étagère que Serpico.

 

 

Martin Griffault

 

 

Postez vos commentaires sur la page de l'émission

 

 



Avant l'aube

 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/78/08/49/19642417.jpg

 

http://img837.imageshack.us/img837/9900/aube.jpg Avant l'aube
de Raphaël Jacoulot

Sortie en salles : 02 mars 2011
Durée : 1h44
Scénario : Lise Macheboeuf, Raphaël Jacoulot
Photographie : Benoît Chamaillard
Musique : André Dziezuk

Distribution : UGC Distribution

 

Avant l'aube, le nouveau film de Raphaël Jacoulot partage un certain nombre de points communs avec le chef d'œuvre de Stanley Kubrick : Shining ; même si le fantastique est totalement absent du second long-métrage de Jacoulot et que la comparaison reste anecdotique, il m'a semblé intéressant de le signaler.

 

Première similitude, Avant l'aube se déroule dans les Hautes Pyrénées, en plein hiver. Au cœur de ces paysages enneigés se dresse un grand hôtel de luxe qui accueille une clientèle bourgeoise venue faire de la glisse pendant les vacances de Noël. L'hôtel est donc le lieu central de l'action dans Avant l'aube, comme l'était le célèbre Overlook dans Shining. Deuxième point de concordance : le générique d'ouverture. Raphaël Jacoulot reprend le principe du plan aérien qui suit une voiture sur les routes enneigées. Cette fois-ci ce n'est plus Jack Nicholson qui est au volant, mais Vincent Rottiers, tous deux gardiens d'un hôtel qui va leur réserver bien des surprises. Enfin troisième point de concordance peut-être moins référentiel, mais me semble-t-il assez prégnant tout au long du film. Avant l'aube et Shining sont deux films qui traitent de l'éclatement de la famille. Chez Kubrick, c'était la folie qui provoquait l'explosion. Ici, ce sont les secrets et le mensonge qui entrainent la faillite définitive d'une cellule familiale apparemment solide.

 

Mais laissons là ces points de comparaisons pour nous intéresser plus en détail à Avant l'aube

 

Frédéric est un jeune homme au passé compliqué qui suit un stage dans un grand hôtel des Pyrénées. Tout se passe pour le mieux jusqu'au jour où l'un des clients disparaît sans laisser de trace. Frédéric soupçonne son patron, Jacques Couvreur, d'y être pour quelque chose, mais plutôt que de faire part de ses soupçons à la police, il choisit de se taire et de protéger son employeur. Cette décision lui vaut la confiance de Jacques, qui lui offre un emploi permanent et va peu à peu l'accueillir chez lui.

 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/78/08/49/19642425.jpg

 

Avant l'aube c'est avant tout l'histoire d'une rencontre. Une rencontre entre Frédéric, jeune homme qui a fuit sa famille et Jacques, le propriétaire de l'hôtel, qui trouve chez son employé cette confiance que son propre fils ne lui a jamais accordé. Sur fond d'enquête policière, la relation entre ces deux-là s'approfondit, s'enrichit et leur silence tacite à propos de certains événements se transforme en complicité. En devenant de plus en plus proche de l'hôtelier, Frédéric change. Son nouveau salaire lui donne accès à une bourgeoisie de façade, beau manteau prêté, audi d'occasion et peu à peu, il délaisse sa petite amie et abandonne son ancienne vie de prolétaire pour passer de plus en plus de temps à l'hôtel au contact de Jacques et de ses proches.

 

Mais les mensonges et les secrets ne vont pas tarder à le rattraper et à menacer cette nouvelle amitié finalement bien artificielle. Lorsqu'une jeune enquêtrice entre en scène pour élucider le mystère, le passé de délinquant de Fréderic fait peser sur lui les soupçons.

 

Peu bavard et misant énormément sur les silences et les regards entre les personnages, le scénario d'Avant l'aube jongle avec les codes du film noir pour mieux dresser le portrait de ces personnages en proie au doute et à la dissimulation. Jean-Pierre Bacri, après quelques scènes où il ronchonne comme à son habitude, s'efface derrière son personnage et lui donne une belle profondeur. Tour à tour sympathique, glacial ou minable, l'hôtelier Jacques Couvreur se démène pour garder la tête hors de l'eau alors que son fils légitime s'éloigne de plus en plus de lui, que son affaire est menacée par la mauvaise publicité due à la disparition et que sa petite vie d'homme d'affaire risque d'éclater d'un moment à l'autre.

 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/78/08/49/19642428.jpg

 

Face à lui, c'est Vincent Rottiers qui prête ses traits à Frédéric, un jeune acteur qui tenait le rôle principal de Je suis heureux que ma mère soit vivante de Claude et Nathan Miller. Frédéric économise les mots, ne montre pas ses sentiments et semble absent. Peut-être parce qu'il a fait le choix de ne rien dire à la police et à sa petite amie, peut-être parce qu'il est en permanence embrumé par le canabis qu'il fume ou simplement parce qu'il ne sait pas quoi dire et se méfie de tout et de tous. La grande réussite d'Avant l'aube tient dans ce personnage énigmatique qui n'est pas sans faire penser à celui incarné par Tahar Rahim dans Un Prophète (lire la critique) de Jacques Audiard. Vincent Rottiers fait preuve d'une présence impressionnante et nous charme sans démonstration de force, simplement grâce à son charisme, sa présence et son regard hypnotique.

 

Avant l'aube est donc avant tout un film de personnages. Ne vous attendez pas à une histoire policière élaborée, le sujet de Raphaël Jacoulot n'est pas là, même s'il s'amuse avec les codes du genre et que l'on ne peux pas ne pas penser à certains films américains qui utilisent un cadre similaire comme le Fargo des Frères Coen ou Un Plan Simple de Sam Raimi. En comparaison, le scénario d'Avant l'aube ressemble plus à celui d'un bon téléfilm qu'à celui d'un film hollywoodien.

 

Avant l'aube nous raconte l'histoire d'une trahison entre un père de substitution et son fils d'adoption, une relation qui aurait tout pour être belle et pleine d'amour mais qui s'achève dans la violence et la haine, sous une neige implacable.

 

 

Martin Griffault

 

 

Postez vos commentaires sur la page de l'émission

 

 



Easy Money

 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/82/77/25/19671285.jpg

 

http://img231.imageshack.us/img231/3503/snabbacashmoviecover112.jpg Easy Money
de Daniel Espinosa

Sortie en salles : 30 mars 2011
Durée : 2h04
Scénario : Maria Karlsson (d'après l'œuvre de Jens Lapidus)
Photographie : Aril Wretblad
Musique : Jon Ekstrand

Distribution : MK2 Diffusion

 

Pour son troisième long-métrage, Daniel Espinosa adapte Easy Money, un roman de Jens Lapidus, premier volet de la trilogie Stockholm Noir.

 

Easy Money raconte les destins croisés de trois personnages. Il y a Jorge qui vient de s'évader de prison et qui essaie de renouer avec sa sœur tout en replongeant tête baissée dans les magouilles. Il y a Mrado, un gangster serbe que son patron voudrait bien voir disparaître et qui se retrouve du jour au lendemain à devoir s'occuper de sa fillette d'une dizaine d'année. Et enfin, il y a Johan, un jeune étudiant dans une école de commerce qui rêve de devenir riche pour intégrer la haute société et séduire la belle Sophie.

 

Pour s'enrichir facilement et rapidement, Johan accepte de s'impliquer dans un trafic de cocaïne et grâce à ses connaissances en économie, il trouve un moyen de blanchir l'argent de la drogue. Tout semble aller pour le mieux jusqu'à ce qu'une guerre des gangs éclate et que notre étudiant en costard cravate découvre la dure loi du milieu et se retrouve avec du sang sur les mains.

 

Raconté comme ça, le scénario d'Easy Money n'a pas grand chose d'original, des histoires du même genre, qui mélangent drames individuels et pratiques maffieuses ont déjà été traitées largement au cinéma. Aux Etats-Unis, les exemples abondent, depuis les classiques du film noir à des films plus récents comme La nuit nous appartient de James Gray, ou le Bad Lieutenant de Werner Herzog.

 

Chez les européens, le genre a été récemment dynamité par le danois Nicolas Winding Refn avec la trilogie Pusher, une des grosses claques de 2006. Sans parler de la déferlante Millénium, une autre saga suédoise, adaptée au cinéma par un autre réalisateur danois : Niels Arden Oplev.

 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/82/77/25/19636150.jpg

 

En dépit de la simplicité de ses prémisses, la mise en place d'Easy Money est plutôt prenante et l'on peut s'attendre après la première demie-heure de projection, à un film viscéral et racé. Malheureusement, le rythme s'essouffle petit à petit et malgré la mise en scène efficace et le montage serré à l'américaine de Daniel Espinosa, l'action peine à redémarrer avant un bon moment. Pendant un bon tiers du métrage, le film dérive entre les trois protagonistes, explore leurs personnalités et leurs histoires sans que l'intrigue ne progresse réellement. Si les comédiens sont parfaits, Joel Kinnaman en tête, ils doivent composer avec des personnages, qui eux, sont des stéréotypes ambulants.

 

Et c'est dans la transformation finale de ces stéréotypes que le film finit par redécoller en un climax prévisible, mais hypnotique et parfaitement orchestré. Comme souvent dans le film noir, c'est en prenant des décisions inattendues que les personnages dévoilent leurs véritables personnalité. Le jeune anti-héros, que la cupidité a rendu froid et déplaisant, devient soudain bien plus complexe et torturé qu'il n'en a l'air. Quant au truand brutal que sa fille a rendu plus humain et donc plus attachant, il reste enfermé dans les mensonges et la violence du seul monde qu'il connait et dans lequel on l'a vu évoluer pour la première fois au début du film.

 

En l'état, Easy Money souffre un peu de sa durée qui dépasse les deux heures, mais avec trois histoires individuelles à approfondir, le film pouvait difficilement durer moins longtemps. Reste que les amateurs de polar trouveront sans doute leur bonheur avec ce film qui ne révolutionne pas le genre, mais qui révèle un réalisateur appliqué, et qui nous plonge dans une sordide histoire de trafic de drogue, de mensonges, de trahisons et de sacrifices.

 

 

Martin Griffault

 

 

Postez vos commentaires sur la page de l'émission

 

 

 



Essential Killing

 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/79/64/76/19700535.jpg

 

http://img16.imageshack.us/img16/1319/essentialkilling.jpg Essential Killing
de Jerzy Skolimowski

Sortie en salles : 06 avril 2011
Durée : 1h23
Scénario : Jerzy Skolimowski, Ewa Piaskowska
Photographie : Adam Sikora
Musique : Pawel Mykietyn

Distribution : Surreal Distribution

 

Essential Killing de Jerzy Skolimowski s'ouvre sur l'aridité du désert Afghan. Un trio de soldats américain arpente la roche brulante pour une mission secrète dont on ne saura rien. Pris en tenaille entre les soldats au sol et les hélicoptères qui quadrillent le ciel, un homme est rapidement fait prisonnier. Harcelé, torturé et finalement déporté à l'autre bout du monde, il parvient par miracle à s'échapper à la faveur d'un accident. C'est le début d'une fuite en avant et d'un combat sans pitié pour la survie dans un environnement inconnu et hostile, aussi glacial que pouvait être ardent le soleil du désert.

 

Le film de Skolimowski est un survival, dans la grande tradition des Chasses du Comte Zaroff ou du chef d'œuvre de John Boorman, Délivrance. Il possède donc un rythme qui le rapproche du film d'action ou du thriller et cette descente aux enfers d'une heure et demie passe en un éclair. Mais nous sommes également devant un film d'auteur. Ici, pas de fioriture, aucun chasseur mégalomane, aucun bouseux consanguin à la sexualité bestiale, aucun monstre qui hante les profondeurs d'une grotte. Ici, la grande menace c'est la cruauté de la nature, la faim, le froid, la peur. La sobriété de l'histoire fait plus penser à celle du film Gerry de Gus Van Sant ou à Seul au monde de Robert Zemeckis, qu'à Survival of the dead du père Romero.

 

Dans cette grande évasion, ce qui pousse le personnage en avant ce sont ses instincts primaires de bête traquée et perdue. À des milliers de kilomètres de chez lui, de la chaleur de son foyer, il n'est plus rien qu'un humain blessé qui lutte contre le désespoir et régresse vers l'animalité.

 

http://img854.imageshack.us/img854/1319/essentialkilling.jpg

 

Jerzy Skolimowski nous propose un trip vertigineux dans une nature magnifique et anxiogène. Pour incarner ce personnage qui n'a pas une seule ligne de dialogue, le réalisateur a choisit Vincent Gallo, un acteur caméléon qui enfile la barbe et le turban avec une facilité déconcertante. Il habite avec une vraie hargne cet homme qui sait que sa fuite est vaine et qui préfère devenir une bête plutôt que se rendre. Récompensé l'année dernière par le jury de Tarantino, à la Mostra de Venise, pour ce rôle physique et capital, Gallo confirme tous le bien que j'en pensais après l'avoir vu chez Claire Denis et Abel Ferrara.

 

Essential Killing est donc un survival contemplatif et métaphysique. Au delà du prétexte géo-politique et militaire qui est textuellement ident

Publicité
ifié et des différents flash-backs qui nous font découvrir le passé de cet homme, on ne sait pas grand chose de lui. Il a une femme et un enfant, est musulman, a croisé des dromadaires par le passé et est habitué au sable chaud plutôt qu'à la neige, aux pièges à loups et aux polonais bourrés à la vodka.

 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/79/64/76/19512152.jpg

 

Le ton est âpre et la violence présente dès la première scène, à grand renfort de roquettes air-sol, mais le film garde une touche de folie qui fait parfois basculer le chemin de croix du personnage vers l'absurde. Comme dans cette scène où ayant trouvé des baies comestibles, mais hallucinogènes, le personnage décide malgré tout de s'en faire un festin. Ou encore l'encerclement d'une palombière perdue au fin fond de la forêt polonaise par des soldats américains sur les dents et armés de pieds en cap.

 

Skolimowsky pose la question de la fragilité humaine, de ses besoins primordiaux, alimentaires. Il nous montre la disparition de la morale, depuis la folie guerrière, jusqu'à la page blanche, la dissolution complète dans une animalité mieux adaptée à la brutalité de la nature. Dans les quelques scènes où elle apparait, Emmanuelle Seigner apporte un souffle d'humanité qui réchauffe le cœur du personnage, comme celui des spectateurs. Mais à part cette brève étincelle de chaleur, le film est froid comme la mort.

 

Et ce qui est fort, c'est que l'on ne s'ennuie pas une seconde...

 

 

Martin Griffault

 

 

Postez vos commentaires sur la page de l'émission

 



Gran Torino

 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/67/90/93/19057560.jpg

 

http://img215.imageshack.us/img215/2583/gt1.jpg Gran Torino
de Clint Eastwood

Sortie en salles : 25 février 2009
Durée : 1h51
Scénario : Nick Schenk, Dave Johannson
Photographie : Tom Stern
Musique : Kyle Eastwood, Michael Stevens

Distribution : Warner Bros. France

 

Avec 78 ballets au compteur, Clint Eastwood a toujours une classe énorme. Alors que la plupart des comédiens et des réalisateurs de sa génération n'arrivent plus à travailler (où mangent les pissenlits par la racine), ce vieux fils de pute de Clint est toujours aussi prolifique. Avec environ un film par an depuis trente ans, le réalisateur de Mystic River et du diptyque Mémoires de nos pères, Lettres d'Iwo Jima, tient une forme exemplaire et nous offre avec Gran Torino un film attachant et drôle, sorte de bilan de compétence, hommage autobiographique d'un homme qui hante les écrans depuis bien longtemps et qui n'est pas prêt de nous foutre la paix.

 

Gran Torino se construit autour d'une histoire classique de rédemption, dans laquelle un vieil homme aigri, blasé et atterré par la mort de sa femme, va petit à petit abandonner les œillères auxquelles il s'est habitué depuis trop longtemps. Personnage oublié dans un recoin de la banlieue américaine où les bons natifs ont laissés place aux envahisseurs étrangers, asiatiques, afro-américains et porto-ricains, Walter Kowalsky s'est enfermé depuis longtemps dans sa petite routine, dans son armure de xénophobie facile et de rudesse très « middlewest ». Vieux cowboy qui n'arrive pas à raccrocher le ceinturon au clou, Clint Eastwood campe une sorte d'allégorie de la vieille Amérique, un homme qui se plaît dans l'amitié virile où les sentiments ne peuvent être exprimés qu'avec des injures, où la peur de l'étranger fait que l'on a toujours à portée de main une arme à feu, histoire de faire déguerpir les basanés ou les bridés de sa pelouse amoureusement entretenue, un monde où la plus grande richesse n'est pas la famille que l'on ne choisit qu'à moitié, mais la voiture et le foyer que l'on a acquis à force de sueur, de résignation et de privation. Le vieux Kowalsky n'aime personne et il ne se prive pas pour le montrer, traitant ses voisins avec le mépris qui sied au raciste vieillissant et ne trouvant de réconfort que dans la solitude de l'alcool et l'enfermement dans un monde déjà mort.

 

http://img28.imageshack.us/img28/5305/gt2t.jpg

 

Mais, je m'en voudrais de donner une mauvaise idée du film de ce géant du cinéma qu'est Eastwood, car jusqu'à présent on pourrait penser que cette histoire sent bon la naphtaline et que la mélancolie le dispute à l'aigreur. Il n'en est rien. Gran Torino est par certains côtés une comédie parodique fondée sur une auto-dérision subtile et par d'autres côtés un drame lucide sur la vieillesse, l'enfermement, la transmission et l'aspect périssable de toute œuvre humaine, en particulier le cinéma.

 

En choisissant d'interpréter lui-même le personnage de Kowalsky, plutôt que de confier le rôle à un autre comédien, Eastwood nous prouve une fois de plus qu'il est un grand acteur, capable de faire rire, comme d'émouvoir. Et ce choix d'être à la fois derrière et devant la caméra apporte en plus au film une dimension particulière que les spectateurs apprécieront. Car si Eastwood incarne Kowalsky avec brio, il se met également en scène en tant que comédien et personnage incontournable de la cinématographie américaine et mondiale. On voit renaître à l'écran aussi bien le cowboy silencieux et ironique des films de Sergio Leone, que l'inspecteur Harry Callahan de la belle époque, toujours aussi radical et efficace lorsqu'il s'agit de botter le cul des voyous qui ont la mauvaise idée de se mettre sur son chemin.

 

Ici, la vieille Amérique, conservatrice et rugueuse s'oppose au traditions asiatiques et à la fraicheur de la jeune génération qui, quand elle choisit de ne pas se tourner vers la délinquance et la violence stupide, s'avère riche et à même de faire fléchir dans ses convictions le plus borné et le plus bourru des vieillards. Eastwood nous fait rire en mettant son personnage face à ses voisins et en nous offrant un festival de grimaces et de grognements que l'on n'aurait jamais pensé voir naître sur ce visage buriné. Les dialogues injurieux, qui sont particulièrement savoureux, et la fureur rentrée de Kowalsky lorsqu'il est confronté aux mœurs d'aujourd'hui, sont tout au long du film des sources d'éclats de rires bienvenus.

 

http://img263.imageshack.us/img263/4262/gt4qj.jpg

 

Mais en s'attaquant lui-même à un rôle difficile auquel il n'épargne ni le ridicule ni l'antipathie du public, Eastwood arrive en plus à transcender le schéma classique des films sur le choc entre deux cultures que tout oppose. Les clichés que l'on pourrait attendre d'une telle histoire sont sans arrêt désamorcés par le traitement que choisi Eastwood pour les illustrer. La plupart du temps, le comique ne repose pas uniquement, comme on pourrait l'attendre, sur la confrontation des personnages dont les différences sont flagrantes. L'humour naît plutôt de l'observation des individus pris séparément, et les confrontations sont plus souvent source d'émotion que de gags.

 

Le réalisateur saupoudre également son film de clins d'œil aux différents genres cinématographiques auxquels il s'est frotté au cours de sa carrière, du film de "vigilante" aux westerns en passant par les films de guerre. Ces références discrètes viennent renforcer l'idée que le scénario classique qu'il a choisit d'illustrer ne constitue qu'une partie d'une ambition plus grande.

 

Car si le film se construit principalement autour de cette histoire de transmission du savoir et de rédemption, il existe à mon avis un second niveau de lecture pour aborder Gran Torino. La première partie du film met en scène un personnage obsolète, un héros de l'ancien temps, d'un cinéma de jadis, caractérisé par la violence avec laquelle il résout le moindre des problème, par son racisme quotidien, indissociable d'un passé peu reluisant et par le peu d'émotion qu'il semble éprouver. Un personnage à qui aujourd'hui personne ne voudrait consacrer une histoire ou un film. Pourtant au bout d'un certain temps le personnage bascule vers un archétype différent et s'adapte au monde environnant. Les sentiments percent enfin, les conflits sont résolus avec plus de réflexion et grâce à ces transformations, le personnage accède à une nouvelle forme d'héroïsme. Moins anecdotique qu'il ne l'était au début du récit, le Walter Kowalsky de la fin du film se libère enfin de son appartenance à un temps donné, à une époque révolue, pour devenir une figure mythique, et indémodable.

 

http://img402.imageshack.us/img402/7304/gt3j.jpg

 

Mais Gran Torino arrive à ne jamais être un pensum sur ce sujet délicat de l'auto-analyse et garde toujours un pied ancré dans la série B. Que ce soit par ses dialogues parodiques, ses personnages caricaturaux ou ses diverses références à une cinématographie bis, Eastwood parvient à nous tenir en haleine pendant deux heures qui filent sans temps morts, nous faisant passer du rire à l'émotion avec une simplicité remarquable. Les seuls petits bémols que j'émettrais à propos du film sont liés d'une part à des inégalités de jeu, en particulier chez le jeune comédien qui incarne Thao, qui par moment n'arrive pas à convaincre totalement, et d'autre part à cette séparation dont j'ai parlé entre la première et la seconde partie du film. Si au début du film, nous suivons un personnage d'anti-héros assez atypique, ce qui a tendance à provoquer le rire ; lorsque l'émotion survient et que le personnage bascule vers cette figure de samouraï melvillien, le film perd un peu de son originalité et l'on retrouve des schémas plus attendus que dans la première partie.

 

Gran Torino est donc un film à découvrir sans hésiter, car malgré les tout petits défauts que j'ai pointés du doigt, il n'en reste pas moins un film plaisant à regarder, subtil et lucide sur les sujets abordés.

 

Déjà immortalisé comme cinéaste, acteur et personnage, sur les millions de kilomètres de pellicule qui constituent sa filmographie, Clint Eastwood, s'offre avec ce film une empreinte plus durable sur la rétine des spectateurs que ne le sera jamais sa signature dans le ciment du Hollywood boulevard.

 

 

Martin Griffault

 

 

Postez vos commentaires sur la page de l'émission

 

 



Indiana Jones et le Royaume du Crane de Cristal

 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/63/95/41/18872583.jpg

 

http://img689.imageshack.us/img689/4633/indiyy.jpg Indiana Jones
et le Royaume du Crâne de Cristal

de Steven Spielberg

Sortie en salles : 21 mai 2008
Durée : 2h03
Scénario : David Koepp, Georges Lucas
Photographie : Janusz Kaminski
Musique : John Williams

Distribution :  Paramount Pictures France

 

Il aura fallu attendre dix-neuf ans avant d'entendre à nouveau claquer le fouet de l'archéologue le plus célèbre de la planète. Dix-neuf ans à attendre avant de voir débouler une nouvelle fois sur nos écrans Henry Walton Jones Jr alias Indiana Jones. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'on l'aura attendu cet Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal, quatrième volet des aventures d'Indy.

 

Pourtant, d'un quatrième volet des aventures du héros crée par Georges Lucas et Steven Spielberg, on en entend parler depuis 1995, même si à l'origine il n'était pas question qu'il y ait une suite à La Dernière Croisade. En 1989, au moment de la sortie du film, Spielberg avait déclaré au magazine Starfix, « Je suis content de raccrocher le fouet et le chapeau. Harrison Ford aussi. Il commence à devenir un peu âgé pour continuer à traverser des coulées de lave, et à sauter des précipices ». A l'époque, Harrisson Ford avait 46 ans. Au moment de la sortie du Crâne de Cristal il en avait 65 et était plus motivé que jamais pour sauter des précipices.

 

L'histoire d'Indiana Jones 4 se déroule en toute logique une vingtaine d'année après les évènements racontés dans La Dernière Croisade. Nous sommes en 1957 et la menace nazie à laissée place à la menace soviétique, l'Amérique est en plein McCarthysme. La bombe est tombée sur Hiroshima et la peur nucléaire montre son tout jeune visage. Quand à Indiana Jones, et bien le Saint Graal qui était censé donner l'éternelle jeunesse à qui y boirait n'a pas marché, un vrai manque de pot ou de bol, les deux sont de circonstance.

 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/63/95/41/18939764.jpg

 

Indy est devenu un vieil homme, aux rides marquées et à la souplesse moins parfaite que par le passé. Pourtant il est encore capable du meilleur, capable de se sortir de toutes les situations, même les plus périlleuses, comme échapper à une explosion nucléaire par exemple. Très rapidement, Indy va rencontrer un jeune homme qui lui propose de l'emmener sur les traces d'un mystérieux crâne de cristal caché dans la jungle amazonienne. Malheureusement de méchants russes sont eux-aussi intéressés par le crâne.

 

Pour cette nouvelle aventure, Spielberg, Lucas et compagnie ont pris le parti de reproduire le plus fidèlement possible une esthétique qui avait fait le succès de la franchise dans les années 80. Malheureusement, beaucoup des participants aux films originaux ont pris leur retraite et les mœurs cinématographiques ont énormément changées en deux décennies. Si dans l'ensemble nous retrouvons les ingrédients mythiques de la série, à savoir une action intensive, un humour décalé et des personnages hauts en couleurs, nous pouvons tout de même déplorer certains aspects de cet Indiana Jones du XXIème siècle. Et en première place du palmarès des éléments qui m'ont gâché mon plaisir je mettrai les effets spéciaux numériques.

 

Malgré les annonces de Spielberg qui avait affirmé que la grande majorité des effets du film seraient fait à l'ancienne sur le plateau, les détracteurs de Georges Lucas et de sa propension à coller des images de synthèses partout vont être servis dès la première image, avec pour ouvrir le bal une hideuse marmotte binaire. Le ton est donné. La quasi totalité des scènes spectaculaire qui constituent quand même un des intérêts majeurs de la franchise, seront tartinées d'images numériques en provenance direct d'ILM. A croire qu'aujourd'hui il n'existe plus de cascadeurs, ni de dresseurs, ni de peintres, ni de sculpteurs ni de spécialistes des effets spéciaux classique, bref qu'il n'existe plus que des ordinateurs.

 

http://img641.imageshack.us/img641/3301/indi2.jpg

 

C'est un choix étonnant de la part de l'équipe du film qui avait souhaité comme je l'ai dit revenir à des techniques et une esthétique à l'ancienne. Car outre ce paradoxe et ce mariage pour le moins malheureux entre l'univers d'Indiana Jones et celui du numérique il est également assez déplorable d'avoir fait appel à des techniciens dont la seule consigne à été de copier leurs prédécesseurs. En résulte une direction artistique et en particulier une photographie sans originalité voire même ratée à certains moments (Indiana Jones allume une torche et un projecteur vient d'un seul coup baigner la scène d'une lumière rougeâtre des plus laide). Heureusement, le monteur du film (qui est toujours le même que sur la trilogie précédente) manie encore bien les ciseaux et permet à l'ensemble de s'articuler à peu près correctement, pour le meilleur et pour le pire.

 

A part ces défauts de forme, l'ensemble reste tout de même un spectacle de haute volée, où pour une fois l'action vient servir l'histoire et non l'inverse comme c'est la plupart du temps le cas dans les blockbusters récents.

 

Sans vouloir trop en dévoiler pour ceux qui n'ont pas vu le film disons simplement que le crâne de cristal est en fait une sculpture qui vient de l'Atlantide, que les animaux choisis pour terroriser les héros dans ce film, après les serpents, les insectes et les rats dans les épisodes précédents sont des méduses et qu'Indy meurt à la fin du film en révélant qu'il était en fait un androïde à la solde des nazis.

 

http://img30.imageshack.us/img30/7863/indi3.jpg

 

Le scénario gravite donc autour de ce fameux crâne de cristal dont nous connaîtrons assez rapidement la nature. Malheureusement après un démarrage sur les chapeaux de roues, la suite du film va accumuler un bon paquet d'incohérences flagrantes, d'ellipses foireuses et de révélations navrantes. Rapidement le film sombre dans le grand n'importe quoi scénaristique et va enchaîner des scènes qui semblent avoir été collées les uns à la suite des autres en dépit du bon sens. Les personnages secondaires pâtissent bien évidemment de ce traitement par dessus la jambe du récit et nous avons droit à des séquences absolument navrantes comme celle où le falot Shia LeBeouf se met à jouer les Tarzan de liane en liane entouré par de très jolis singes numériques, ou encore au retournements de vestes successifs du personnage campé par Ray Winstone qui n'en finit plus de changer de camp au fil du récit. Même la glaciale Cate Blanchett (parfaite en méchante) passe un peu à la trappe.

 

Vous allez me dire, finalement quel est l'intérêt de ce film, si la direction artistique est médiocre et si le scénario a été écrit avec les pieds (et comme il est passé par pas moins de cinq scénaristes successifs, dont Frank Darabont, David Koepp et bien sûr Georges Lucas lui-même ; on peut dire qu'il a été écrit par une dizaine de pieds, de quoi s'emmêler les pinceaux). Et bien je vous répondrais que le principal intérêt de cet Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal reste le personnage d'Indy lui-même et le plaisir régressif que l'on a à redécouvrir sur l'écran un compagnon d'enfance. Lorsque l'on voit pour la première fois se profiler l'ombre au chapeau et que le thème mythique de John Williams se met à résonner dans la salle, c'est un vrai bonheur. Un peu comme celui que l'on avait pu ressentir lors de la deuxième trilogie Star Wars lorsque les lettres jaunes se mettaient à défiler vers l'infini sur la célèbre musique du même Williams. Un bon divertissement, qui ne convainc pas totalement mais qui aurait pu être aussi infiniment plus décevant.

 

 

Martin Griffault

 

 

Postez vos commentaires sur la page de l'émission

 

 



Intolérance

 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/64/40/56/18784195.jpg

 

http://img713.imageshack.us/img713/229/intolerance1z.jpg

Intolérance  

de Phil Mulloy

Sortie en salles : 8 août 2007
Durée : 55min
Scénario : Phil Mulloy
Musique : Peter Brewis

Distribution : Twentieth Century Fox France

 

Intolérance est une compilation de trois courts-métrage d'animation tournés entre 2000 et 2004par Phil Mulloy. Le film est découpé en trois parties, ou chapitres : Intolérance, premier du nom, puis Intolérance II : Invasion et enfin Intolérance III : La solution finale.

 

Le premier court métrage date de 2000 et dure 11 minutes. Pendant le grand nettoyage de printemps de l'espace, des savants trouvent dans le grand aspirateur spatial une bobine de film qui montre les habitudes de vie d'un peuple extraterrestre : les Zogs. Les Zogs sont en tout points semblables aux humains si ce n'est que leur tête et leur organes génitaux sont inversés par rapport aux nôtres. Un simple baiser entre un Zog et une Zog va donc passer auprès des humains pour un acte absolument obscène, alors que l'on apprend que pour les Zogs, notre bonne vieille poignée de main donne lieu sur leur planète à un marché de films scabreux pour Zogs adultes... La projection du film trouvé dans l'espace va bien sûr déclencher une violente réaction de rejet de la part des terriens qui décident de détruire le film, et déclarent la guerre à la planète Zog.

 

Le deuxième court-métrage, réalisé l'année suivante, raconte l'épopée de la flotte spatiale terrestre envoyée pour détruire les Zogs et en parallèle l'invasion de la Terre par ces mêmes Zogs, invasion qui reste invisible pour tous sauf pour un certain Dwight Hokum, seul humain à savoir la vérité et qui va tout faire pour enrayer cette prolifération de Zogs sur notre bonne planète.

 

Enfin, le troisième court-métrage, La Solution Finale, date de 2004 et est un peu plus long mais aussi plus abouti techniquement que ses prédécesseurs. Nous découvrons dans ce chapitre les doutes qui commencent à naître au sein de la flotte spatiale terrestre après 2000 ans de recherches infructueuses pour trouver la planète Zog.

 

Si le prétexte de départ de ces films est à première vue trivial au possible et complètement absurde, les thèmes que Mulloy va aborder à travers cette histoire le sont beaucoup moins. Avec ce film d'animation, que l'on déconseillera aux enfants, le réalisateur s'interroge sur des sujets graves comme les tabous sexuels ou religieux des sociétés humaines et en profite pour tirer à boulet rouge sur toutes les formes d'intolérance et sur tout les fanatismes, même les fanatismes artistiques. La guerre entre les personnages des "body artists" et des "tatoueurs", deux tribus ennemies d'artistes complètement radicaux, est à ce titre assez évocatrice. En brassant tous ces grands thèmes dans une sorte de caricature à gros traits des pires travers de l'être humain, Mulloy saupoudre ses films d'une violente misanthropie dont nous avions déjà pu faire l'expérience avec ses précédents courts-métrages, et en particulier dans le cauchemardesque The Sound of Music qui date de 1993.

 

En plus d'avoir choisi un prétexte de science-fiction, Mulloy parsème son film de références graphiques et de petits hommages discrets à tout un pan du cinéma de genre. On peut par exemple s'amuser à reconnaître au fil des séquences plusieurs citations du Soleil vert, de Richard Fleisher, de L'invasion des Profanateurs de Sépultures de Don Siegel, ou d'Invasion Los Angeles de John Carpenter. En jouant avec ces références sur le ton de la dérision, Mulloy parvient à créer un semblant de cohérence dans son histoire malgré le format court qui bien souvent ne permet pas de construire de façon solide un univers, surtout s'il est aussi délirant.

 

http://img713.imageshack.us/img713/1760/intolerance2.jpg

 

Mulloy trace ses personnages à grands coups de pinceaux charbonneux, avec un graphisme à mille lieux de la ligne claire d'un Walt Disney, dont les films sont d'ailleurs utilisés comme instruments de torture dans le troisième chapitre. L'animation d'Intolérance est presque minimaliste, les décors naïfs mais toujours très évocateurs, très efficaces pour suggérer un univers complètement absurde. Si l'on peut être tenté de comparer Phil Mulloy à Bill Plympton en évoquant son film Les Mutants de l'espace, il convient de préciser que les deux réalisateurs ne partagent pas le même sens de l'humour. Intolérance est un film noir, cynique et désespéré, alors qu'avec Plympton nous sommes plus dans un cartoon de Tex Avery complètement hystérique et burlesque.

 

Finalement, il est plus intéressant de rapprocher le travail de Mulloy à celui des frères Quay, qu'il a d'ailleurs fréquentés, à ce que David Lynch fait en peinture et en animation ou même aux peintures de Basquiat et d'Edward Munch. 

 

Avec un graphisme tout simple mais parfaitement maîtrisé, Mulloy donne naissance à des visions puissantes, nous secoue un peu les boyaux, nous machouille et nous recrache avec de drôles d'images plein la tête.

 

 

Martin Griffault

 

 

Postez vos commentaires sur la page de l'émission

 

 



Kaboom

 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/77/78/09/19499881.jpg

 

http://img843.imageshack.us/img843/5857/kaboomw.jpg

Kaboom 

de Gregg Araki

Sortie en salles : 06 octobre 2010
Durée : 1h26
Scénario : Gregg Araki
Photographie : Sandra Valde-Hansen
Musique : Mark Peters, Ulrich Schnauss, Robin Guthrie

Distribution : Wild Bunch Distribution

 

Kaboom nous embarque dans une université américaine tout droit sortie d'un livre de Brett Easton Ellis, un lieu impersonnel, au design kitsh et bariolé où l'activité principale ne semble pas consister à s'élever intellectuellement, mais plutôt à s'envoyer en l'air le plus possible. Smith est un jeune homme qui passe son temps à trainer en compagnie de sa meilleure amie lesbienne Stella, à prendre son pied avec la blonde London, et à fantasmer sur son colocataire Thor, un surfer aussi bodybuildé que stupide. Tout va pour le mieux dans la vie de Smith, jusqu'à ce qu'une série de cauchemars viennent mettre la pagaille dans son existence dorée de sexe et de défonce. Petit à petit, le rêve prend le pas sur la réalité et son univers se transforme en un drôle de thriller peuplé de tueurs qui portent des masques d'animaux, de sorcière hystérique disciple de Sapho et de menace d'apocalypse nucléaire.

 

Vous l'aurez compris, Kaboom n'est pas vraiment un film à recommander aux fans de René la Taupe. Gregg Araki revient à ses sujets de prédilections, en injectant une bonne dose d'absurdité dans son histoire de jeunes cools et branchés qui se cherchent. Les personnages, traités comme des caricatures, peuplent cette université fantasmée avec une distance qui ajoute au côté conte trash de l'ensemble. Araki opère une sorte de fusion entre l'univers de Richard Kelly et celui de John Waters. Au réalisateur de Donnie Darko, il emprunte la distorsion de la réalité, les masques d'animaux, la fin du monde et la narration bordélique de Southland Tales et au pape du mauvais goût, il emprunte... le mauvais goût, le psychédélisme, le mélange des genres et un humour potache qui touche souvent juste.

 

http://images.allocine.fr/r_760_x/medias/nmedia/18/77/78/09/19446346.jpg

 

Dans l'univers hallucinogène de Kaboom, les comédiens s'en donnent à cœur joie, jouant de leur statut de fantasme sur pattes avec un second degré bienvenu. Thomas Dekker vient prendre la relève de James Duval, l'égérie d'Araki dans sa trilogie Totaly F***ed up, Doom Generation et Nowhere et il est plutôt à l'aise dans la peau du paumé mais sexy Smith. Ses partenaires féminines aussi différentes soit-elles sont toutes les trois excellentes : Juno Temple en vamp' esquintée mais hypnotique, Roxanne Mesquida en sorcière monstrueusement possessive, et Haley Bennett en meilleure amie dépassée par sa relation tumultueuse avec la précédente.

 

Bref, Kaboom s'avère être une comédie plutôt réjouissante et jubilatoire, un périple sous psychotrope où les corps se mélangent et où la folie n'est jamais très loin. Une sympathique surprise, qui s'avère quand même moins marquante que certains autres films du réalisateur comme ceux de la trilogie, qui pour être plus sombres, proposaient une critique sociale de l'Amérique un peu plus aboutie.

 

 

Martin Griffault

 

 

Postez vos commentaires sur la page de l'émission

 

 

 

Haut de page

 

PAGE 1 PAGE 2 PAGE 3 PAGE 4 PAGE 5
         
         
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :