Ridley Scott
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| Ridley Scott (à gauche), en compagnie de Philip K. Dick. |
FILMS
- Les duellistes (1977)
- Alien - Le huitième passager (1979)
- Blade Runner (1982)
- Legend (1985)
- Traquée (1987)
- Black Rain (1989)
- Thelma & Louise (1991)
- 1492 - Christophe Colomb (1992)
- Lame de fond (1996)
- À armes égales (1997)
- Gladiator (2000)
- Hannibal (2001)
- La chute du faucon noir (2001)
- Les associés (2003)
- Kingdom of Heaven (2005)
- Les enfants invisibles (segment "Jonathan") (2005)
- Une grande année (2006)
- American Gangster (2007) - Critique
- Mensonges d'état (2008)
- Robin des Bois (2010)
En 2010 est sortie dans les salles une nouvelle variation autour de la légende de Robin des Bois, le Lucky Luke du tir à l'arc, qui volait aux riches pour renflouer les pauvres. Après de nombreuses apparitions au cinéma, c'est devant la caméra de Ridley Scott que le célèbre personnage a fait son retour sur grand écran. L'occasion de revenir un peu sur la carrière de ce cinéaste et sur sa filmographie, qui malgré une poignée de films incontournables n'est finalement pas si connue que ça. Et pour cause, Ridley Scott est un bonhomme difficile à cerner. Il s'est essayé tout au long de son œuvre à de nombreux genres différents et en conséquence, il n'est pas facile de définir un "style" Ridley Scott.
Pour essayer de comprendre un peu mieux ce réalisateur né en 1937, il faut revenir à ses débuts. Ridley Scott a commencé par étudier le dessin et le design dans plusieurs établissements dont le Royal College of Arts de Londres, l'une des plus prestigieuses écoles d'art au monde. Après ses études, il décroche un boulot de décorateur à la BBC et travaille sur plusieurs séries de la chaine. C'est lui qui aurait du concevoir l'aspect des fameux Daleks, les robots extraterrestre de la série Dr. Who, et quand on voit ce qu'ils sont devenus entre les mains de son successeur, on ne peut que regretter qu'il ne s'en soit pas occupé. Après un certain temps, Ridley Scott est formé à la réalisation et il signe plusieurs épisodes de différentes séries et émissions. En 1965, il réalise également un premier court-métrage d'une demi-heure dans lequel nous suivons d'un jeune garçon, interprété par son propre frère Tony Scott, qui fait l'école buissonnière pour aller se promener en vélo. Une ode à la liberté et au mouvement qui préfigure d'une certaine façon certains des thèmes que l'on retrouvera dans ses futurs films. En 1968, Ridley et son frère Tony fondent une boite de production spécialisée dans le clip publicitaire, au sein de laquelle ils feront leurs armes pendant de nombreuses années, réalisant en dix ans environ deux mille spots.
C'est donc en technicien confirmé que Ridley Scott va se lancer dans l'aventure d'un premier long-métrage. En 1977, il adapte une nouvelle de Joseph Conrad, Le Duel, qui raconte comment deux soldats de l'armée napoléonienne se rencontrent plusieurs fois au fil des années et s'affrontent en duel pour une raison qui n'a pas vraiment d'importance. Profondément influencé par le Barry Lyndon de son compatriote Stanley Kubrick, sorti deux ans plus tôt et dans lequel les duels ont aussi un rôle central, Ridley Scott soigne particulièrement la photographie et la direction artistique de son film. Si l'histoire n'est pas extraordinairement élaborée elle est parfaitement servie par les deux interprètes principaux Harvey Keitel et Keith Caradine.
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Les Duellistes est récompensé au Festival de Cannes 1977, du Prix du Jury de la Première Œuvre (l'ancêtre de l'actuelle Caméra d'Or) et permet à Ridley Scott de faire parler de lui de l'autre côté de l'atlantique. Ce qui tombe plutôt bien puisque Ronald Shusett et Dan O'Bannon, deux scénaristes américains, qui ont rédigé un scénario de science-fiction horrifique, ont du mal à trouver un réalisateur pour leur projet. Quand le script d'Alien arrive entre les mains de Ridley Scott, plusieurs autres metteurs en scène ont déjà été pressentis pour s'occuper de la mise en image de ce survival spatial hanté par un monstre conçu par le fameux plasticien suisse Hans Ruedi Giger. Dan O'Bannon a pensé pendant un temps le réaliser lui-même avant de le proposer à Walter Hill ou Robert Aldrich qui déclinèrent l'offre. Impressionné par les qualités visuelles des Duellistes, O' Bannon se tourne alors vers Ridley Scott qui accepte rapidement de se mettre aux commandes.
Avec une enveloppe de 11 millions de dollars concédée par la 20th Century Fox, Ridley Scott, donne vie aux visions géniales de Giger et à l'histoire inventée par Shusett et O'Bannon. La suite, tout le monde la connait. Avec moins de cents copies sur le territoire américain, Alien récolte 3,5 millions de dollars en un week-end et marque le début d'une des sagas les plus passionnantes du septième art. Visuellement, le film est une réussite et ses décors sont salués ainsi que ses effets spéciaux, qui valent à Ridley Scott son premier Oscar. La créature de l'Alien s'inscrit durablement dans l'imaginaire des spectateurs. Encore aujourd'hui ce monstre n'a pas beaucoup de concurrents capable de rivaliser avec son pouvoir de répulsion et de terreur. Pour la petite histoire, Ridley Scott proposa à la production plusieurs scènes qui n'étaient pas dans le scénario. Dans l'une d'elles le réalisateur prévoyait de faire mourir Ripley à la fin du film sous les crocs du monstre. Une fin refusée bien évidemment par les producteurs... Et pour une fois, ce véto des financiers déboucha sur une bonne chose puisqu'il permit à trois grands réalisateurs de décliner cet univers et de donner naissance à une tétralogie particulièrement pertinente.
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Après le très gros succès d'Alien, Ridley Scott se lance dans un autre projet de science-fiction bien plus ambitieux, l'adaptation du classique de Frank Herbert Dune. Le roman avait déjà failli être adapté au milieu des années 70 par Alejandro Jodorowsky, qui prévoyait de faire un film de dix heures avec Salvador Dali dans le rôle de l'empereur. Après quelques mois de pré-production pendant lesquels presque un quart du budget prévu fut dépensé, ce projet prit l'eau et les droits du roman furent rachetés par Dino de Laurentiis qui engagea Ridley Scott pour le réaliser. Scott travaille un an sur le film. Il retrouve Hans Ruedi Giger, déjà à l'œuvre sur le film de Jodorowsky, et envisage de découper l'énorme roman de Herbert en deux parties. Malheureusement, alors que le film commence à prendre forme, le frère ainé de Ridley Scott décède d'un cancer. Un choc pour le réalisateur, qui brutalement prend la mesure du travail qui reste à accomplir et ne se voit plus consacrer plusieurs années à l'adaptation de Dune. Il abandonne le scénario à Dino de Laurentiis (scénario qui atterrira quelques années plus tard entre les mains de David Lynch), et se tourne vers un projet qui lui semble de moindre envergure : Blade Runner.
Plutôt que de raconter la genèse de Blade Runner, ce qui prendrait beaucoup trop de place, je vous renvoie à l'excellent making-of Dangerous Days de Charles de Lauzirika que vous pouvez trouver en suppléments dvd sur certaines éditions du film.
Blade Runner, c'est l'adaptation du roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques de Philip K. Dick, un écrivain de science-fiction américain, dont l'œuvre a souvent été transposée au cinéma (pour le meilleur avec Minority Report, Totall Recall ou A Scanner Darkly comme pour le pire avec Paycheck ou Next). Pour ce troisième long-métrage, mais premier film dans un système américain, Ridley Scott va se surpasser et pousser son équipe à faire de même. Avec une pré-production étalée sur dix mois, d'énormes décors construits en extérieur, un tournage en grande partie de nuit sous une pluie artificielle battante, des dépassements de budget et de planning, une ambiance qui se dégrade progressivement entre le réalisateur et son équipe, le tournage de Blade Runner est particulièrement mouvementé. Mais le jeu en vaut définitivement la chandelle. Ridley Scott accouche d'un authentique chef-d'œuvre, entre dystopie dans la grande tradition de la SF des années 60-70 et film noir. Un long-métrage visionnaire, sombre, hypnotique, qui laisse une trace indélébile sur la rétine. Même si le récit s'éloigne largement de celui imaginé par Dick, Blade Runner s'avère finalement complémentaire de l'œuvre dont il s'inspire et soulève de nombreuses questions sur la nature de l'humain, sur le contrôle et sur la mort. Des thématiques qui viennent faire écho au deuil vécu à l'époque par le réalisateur.
À sa sortie, Blade Runner reçoit un accueil plutôt froid de la part du public. Malgré la présence d'Harrison Ford au générique, devenu extrêmement populaire après ses performances dans Star Wars et Les Aventuriers de l'Arche Perdue, malgré une publicité importante et un nombre de copie qui passe de 90 et des brouettes pour Alien à presque 1300, le film est un échec financier qui parvient difficilement à se rentabiliser. Il faudra attendre son exploitation en vidéo pour qu'il trouve son public et qu'il se taille son statut de film culte.
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Après ces deux réussites artistiques totales, mais qui correspondent aussi à des œuvres sombres et pessimistes, Ridley Scott délaisse la science-fiction pour s'essayer à un nouveau genre, l'héroïc fantasy, et il fait un premier pas vers un certain assagissement en terme d'ambition artistique... Dans un pays merveilleux où règne la paix et le bonheur, le terrible Darkness, seigneur des ténèbres, décide de prendre le pouvoir et de tuer les deux licornes garantes de l'harmonie qui règne en ces lieux. Seuls deux jeunes gens, une princesse et un jeune faune, interprété par un fringuant Tom Cruise adolescent, aidés de lutins, de fées, et de tout un bestiaire de créatures plus mignonnes les unes que les autres vont se dresser face à cette menace.
Devant Legend, on est en droit de se demander où est donc passé le réalisateur d'Alien et de Blade Runner. Si la photographie reste magnifique et que l'univers mis en place préfigure par certains aspects celui qui fera la renommée internationale de Peter Jackson et de sa trilogie, le récit ressemble surtout à celui d'un dessin animé de chez Walt Disney. Bien loin de la force dramatique mais aussi visuelle d'un Dark Crystal sorti 3 ans auparavant, Legend vaut surtout pour ses décors et pour la performance de Tim Curry dans le rôle de Darkness, qui malgré un maquillage superbe mais particulièrement contraignant signé Rob Bottin, parvient à donner à son personnage une ampleur et un souffle qui contrebalance un peu le côté naïf du reste du métrage.
Avec un budget supérieur à celui de Blade Runner, Legend fait à sa sortie moins d'entrée et constitue le deuxième échec commercial consécutif pour Ridley Scott. Après ces deux expériences, sa carrière va connaître un tournant. Le réalisateur va un peu laisser de côté ses ambitions visuelles et narratives pour signer deux films policiers mineurs qui connaitrons un succès mitigé avant de rebondir grâce à Thelma & Louise.
Mais il est temps de bouleverser un peu la chronologie et de faire le point. En quatre films, on peut déjà voir se dégager une certaine tendance dans l'œuvre de Ridley Scott. Dès son premier film, son goût pour l'histoire et les films en costume est flagrant. Ce long-métrage matriciel est en fait le premier d'une série que le réalisateur va enrichir au cours des années. Avec Alien et Blade Runner, qui gardent malgré tout une certaine indépendance dans sa filmographie, Scott se penche sur des figures héroïques dépassées par les évènements, des sortes de héros par accident contraints de se surpasser par les évènements et les situations extraordinaires dans lesquels ils sont plongés. Enfin avec Legend, c'est un certain amour du mythe, de l'épique et de l'aventure que l'on voit apparaître de façon évidente.
Ces thématiques, Ridley Scott va les explorer à travers plusieurs films d'envergure, des grandes aventures historique qui peuvent facilement être regroupées sous une bannière commune. En 1992, pour le cinq-centenaire de la découverte de l'Amérique, Scott accepte de réaliser 1492 - Christophe Colomb, avec Gerard Depardieu dans le rôle titre, une fresque qui retrace les voyages de Colomb et son cheminement en tant qu'homme face à ce nouveau monde. Reçu tièdement par la critique et le public, 1492 - Christophe Colomb sera à nouveau suivi par deux films moins audacieux.
Ce n'est qu'en 2000 que Ridley Scott va enfin rencontrer un très grand succès avec une reconstitution historique : Gladiator, qui remet au goût du jour le péplum et révéle une nouvelle star hollywoodienne en la personne de Russel Crowe. Ce film nous raconte l'histoire d'un général romain dont la famille est assassinée par le fils de l'empereur, jaloux du respect et de l'admiration que son père porte au soldat. Trahi, dépossédé de ses proches et de son grade, il va aller chercher sa vengeance dans l'arène en tant que gladiateur et défier le tyran.
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Pour ce film Ridley Scott signe des scènes de bataille et d'affrontement particulièrement spectaculaires comme cette introduction où l'on voit la légion romaine affronter les barbares germains dans une forêt. Coup de pot pour le réalisateur son décor naturel est promis à la déforestation et il va donc se proposer pour le réduire lui-même en cendres. Une séquence brutale, virtuose, qui ouvre un film d'aventure particulièrement réussi. Les 100 millions de dollars de budget permettent également à Scott de faire construire une réplique au 1 tiers du Colisée de Rome et de faire fabriquer la plupart des accessoires par son équipe. A sa sortie, Gladiator est très bien reçu et ce long-métrage va participer à la renaissance des grands films épiques en costume comme Troie, Alexandre, 300 ou plus récemment Le Choc des Titans.
Quelques années plus tard, le réalisateur récidive dans le genre avec Kingdom of Heaven, autre film historique dont l'histoire se déroule pendant les croisades. Un jeune forgeron découvre qu'il est le fils d'un chevalier et s'embarque pour la Terre Sainte où il rencontre son destin et devient le sauveur du peuple de Jérusalem. Si encore une fois, Ridley Scott se surpasse avec la qualité et la précision de sa reconstitution ainsi qu'avec sa mise en scène des scènes de batailles, le film ne rencontre pas son public. La faute sans doute à une histoire trop classique et à un Orlando Bloom moins charismatique que Russel Crowe.
Enfin, Robin des Bois constitue une nouvelle incursion du réalisateur dans le film d'aventure épique. L'histoire prolonge en quelque sorte celle de Kingdom of Heaven, qui finissait sur le départ de Richard Cœur de Lion pour les croisades. Ici, Richard revient de Terre Sainte et parmi ses soldats, un archer téméraire, Robin Longstride, retourne en Angleterre pour découvrir que le royaume part à vau l'eau sous la cruelle régence de Jean sans Terre, le frère de Richard. Dans cette nouvelle version de la fable, Ridley Scott décide d'inventer de toute pièce un contexte et une histoire à ce personnage de l'imaginaire Britannique. L'occasion de revenir sur la période troublée du règne du prince Jean et de mêler la légende à une certaine véracité historique. Encore une fois, Scott accorde beaucoup d'attention à l'esthétique de son film, aux chorégraphie des batailles, mais également à ses personnages, qu'il réussit à rendre attachant ou détestable sans avoir recours à l'ostentation. Si ce film est avant tout un long-métrage d'aventure romanesque, dans lequel la brutalité sanglante que l'on trouvait dans Gladiator et Kingdom of Heaven a été réduite à sa plus simple expression pour plaire à un public familial, le générique de fin vient rappeler à sa façon que l'œuvre aurait pu être beaucoup plus violente, ce que confirme le "director's cut".
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Avec ces quatre films, se dégage des tendances dans l'œuvre de Ridley. D'abord un perfectionnisme formel, un soucis du détail dans les décors, costumes et accessoires, ainsi que dans l'image, avec une photographie toujours très élaborée et une mise en scène qui dose assez finement scènes d'action, et scènes plus calmes qui nous permettent d'explorer l'univers reconstitué. Ensuite, se dégage un amour de l'aventure, de la fable et du mélange entre histoire et légende. On peut trouver des échos à cet intérêt particulier dans une certaine tradition littéraire britannique, où les chroniques historiques ont souvent été utilisées pour donner naissance à des récits, fondés sur des vérités historique, mais imprégnés par la sensibilité des auteurs et par leur perception singulière des personnages. C'est en particulier le cas des tragédies et des drames historiques de Shakespeare, que l'on verrait d'ailleurs assez bien adapté par Scott au cinéma.
Passons maintenant à l'autre versant de la filmographie de Ridley Scott, celle des films plus intimistes, mois flamboyants, mais peut-être aussi plus politiques que ceux dont j'ai parlé jusqu'à présent. Après m'être intéressé aux films qui s'ancrent soit dans le futur, avec ses deux films de SF, soit dans le passé plus ou moins lointain, revenons rapidement sur les films plus « vingtième siècle » de Ridley Scott.
Après l'échec de Legend en 1985, le réalisateur délaisse un peu la science-fiction et la veine fantastique pour mettre en scène plusieurs films réalistes moins ambitieux afin de rebondir et de prouver qu'il n'est pas qu'un spécialiste des films commerciaux à gros budget. En 1987, il réalise Traquée, un film noir qui mêle enquête policière et romance, avec Tom Berenger et Mimi Rodgers dans les rôles principaux. Deux ans plus tard, le réalisateur enchaine avec Black Rain, une série B honnête mais complètement oubliable qui se déroule au Japon avec Michael Douglas et Andy Garcia. Soit deux films mineurs, qui ne rencontrent qu'un succès mitigé au box-office, Black Rain étant malgré tout un peu mieux reçu grâce à son casting.
Il faudra attendre 1991 et Thelma & Louise pour que Ridley Scott réalise un film un peu plus complexe et intéressant, et par conséquence qu'il rencontre à nouveau un véritable succès public.
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Thelma & Louise raconte le périple de deux amies qui décident de fuir pour un week-end leurs petites vies étriquées de femme au foyer et de serveuse. Malheureusement, alors qu'elles s'arrêtent dans un bar pour fêter leur petite escapade, elles rencontrent un homme qui tente de violer Thelma. Louise intervient et abat l'agresseur. Ce qui devait être un week-end de détente devient dès lors une fuite en avant à travers plusieurs états pour échapper à la police. Thelma & Louise se construit autour d'un scénario original pour l'époque, puisqu'il est centré sur les deux héroïnes. Alors que jusque là les films hollywoodiens et en particulier les buddy movies n'accordaient aux femmes qu'une place secondaire, ici l'importance des rôles en fonction du genre est bouleversée. Ridley Scott récidive donc avec des personnages principaux féminins, après avoir donné le premier rôle d'Alien à Sigourney Weaver, un rôle écrit à l'origine pour un homme. Quelques années plus tard, il réalisera un autre film, À armes égales, dans lequel une jeune femme, campée par Demi Moore, lutte pour gravir les échelons dans l'univers ultra sexiste de l'armée américaine.
Film féministe, Thelma & Louise parle d'émancipation, de liberté mais aussi de la violence sexuelle et de l'organisation patriarcale de la société américaine. Et ce road-movie permet au passage à Ridley Scott de ridiculiser quelques personnages masculins bien crétins.
Mais le film évite la simplification et réserve également quelques jolis rôles aux hommes, en particulier pour Harvey Keitel et Michael Madsen. Avec ses deux copines attachantes et sa fin tragique, Thelma & Louise, cartonne auprès du public et déclenche un véritable phénomène de société, les mouvements féministes s'en emparent, ainsi que les mouvements lesbiens. Mais Ridley Scott ne s'attire pas que des amis avec ce film et la violence dont font preuve Thelma & Louise tout au long de l'histoire fait réagir la critique puritaine. Malgré ces quelques échos négatifs, Thelma & Louise permet à Scott de reconquérir les spectateurs et la plupart des critiques, Un retour en grâce qui n'empêchera pas ses trois films suivants de faire des flops.
De façon assez cocasse, après le naufrage financier de 1492 - Christophe Colomb, Ridley Scott réalise un film sur le naufrage d'un bateau école. Adapté d'un roman, lui-même inspiré par un véritable fait divers, Lame de fond est un nouvel échec public pour le réalisateur, malgré une réception critique plutôt élogieuse. Et son film suivant, À armes égales, ne fera pas remonter sa cote et parviendra à peine à se rentabiliser malgré la présence de Demi Moore et de Viggo Mortensen au casting.
En 1995, Ridley Scott fonde avec son frère Tony la société Scott Free Production et tous ses films suivants seront produits sous cette bannière. C'est déjà le cas de Lame de fond et de À armes égales, mais le premier vrai succès de Ridley Scott en tant que producteur-réalisateur se fera avec Gladiator en 2000 qui récolte plus de 450 millions de dollars à travers le monde pour une mise quatre fois moins importante.
À partir de ce film, Scott remonte la pente et va réaliser deux films d'affilée qui sortiront tout deux en 2001. Il s'attaque d'abord à la suite du Silence des Agneaux, le film de Jonathan Demme sorti en 1991, et offre à Anthony Hopkins de reprendre un des rôles les plus marquants de sa carrière, celui du professeur Hannibal Lecter, crée par Thomas Harris dans sa série de roman. Hannibal connaîtra une production difficile, le livre de Harris rebutant plusieurs réalisateurs à qui le projet était proposé à cause de son côté gore et immoral. Finalement c'est Dino de Laurentiis qui ira lui-même trouver Ridley Scott sur le tournage de Gladiator pour lui parler du projet. Le réalisateur accepte de tourner Hannibal et en profite pour donner la part belle au personnage titre. Face à Lecter, un nouveau monstre devait succéder au Dragon Rouge et au Buffalo Bill des deux précédents opus. Il ne s'agit pas pour une fois d'un tueur en série mais d'une ancienne victime du cannibale, Mason Verger que Gary Oldman interprète sous un maquillage repoussant qui nécessitait chaque jour plusieurs heures de pose. Après le désistement de Jodie Foster, longtemps attachée au projet, c'est finalement Julianne Moore qui reprend le rôle de Clarice Sterling. Au final, Hannibal s'avère moins efficace que le film de Jonathan Demme, malgré son casting et sa photographie somptueuse. La faute sans doute à Ridley Scott, qui abuse quelque peu d'effets de style et qui nous propose une atmosphère beaucoup moins poisseuse et oppressante que ne l'était celle du Silence des Agneaux.
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Après Hannibal, Ridley Scott se lance dans l'adaptation du livre Black Hawk Down : A Story of Modern War de Mark Bowden qui retrace la bataille de Mogadicio en Somalie les 3 et 4 octobre 1993. Première confrontation pour le réalisateur avec une actualité encore brulante, La Chute du Faucon Noir est un film de guerre orienté action qui nous raconte comment une opération de l'armée américaine qui devait se dérouler sans accroc, débouche sur un véritable massacre. Porté par un casting de star, qui n'est pas sans rappeler celui composé par Terence Malick pour La Ligne Rouge, le film compte dans ses rangs Ewan Mac Gregor, Josh Hartnett, Tom Sizemore, Eric Bana, Orlando Bloom et même Sam Shepard. Salué pour sa mise en scène et ses séquences d'action, La Chute du Faucon Noir sera rapidement décrié à cause de son traitement quelque peu manichéen de ce sujet sensible, certains critiques criant même au film de propagande pro-américain. La présence à la production de Jerry Bruckheimer, qui avait déjà sévi à l'époque sur Top Gun, USS Alabama, ainsi qu'Armageddon, n'est peut-être pas étrangère à cela.
Pour en finir avec ce réalisateur, je vais passer rapidement sur Les Associés, un petit film d'arnaque avec Nicolas Cage et Sam Rockwell qui se laisse gentiment regarder mais qui n'a pas grand intérêt, ainsi que sur la petite escapade régionaliste Une Grande Année tourné dans le Lubéron où le réalisateur possède un domaine, pour vous parler encore de deux films qui me semblent intéressants. Dans les deux cas, le rapprochement entre Ridley Scott et son frère d'un point de vue professionnel est assez flagrant. Le premier c'est American Gangster que le réalisateur tourne en 2007. Pour retracer le parcours criminel d'un des plus grand trafiquants d'héroïne des années soixante, Frank Lucas, Ridley Scott fait se côtoyer à l'écran son égérie Russel Crowe, avec celle de son frère Denzel Washington. Le premier campe Richie Roberts, un policier incorruptible qui va tout faire pour boucler le second. American Gangster est un peu le Casino de Ridley Scott. Encore une fois le metteur en scène va apporter un soin particulier à la reconstitution du New York des années soixante et le film bénéficie d'une photographie léchée qui restitue parfaitement celle des films réalisés à cette période, comme le French Connexion de Friedkin ou le Bullit de Peter Yates. Dans les deux rôles principaux, Russel Crowe et Denzel Washington s'avèrent parfaitement convaincants avec leur charisme mais également leurs ambiguïtés. Cette ascension d'un petit malfrat jusqu'au sommet du crime organisé permet en outre à Ridley Scott de faire une parabole édifiante sur le capitalisme et les monopoles commerciaux, avec ce self-made man qui grâce à des habiles jeux de pouvoirs parvient à surpasser tout ses concurrents et à accumuler fortune et renommée. Le scénario très bien construit nous tient en haleine pendant les deux heures quarante que dure le métrage et au final, Scott accouche d'un grand film de gangster dans la tradition des Affranchis de Scorcese, de Scarface de De Palma ou de Blow de Ted Demme.
Le dernier film qui va m'intéresser ici, c'est Mensonges d'état qui est sorti en 2008. Ce film nous raconte comment deux agents de la CIA essayent de mettre la main sur un chef terroriste plus ou moins affilié à Al Kaïda, qui est responsable d'une série d'attentats meurtriers en Europe. L'un est un bureaucrate bouffi d'orgueil qui ne quitte son bureau en Virginie que pour aller tester son pouvoir et sa suprématie face à ses homologue jordaniens et l'autre est un agent de terrain, complètement immergé dans la situation et qui risque sa vie jour après jour sans savoir si ses supérieurs le soutiennent ou se servent de lui pour arriver à leurs fins personnelles.
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Pour cette deuxième plongée dans l'actualité géopolitique mondiale, Ridley Scott va hybrider d'une certaine façon deux films de son frère : Ennemi d'état et Spy Game. Au premier il emprunte la verticalité de la mise en scène, qui illustre parfaitement la technicité d'une guerre où il n'y a pas de véritable front, ni de champ de bataille, si ce n'est à l'échelle planétaire, et au second, le duo d'agents secrets opposés qui doivent composer ensemble malgré leurs différences. Mensonges d'état est donc un thriller technologique et géopolitique qui nous plonge dans la situation particulièrement délicate du Moyen Orient depuis le 11 septembre. Même si Scott surfe sur la vague de la saga Jason Bourne plutôt que de lorgner en direction de Syriana, son film s'avère une nouvelle fois assez prenant, avec quelques morceaux de bravoure impressionnants, comme cette scène de poursuite au début du film, mais aussi avec un discours politique qui pose la question de l'interventionnisme américain et des manipulations médiatiques.
Malgré la fin du film, absoluement incroyable et typiquement hollywoodienne, ainsi qu'une volonté de mâcher le travail des spectateurs en simplifiant le plus possible l'intrigue et les rouages de l'espionnage, Mensonges d'état reste malgré tout une réussite, grâce aux performances de Di Caprio, Russel Crowe et Mark Strong, mais aussi grâce à la mise en scène dynamique et aux images comme toujours superbes.
Voilà pour ce long survol de la filmographie de Ridley Scott. En un peu plus de trente ans de carrière, le bonhomme s'est taillé une solide réputation de faiseur d'images génial ainsi que de talentueux spécialiste du divertissement, de la trempe d'un Steven Spielberg. Si sa filmographie compte quelques très bons films, elle est aussi peuplé de séries B plus ou moins réussies et de grosses productions qui ne valent surtout que pour leurs qualités technique. Moins intégré au système hollywoodien que ne l'est son frère Tony, qui rappelons-le a commencé sa carrière par plusieurs productions Bruckheimer comme Top Gun ou Le Flic de Beverly Hills 2, Ridley a malgré tout tendance à sacrifier sur l'autel du conformisme ce qui pourrait faire de ses films des œuvres vraiment importante. Loin d'avoir la verve politique de son contemporain Oliver Stone, Ridley Scott évite autant que possible d'approfondir les sujets délicats qu'il porte à l'écran pour se concentrer sur le spectacle. C'est dommage puisqu'en utilisant son immense savoir-faire technique pour illustrer des scénarios un peu plus ambitieux, Scott serait assuré à chaque fois de donner naissance à des films vraiment forts. Mais bon, s'il préfère s'amuser à tourner les aventures de Robin des Bois on ne peut pas non plus lui en vouloir.
Martin Griffault







