CRITIQUES DE FILMS 2

 

 

 

 

 

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L'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford

 

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http://img121.imageshack.us/img121/7103/jessejames.jpg L'assassinat de Jesse James
par le lâche Robert Ford

de Andrew Dominik

Sortie en salles : 10 octobre 2007
Durée : 2h39
Scénario : Andrew Dominik
Photographie : Roger Deakins
Musique : Nick Cave, Warren Ellis

Distribution : Warner Bros. France

 

Bien qu'il s'inscrive dans une thématique et une esthétique héritées du western classique, le film de Andrew Dominik demeure très loin de l'idée académique qu'on se fait du western avec ses cow-boys à frange, ses méchants indiens à moitié nus qui chargent les convois des pauvres colons blancs, ou ses saloons remplis de bandits sans foi ni loi qui dégainent leurs revolvers à la moindre fausse note du piano mécanique. Ainsi, ne vous méprenez pas, L'Assassinat de Jesse James par le Lâche Robert Ford ne nous raconte pas l'histoire d'un shérif doué de la gâchette qui tombe amoureux d'une danseuse de cabaret et qui doit défendre sa petite ville contre une horde de bandits.

 

Ce qui nous est raconté ici, c'est le déclin d'un monde, la mort progressive de tout un pan de l'histoire américaine et de ses figures héroïques. L'Assassinat de Jesse James par Robert Ford est une histoire mythique de l'ouest américain qui fut déjà porté à l'écran par Samuel Fueller en 1949 avec I Shot Jesse James. Déjà à l'époque des faits, ce meurtre avait fait beaucoup de bruit, dû à la popularité de Jesse James auprès d'une certaine partie de la population et à la médiatisation dont fut ensuite l'objet Robert Ford. Il s'est par exemple produit dans des spectacles où il rejouait son crime pour le public. Il a également posé pour une série de photos sur lesquelles il tient dans ses mains le revolver avec lequel il a tiré, photos qui sont devenu célèbres... Cet épisode est d'ailleurs abordé habilement dans le film et vient donner une dimension supplémentaire à l'histoire.

 

L'Assassinat de Jesse James par le Lâche Robert Ford parle donc de la mort et cette thématique imprègne tout le film, que ce soit dans le traitement de la photographie, avec très peu de tons chauds dans les choix d'éclairages ou de couleurs ; également avec cette voix off qui se pose d'entrée comme un regard vers le passé et cet effet visuel récurent où le bord de l'image est légèrement flouté, déformé comme dans un souvenir. Enfin la musique aussi vient renforcer cette atmosphère mortifère, avec des accents très mélancoliques, presque funèbres, mais qui parvient à ne jamais tomber dans le larmoyant ou l'emphatique inutile. Nous sommes entraînés à la suite des personnages dans une spirale cauchemardesque qui, comme le titre l'annonce d'emblée ne peut conduire qu'à la mort.

 

Inutile d'attendre une succession de péripéties où Jesse James et Robert Ford joueront au chat et à la souris entre tentatives d'assassinat ratées, pugilats, course poursuites, etc. Tout se fera dans le calme, avec par moment de brèves fulgurances de violence, toujours dérangeantes et jamais complaisantes.

 

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Sans s'attacher à un lieu précis, l'histoire va nous emmener dans la grande errance des hors la loi qui ont choisi de raccrocher, mais que le passé finit par rattraper. On peut penser à certains films de gangsters comme ceux de Scorcese, de Melville, à Nos Funérailles d'Abel Ferrara, ou même au film Le Parrain de Coppola, avec cette organisation familiale, où tous les hommes sont plus ou moins cousins et où les femmes sont là pour supporter en silence leur maris ou leurs frères tout en sachant pertinemment qu'ils sont des hors la loi et qu'il tuent à tour de bras. Nous suivons ces personnages qui cherchent la rédemption mais qui vont s'embourber dans la culpabilité de leurs anciennes actions, dans leurs espoirs déçus. Comme dans les films de gangsters, les personnages sont régis par une sorte de code d'honneur, de bushido du revolver, qui les enferme dans une impossibilité de communiquer, de faire passer leurs sentiments et les entraîne vers la violence ou la folie.

 

La manière de filmer vient renforcer cette idée de grande fresque presque chevaleresque avec entre autres des superbes plans de paysage (on pense à Terence Malick par moment tellement le Scope est magnifique), avec certains silences et avec bien sûr la musique, presque omniprésente mais qui évite adroitement les écueils attendus (musique signée par Warren Ellis et le grand Nick Cave qui interprète un tout petit rôle dans le film).

 

Il est impossible de passer sous silence l'excellence du casting dans son ensemble car L'Assassinat de Jesse James... est avant tout un grand film d'acteurs. De Brad Pitt à Sam Shepard en passant par Casey Affleck, Sam Rockwell ou Mary-Louise Parker, tous les acteurs sont parfaitement dirigés et complètement habités par leurs personnages. Avec une mention spéciale aux deux acteurs principaux.

 

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Nous n'avions plus vu Brad Pitt aussi ravagé depuis Fight Club. Et là, en Jesse James, il s'impose comme un mort en sursis, le visage marqué par les rides, le regard perdu, à moitié fou, utilisant une gestuelle tout en retenue qui explose par moment dans des crises d'hystérie effrayantes. Brad Pitt prouve encore une fois que bien employé, le beau gosse d'Hollywood peut aussi se transformer totalement et devenir méconnaissable pour les besoins d'un rôle. Il incarne Jesse James avec une grâce et une force incroyable. Fascinant et inquiétant à la fois, ce personnage ambiguë, charismatique en diable et en même temps un peu répugnant, n'est finalement qu'un meurtrier, un sudiste partisan de l'esclavage, qui abat ses amis dans le dos pour se protéger et qui en même temps affiche pour l'extérieur une façade de père de famille et de mari respectable. Une bien belle performance.

 

Mais le prix de l'interprétation revient malgré tout à Casey Affleck (qui décidément n'en finit pas de nous faire oublier son asperge de grand frère). Casey Affleck interprète avec beaucoup de finesse le personnage de Robert Ford, jeune homme qui idolâtre depuis sa plus tendre enfance le bandit Jesse James et qui arrive finalement à intégrer son gang pour un dernier hold-up. Mais petit à petit le personnage, qui a 19 ans au début du film, va changer et va se mettre à douter des qualité de son modèle. Traité comme un gamin par ses frères et par les autres membres du gang et maintenu en permanence dans l'incertitude par Jesse James, Robert Ford va finalement commettre son crime à cause d'une certaine désillusion qu'on peut presque qualifier de désillusion amoureuse. Quand on regarde cette relation entre les deux personnages, ce jeune homme complètement fasciné par Jesse James, qui le fixe avec des yeux de chien battu toujours en attente de reconnaissance ou de respect, il est difficile de ne pas penser en terme d'amour contrarié. Je ne parle pas forcement d'amour homosexuel, même s'il serait sans doute possible d'interpréter le film dans ce sens, mais plutôt du genre d'amour qu'on peut vouer à une idole, à une sorte de guide spirituel ou de prophète.

 

Le jeu que Casey Affleck développe pour son rôle peut surprendre au début. Il parle avec une voix de fausset geignarde, qui nous donne l'impression qu'il va fondre en larme à la moindre occasion alors que cela n'arrive jamais ; il rayonne d'une candeur juvénile, d'une innocence d'enfant, alors que certaines scènes vont le montrer sous un jour très différent. Petit à petit ces choix d'interprétation vont parvenir à poser un personnage à la psychologie complexe qui, à aucun moment, nous paraît artificiel ou caricatural. Ne serait-ce que pour la composition de Casey Affleck L'assassinat de Jesse James... mérite vraiment le détour.

 

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Ce film vient s'inscrire dans cette veine des néo-westerns, qui essayent de donner une nouvelle jeunesse à l'ouest américain. Exercice difficile qui n'est d'ailleurs pas souvent couronné de succès. Depuis 1992, et Impitoyable de Clint Eastwood, peu de westerns ont réussi à vraiment s'imposer auprès de la critique et du public. Il y a eu le Open Range de Kevin Costner en 2004, et en 2006 le film de Ang Lee Le Secret de Brokeback Mountain, qui a vraiment trouvé un public enthousiaste mais qui d'un autre côté n'est pas vraiment un western étant donné qu'il se déroule dans les années 60. A part ces films, certaines tentatives comme le Tombstone de Cosmatos en 1993, Wyatt Earp de Lawrence Kasdan en 1994 ou le American Outlaws avec Collin Farrell dans le rôle de Jesse James, sont passées directement aux oubliettes sans émouvoir personne à part peut-être les fans inconditionnels de westerns.

 

Andrew Dominik prouve qu'il est possible aujourd'hui de faire un grand western accessible et en même temps novateur dans la forme.

 

 

Martin Griffault

 

 

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L'Homme Sans Âge

 

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http://img826.imageshack.us/img826/1118/hommesansage.jpg L'homme sans âge
de Francis Ford Coppola

Sortie en salles : 14 novembre 2007
Durée : 2h05
Scénario : Francis Ford Coppola (d'après l'oeuvre de Mircea Eliade)
Photographie : Mihai Malaimare Jr.
Musique : Osvaldo Golijov

Distribution : Pathé Distribution

 

Avec L'Homme sans Âge, Coppola nous raconte l'histoire d'un linguiste de 70 ans joué par Tim Roth qui, après avoir été frappé par la foudre, va rajeunir et voir certains pouvoirs extraordinaires se développer chez lui. Il devient capable d'absorber le contenu d'un livre simplement en passant sa main dessus, capable de prendre le contrôle des autres, capable plus ou moins de deviner le futur...

 

Mais attention, L'homme sans Âge n'est pas pour autant un film de super-héros. Non, le film de Coppola est plutôt à classer dans le trip arty, personnel, brouillon et ennuyeux.

 

C'est bien dommage car le prétexte de départ et la première demie-heure du film sont pleines de bonnes idées. Mais à partir d'un certain temps, le film dérape dans le mélo étrange et téléphoné où le héros va avoir de longues discutions verbeuses avec son double imaginaire, où les gros clichés du fantastiques vont venir se télescoper dans une vaste bouillie inutile. En regardant ce film, d'un réalisateur pourtant culte, on a souvent l'impression d'être devant un premier film. On retrouve cette volonté souvent présente dans les premières œuvres de vouloir trop en dire et trop en faire.

 

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Nous avons donc une tentative ratée de compiler dans un seul long-métrage plusieurs histoires, plusieurs thématiques, plusieurs genres, et au final nous nous retrouvons face une expérience prétentieuse qui n'est pas sans faire penser au mélo-mégalo de Darren Arnofsky, The Fountain. Rapidement, le spectateur est laissé sur le bord de la route et nous avons l'impression que Coppola s'amuse tout seul à faire des jolis plans avec sa caméra à l'envers, à nous assommer avec de longs dialogues en babyloniens, à nous faire un digest plus que léger du bouddhisme, du voile de Maya et de la métempsychose.

 

C'est dommage car il y avait matière à faire un film intéressant en ne gardant que la première idée de cet homme frappé par la foudre qui va devenir un surhomme en plein milieu de la seconde guerre mondiale. Mais malgré tout les efforts que l'on veut bien faire on s'ennuie très vite et on s'ennuie longtemps.

 

Bref un coup dans l'eau pour Coppola même si les acteurs sont plutôt bons (à ce propos guettez l'apparition de Matt Damon, un grand moment comique). Vous pouvez tranquillement regarder la première demie-heure, puis laisser tourner le film, aller boire un coup en terrasse, profiter du soleil et puis revenir pour les dix dernières minutes et je pense qu'il y a moyen d'apprécier L'Homme sans Âge.

 

 

Martin Griffault

 

 

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L'Imaginarium du Docteur Parnassus

 

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http://img7.imageshack.us/img7/6338/limaginariumdudrparnass.jpg L'Imaginarium du Docteur Parnassus
de Terry Gilliam (voir le dossier réalisateur)

Sortie en salles : 11 novembre 2009
Durée : 2h02
Scénario : Terry Gilliam, Charles McKeown
Photographie : Nicola Pecorini
Musique : Jeff Danna, Mychael Danna

Distribution : Metropolitan FilmExport

 

Un nouveau film de Terry Gilliam, c'est toujours une bonne nouvelle pour moi. Même si l'ancien Monty Python a ramé pendant un bon moment après le naufrage de L'homme qui tua Don Quichotte dont le tournage fut annulé en 2000, il nous avait quand même proposé en 2005 Tideland qui renouait, après le ratage des Frères Grimm la même année, avec un certain style, une certaine Gilliam's touch qui nous avait bien manqué depuis Las Vegas Parano.

 

Avec L'immaginarium du Docteur Parnassus, le réalisateur revient une nouvelle fois explorer les thèmes qu'il a développé tout au long de sa filmographie : l'imaginaire, le théâtre, le fantastique et une certaine fascination pour les personnages marginaux, à la limite de la folie. Gilliam nous raconte l'histoire du docteur Parnassus, un homme qui a joué avec le diable et qui s'est fait prendre au jeu du cornu. En échange d'une seconde jeunesse, le docteur a signé un pacte qu'il regrette amèrement. Vivotant tant bien que mal dans un théâtre roulotte, Parnassus parcours Londres pour présenter son spectacle : une véritable plongée à travers le miroir dans l'imagination de tout un chacun. Jusqu'au jour fatidique où le diable vient réclamer son dû. Un nouveau pari est lancé entre les deux hommes et commence alors une course contre la montre pour tenter de sauver Valantina, la jeune fille de Parnassus, des griffes du malin.

 

L'immaginarium du Docteur Parnassus est un peu le remake moderne des Aventures du Baron de Munchahausen ou au choix le Big Fish de Terry Gilliam. A l'instar de Tim Burton, qui mettait en scène un homme qui avait passé sa vie à inventer des histoires plus folles les unes que les autres pour faire paraître sa vie plus belle et aventureuse qu'elle n'avait été, le Parnassus de Gilliam peut lui aussi être considéré comme une métaphore de son propre rôle de raconteur d'histoire. Comme dans son Munchahausen sorti il y a plus de 20 ans, Gilliam utilise comme point de départ pour son histoire un théâtre à l'intérieur duquel la réalité va se mettre à glisser, dériver et finalement se confondre avec l'imaginaire.

 

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Comme à son habitude, Terry Gilliam laisse libre court à sa fantaisie baroque et à son amour de la magie mais les oppose cette fois de façon frontale avec le monde contemporain. Inversant le procédé qu'il mettait en place dans Fisher King ou dans Tideland, Gilliam confronte un monde antique de dieux, de démons et de figures mythique au monde des boites de nuit, des jeux vidéo et du capitalisme outrancier moderne. A l'exception de Tony, tous les personnages semblent sortis directement d'une tragédie antique et c'est dans leur confrontation avec l'imaginaire que leur nature profonde se révèle véritablement. L'homme moderne apparait comme un être à plusieurs visages, insatiable et souvent incapable de faire la part entre le réel et la fiction, le mensonge et la vérité.

 

Deuxième et dernier film posthume de Heath Ledger, L'immaginarium du Docteur Parnassus a manifestement souffert de la disparition du jeune comédien. Mais le scénario, qui ne ménage pas les images mortifères comme cette première apparition du personnage de Tony, pendu sous un pont londonien, se retrouve également auréolé d'un certain mystère et de plusieurs niveaux de lectures qui viennent faire de ce film une œuvre testament assez étonnante. Le remplacement de Heath Ledger par trois autres comédiens lorsque son personnage passe de l'autre côté du miroir et que son imaginaire est matérialisé par les pouvoirs de Parnassus, est ainsi une trouvaille narrative qui dépasse sa fonction première de solution de secours et apporte une dimension supplémentaire à la narration et aux thématiques qui forment le cœur du film.

 

Une nouveauté en ce qui concerne le réalisateur réside dans la profusion d'images de synthèse utilisées pour donner vie à son univers de fantasmagories visuelles. Encore une fois on a parfois l'impression face à certaines séquences d'être devant un film de Tim Burton période Charlie et la Chocolaterie mais Gilliam évite à chaque fois de sombrer dans la surenchère et nous propose des visions autrement plus digestes. L'utilisation des images de synthèses ne vient jamais prendre le pas sur l'imagination du réalisateur et l'on retrouve la plupart du temps cette patte Gilliam, cet amour de l'animation traditionnelle en papier découpés et des effets spéciaux à l'ancienne qu'il utilisait chez les Monty Pythons, même dans les scènes filmés sur fonds verts.

 

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Au final L'immaginarium du Docteur Parnassus est à mon avis un très bon film mais un film imparfait, malade et ce pour plusieurs raisons. Déjà, la mort du comédien principal a poussé Gilliam à réécrire une partie du scénario, à chercher des solutions pour remplacer son personnage par des doublures et à transformer de façon assez radicale la perception que l'on a de ce personnage et de son évolution. En faisant appel à des doublures particulièrement prestigieuses (Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell sont quand même des stars hollywoodiennes d'une dimension plus internationales que ne l'était Heath Ledger), le sens de l'histoire elle-même et sa compréhension par les spectateurs s'en trouve perturbée. Encore une fois, difficile de ne pas voir à l'écran les stars plutôt que le personnage. Et alors que le reste du film cherche à nous plonger dans l'imaginaire, ce procédé, aussi cohérent et réussi soit-il, a tendance à nous faire prendre du recul par rapport au récit et l'on se retrouve à admirer les performances des comédiens plutôt que de nous abandonner à l'histoire.

 

Ensuite, l'histoire elle-même s'avère légèrement confuse, en particulier lors du dénouement, certaines pistes amorcées au cours du film restent inexplorées, d'autres se terminent de façon abrupte. Comme c'était déjà un peu le cas avec Les Aventures du Baron de Munchahausen, L'Imaginarium se veut surtout être un gros trip visuel, psychédélique et baroque ainsi qu'une réflexion sur la représentation cinématographique et la narration en général, ce qu'il réussi parfaitement à être dans un cas comme dans l'autre.

 

Malheureusement ces choix thématiques et esthétiques font que les personnages principaux, à l'exception du diable et de Parnassus (superbement interprétés par Tom Waits et Christopher Plummer), n'arrivent pas totalement à nous apprivoiser. Si l'on est séduit par l'originalité des visions de Gilliam, par la débauche de merveilles qu'il nous met devant les yeux, il est plus difficile d'adhérer aux émotions et aux cheminements personnels des personnages. Lily Cole, avec son visage de poupée et son corps de danseuse de cabaret campe une Alice au pays des merveilles un peu trop lisse et fragile pour être attachante. Le personnage de Tony est divisé en quatre facettes différentes qui, malgré leur cohérence globale, composent au final un être artificiel à la psychologie difficilement apréhendable. Les personnages de Percy et d'Anton sont plus ou moins relégué au rang de faire-valoir sentimentaux et comique. Bref les protagonistes ne sont pas particulièrement attachants malgré leurs autres qualités.

 

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Mais que l'on ne se fourvoie pas sur mon opinion, malgré les petits défauts que j'ai pointés, je recommande chaudement ce nouveau Terry Gilliam qui s'avère être un très beau voyage dans l'imaginaire d'un réalisateur dont les talents de poète et de montreur d'image ne sont plus à démontrer. Reste que l'on aimerait bien que Gilliam puisse enfin refaire un film en ayant le contrôle absolu sur son œuvre, sans qu'un typhon emporte la moitié de ses décors, sans que ses comédiens ne se fassent une hernie discale ou meurent devant la caméra, et sans que les studios hollywoodiens viennent fourrer leurs sales nez dans ses histoires.

 

 

Martin Griffault

 

 

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Même la Pluie

 

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Même la Pluie

de Icíar Bollaín

Sortie en salles : 05 janvier 2011
Durée : 1h43
Scénario : Paul Laverty
Photographie : Alex Catalan
Musique : Alberto Iglesias

Distribution :  Haut et Court

 

Tout le monde le sait, et le cinéma en parle de plus en plus, la principale ressource naturelle qui risque de se faire rare dans les décennies à venir, ce n'est pas le pétrole, même si la peur de ne plus avoir d'essence à mettre dans nos grosses berlines empêche tout le monde de dormir. Non, ce qui risque de manquer de plus en plus cruellement c'est l'eau.

 

Quelques chiffres avant de parler cinéma : sur notre planète bleue, seul un pour-cent de l'eau est de l'eau douce, le reste est soit de l'eau salée, soit de l'eau emprisonnée dans la glace des pôles. La résultante, c'est que la moitié de la population terrestre n'a pas accès à ce petit pour-cent d'eau potable. Chaque année deux millions de personnes meurent de problèmes liés au manque d'eau, surtout des enfants en bas âge. Ces constats effrayants et une prise de conscience tardive ont débouché sur une décision historique prise par l'ONU : depuis juillet 2010, l'accès à l'eau potable est reconnu comme un droit humain. Il était temps !

 

Au cinéma, le sujet a déjà été traité plusieurs fois. Dans des documentaires comme Un monde sans eau de Udo Maurer, Blue Gold, World Water Wars de Sam Bozzo ou encore dans Flow d’Irena Salina diffusé sur Arte en 2008.


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Dans la fiction, le sujet commence à titiller les scénaristes. En 2008, deux films abordaient la question de façon très différentes. Sleep Dealer de Alex Rivera, nous projetait dans un futur proche et confrontait ses personnages à la privatisation de l'eau par des multinationales tentaculaires. Comme souvent le recours à l'anticipation permettait de traiter un sujet actuel en usant d'hyperboles pour le rendre plus frappant. Ce problème de la privatisation de l'eau s'est aussi invité dans un authentique blockbuster : Quantum of Solace, une aventure de James Bond dans lequel l'agent 007 est aux prises avec un homme d'affaire français particulièrement intéressé par l'or bleu.

 

Si je vous bassine avec ce problème de l'accès à l'eau, c'est que le film d'Iciar Bollain, Même la Pluie, se déroule pendant les évènements qui ont eu lieu en 2000 à Cochabamba en Bolivie. Pendant quatre mois, entre janvier et avril, des mouvements sociaux de grande ampleur se sont déroulés dans cette ville (la troisième de Bolivie), suite à la privatisation du système municipal de gestion de l'eau et à l'augmentation de son prix. Après des mois de violents affrontements les habitants ont réussi à se faire entendre, faisant plier le gouvernement et la société américaine impliquée dans l'affaire.

 

Dans Même la Pluie, c'est justement à Cochabamba, qu'une équipe de tournage choisit de planter ses caméras au plus fort de la crise. Le réalisateur Sebastian, campé par Gael Garcia Bernal, veut faire un film sur l'exploitation des indiens d'Amérique par les conquistadors. Il veut mettre en valeur l'humanité des soi-disant sauvages colonisés par les espagnols, et glorifier l'engagement d'une poignée de religieux dans la défense des indiens. Pour mener à bien ce tournage, Sebastian peut compter sur Costa, le producteur du film, un cynique qui a choisit de tourner en Bolivie pour payer des salaires ridicules aux techniciens et aux figurants locaux.


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Au début du film, Sebastian et Costa, débarquent à Cochabamba pour recruter quelques habitants du cru. Ils rencontrent Daniel, un homme vindicatif qui fascine Sebastian et à qui ils confient le rôle du leader de la résistance indienne, sans se douter qu'il s'agit également d'un des leader du mouvement de protestation qui enflamme les rues de la ville.

 

Avec le portrait de ces trois personnages, Iciar Bollain réussit la performance de nous proposer deux films en un. Les images tournées par Sebastian et son équipe nous plongent dans un film historique, une reconstitution réaliste de la conquête du nouveau monde. Et ces images d'un autre temps viennent se mélanger avec le quotidien du tournage. Elles envahissent l'écran par moment, intégrées au montage, la plupart du temps sans être annoncées, et proposent une vision sombre et cruelle de cette exploitation ancestrale de l'homme par l'homme pour de l'or.

 

En une série d'aller et retour entre présent et passé, l'or des conquistadors se transforme en or bleu des multinationales, et les trois personnages vont devoir traverser l'enfer, en faisant chacun des choix qui les transformeront profondément. Sébastian, le sensible, se noie peu à peu dans son entreprise de reconstitution et perd de vue la réalité, alors que Costa, le cynique, fait le chemin inverse, vers un certaine forme de rédemption. Quand à Daniel, il devient l'incarnation de la résistance antique et moderne à l'argent roi et une figure centrale de cette guerre de l'eau, tragique et édifiante.


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Iciar Bollain, en plus de nous plonger dans un sujet d'actualité brulant, parvient à faire vivre sa petite histoire dans la grande. Les comédiens sont parfaits, Luis Tosar en tête, dans le rôle émouvant de Costa. La direction artistique parvient aussi bien à nous plonger dans un 16 ème siècle de cinéma que dans une reconstitution d'émeutes plus récentes. On pense à Herzog et à son Aguirre ou la colère des dieux mais aussi à des images plus modernes comme celles des émeutes de 1992 à Los Angeles reconstituées par Ron Shelton dans Dark Blue. Et la réalisatrice de faire basculer ce qui aurait pu être un mélo tire-larme en véritable parcours initiatique, dans lequel le cinéma n'a pas forcément le beau rôle.

 

La question qui sous-tend Même la Pluie est la suivante : comment faire un film engagé qui dure dans le temps ? Comment se faire l'avocat d'une cause politique, sociale, écologique, sans verser dans la dramatisation à outrance ou l'adoption d'une distance temporelle ou symbolique ? Sans sacrifier ni le traitement de son sujet, ni ses personnages et sa fable Iciar Bollain réussit à jongler avec ces questions et à nous offrir un très beau film, intemporel dans son message et suffisamment fin pour qu'il évite le manichéisme, trop souvent présent dans les films du même genre.

 

 

Martin Griffault

 

 

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Millénium

 

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http://img641.imageshack.us/img641/6062/milleniuma.jpg Millénium
de Niels Arden Oplev

Sortie en salles : 13 mai 2009
Durée : 2h32
Scénario : Nikolaj Arcel, Rasmus Heisterberg (d'après l'œuvre de Stieg Larsson)
Photographie : Eric Kress
Musique : Jacob Groth

Distribution : UGC Distribution

 

Le film de Niels Arden Oplev démarre plutôt bien en déroulant son histoire policière de façon assez efficace et en nous plongeant directement dans le vif du sujet. La présentation en parallèle des deux personnages principaux donne à cette première partie un dynamisme intéressant d'autant que les comédiens campent leurs personnages avec talent, la tension rentrée de Lisbeth, venant contrebalancer la mollesse apparente de Blomkvist.

 

Ce qui frappe principalement dans cette première partie, c'est la qualité des images, les couleurs étonnantes et la beauté des décors. La suède se déploie dans ce qu'elle a de plus "carte postale", avec ses paysages enneigés et ses vieilles bâtisses aussi lugubres que romantiques. Dans le même temps, la ville de Stokholm avec ses métros et ses immeubles glauques nous sont également présentés à mesure que l'on suit le personnage de Lisbeth dans son quotidien. Si c'est le blanc qui domine dans l'univers du journaliste, de la neige pas vraiment immaculée, au papier des journaux sur lesquels s'étale le scandale qui le frappe, Lisbeth vit dans un monde plus sombre, nocturne, où la couleur des vêtements n'est qu'une manifestation de la noirceur environnante et où les mots s'inscrivent sur le fond noir des écrans d'ordinateurs.

 

Mais assez rapidement, les deux personnages vont se rencontrer et leurs univers se percuter pour accoucher d'une sorte de symbiose dont l'objectif va rapidement se réduire à résoudre le mystère.

 

Le film parvient à maintenir un certain suspense dans la durée mais on regrette quand même assez vite le jeu de miroir entre les deux personnages qui s'était établi au début du film. A partir du moment où les deux personnages se rencontrent, le journaliste et sa quête vont en quelque sorte vampiriser Lisbeth et mettre entre parenthèse tout ce qui la concernait et qui s'avèrera n'avoir été qu'une façon habile de présenter le personnage et ses démons. Et c'est bien dommage, car s'il restera quelque chose de ce film, ce n'est pas vraiment son scénario, avec son mystère éculé qui entoure une disparition vieille de quarante ans (soit un épisode de Cold Case comme un autre), ce ne sera pas non plus son traitement du genre, qui en mêlant une construction qui emprunte autant aux séries télés policière du dimanche soir qu'à certains thriller comme Zodiac de David Fincher ou Le Silence des Agneaux de Johnatan Demme. S'il y a un élément suffisamment intéressant qui mériterait que l'on se souvienne de ce film dans l'avenir, c'est bien son personnage principal féminin original, et la comédienne Noomi Rapace qui l'incarne avec une grâce indéniable. Malheureusement, ce personnage perd un peu de son caractère à partir du moment où elle s'investit dans l'enquête, et la fin du film finit de jeter au feu les aspects sombres et torturés qui avaient pu séduire chez elle dans la première partie.

 

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Au final, Millenium ressemble surtout à ce qu'il aurait du être, à savoir une mini série télé qui auraient pu trouver son rythme en se développant sur plusieurs épisodes de courte durée et en se regardant d'un œil. Mais le format long-métrage peine un peu à convaincre, surtout en affichant 152 minutes au compteur et des choix esthétiques discutables comme cette partition musicale qui alterne envolées sirupeuses et musique électronique mollassonne.

 

Maintenant, je ne fais pas partie des millions de lecteurs qui avaient dévoré la trilogie de Stieg Larsson lors de sa publication et je n'ai donc pas éprouvé le plaisir de retrouver sur grand écran des personnages auxquels j'aurais pu m'attacher avec les romans, mais une chose est sûre c'est que si le film de Niels Arden Oplev adapte fidèlement la trame originale des livres, je ne vois pas bien ce qu'il y a de particulièrement original dans ce thriller aux ressorts usés qui ressemble à s'y méprendre à du Dean Koontz, du Mary Higgins Clark ou du Patricia Cornwell. On n'est loin de l'originalité de Morse de Tomas Alfredson, un autre film suédois sorti en 2008 qui malgré quelque petits défauts vaut cent fois ce Millenium.

 

 

Martin Griffault

 

 

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Mr. Nice

 

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Mr. Nice
de Bernard Rose

Sortie en salles : 13 avril 2011
Durée : 2h01
Scénario : Bernard Rose (d'après l'œuvre d'Howard Marks)
Photographie : Bernard Rose
Musique : Philip Glass

Distribution : UFO Distribution

 

Nous sommes dans les années 60, un jeune gallois débarque au Balliol Collège de l'université d'Oxford pour y suivre des études de sciences naturelle et de physique. Il rencontre rapidement d'autres étudiants qui lui font découvrir le cannabis. Une passion et une vocation est née. Howard Marks devient un irréductible adepte de la fumette et s'improvise dealer pour payer sa propre consommation. Quelques années plus tard il contrôle 10% du trafic mondial de cannabis, jongle entre une quarantaine d'identités et entretient des relations avec les services secrets anglais, l'IRA et la mafia. A la fin des années 80, suite à une opération policière de grande ampleur, il est finalement arrêté et condamné à 25 ans de prison. Il en purge sept et sort en 1995, définitivement vacciné contre le trafic de drogue mais toujours aussi porté sur l'âcre fumée du shit. Aujourd'hui Howard Marks vit en Angleterre sous son vrai nom et milite pour la légalisation des drogues récréatives.

 

Réussir un film biographique, ou biopic comme on dit en anglais, n'est jamais une chose facile. Dramatiser la réalité et la rendre passionnante tout en lui restant fidèle relève souvent du tour de force, même si, bien sûr, les gens dont on choisit de porter la vie sur grand écran ne sont pas des monsieurs tout le monde. Milos Forman, le réalisateur de Man on the Moon est passé maître dans cet exercice compliqué, en traitant la biographie de Andy Kaufman avec une bonne dose de fantaisie et de distance. Plus récemment, Nicolas Winding Refn et Joann Sfar nous ont régalé avec, respectivement, Bronson, consacré au criminel anglais Michael Peterson, et Gainsbourg, vie héroïque, sorti l'année dernière, deux films qui abordent le biopic de façon vraiment originale.

 

Mr. Nice, de Bernard Rose prend des chemins un peu plus balisés. À l'exception d'un jeu formel sur la qualité des images et les formats de pellicule dans la première partie du film, la mise en scène est traitée de façon plutôt classique et la vie d'Howard Marks est racontée sans fioritures particulières. Si le film s'ouvre et se conclue sur une scène de théâtre, ce n'est pas pour intégrer à la narration une dimension réflexive comme dans Bronson, mais simplement pour encadrer le récit et représenter un épisode de la reconversion de Marks après sa sortie de prison. Le film est réaliste et l'on regrette que certaines scènes ne soient pas un peu plus folles, alors qu'à l'écran les personnages sont drogués jusqu'aux yeux.

 

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Malgré cette réserve sur les choix de mise en scène, Le film de Bernard Rose se regarde sans déplaisir même s'il aurait gagné à être plus concis. Ryhs Ifans, qui incarne à l'écran Howard Marks, se révèle une nouvelle fois drôle et attachant, Chloe Sevigny, dans le rôle de Judy, la seconde femme de Mr Nice, est elle aussi juste et touchante. Mais le véritable rôle en or de ce film, c'est celui confié à David Thewlis, que les fans d'Harry Potter connaissent bien, pour son rôle de Remus Lupin, le sorcier loup-garou. Ici, David Thewlis campe Jim McCann, un fou furieux, membre de l'armée républicaine irlandaise, qui s'investit dans le trafic de drogue aux côté de Marks. Imprévisible, mais efficace, McCann devient le bras droit de Mr Nice et gère l'arrivage de la drogue en Irlande. Hirsute, violent et vulgaire, McCann bouffe l'écran à chacune de ses apparitions, jusqu'à un final hilarant dont je vous laisse la surprise.

 

À la fin de la projection, la vie d'Howard Marks n'a plus de secrets pour nous, mais Bernard Rose n'évite pas quelques poncifs et autres effets dispensables qui ont tendance à ralentir le rythme du film. Le sujet délicat du trafic de drogue est traité sans manichéisme et le film parvient sans trop de problème à faire passer le message du vrai Howard Marks : si la question de la consommation de drogue douce n'est pas à blâmer et doit être laissée entre les mains, responsables de préférence, de chaque consommateur potentiel, le trafic de drogue, lui, est un miroir aux alouettes et un piège à éviter. La promesse de l'argent facile peut séduire, mais en mettant un pied dans cet engrenage, c'est à une addiction d'un autre genre et à un cauchemar bien réel que l'on s'expose.

 

 

Martin Griffault

 

 

Blind test spécial Défonce, trafic & stupéfiants

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OSS 117 : Rio ne répond plus

 

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http://img217.imageshack.us/img217/863/oss1l.jpg OSS 117 : Rio ne répond plus
de Michel Hazanavicius

Sortie en salles : 15 avril 2009
Durée : 1h40
Scénario : Michel Hazanavicius, Jean-François Halin (d'après l'œuvre de Jean Bruce)
Photographie : Guillaume Schiffman
Musique : Ludovic Bource

Distribution : Gaumont Distribution

 

OSS 117, Rio ne répond plus, est la dixième adaptation au cinéma des aventures de Hubert Bonisseur de la Bath, le meilleur agent secret français crée par Jean Bruce en 1949. Dix films, ce n'est pas rien... On est assurément loin du record détenu par James Bond avec ses 24 adaptations sur grand écran, mais le petit Hubert se débrouille quand même bien pour un français.

 

OSS 117 nous est donc revenu pour la deuxième fois sous les traits de Jean Dujardin, toujours aussi à l'aise dans son personnage et c'est à nouveau Michel Hazanavicius qui s'est chargé de la réalisation, de l'adaptation et des dialogues avec son camarade Jean-François Halin.

 

L'action se passe 12 ans après le film précédent, et comme le dit bien la bande-annonce, le monde a changé, mais pas Hubert. Toujours autant à côté de la plaque, ignare, prétentieux, raciste et phallocrate, l'agent secret se voit cette fois-ci confier une mission au Brésil où il doit retrouver un ancien criminel de guerre nazi pour d'obscures raisons qu'il ne comprend pas vraiment lui-même. Voilà donc notre OSS qui va devoir surfer entre plusieurs services secrets étrangers, la CIA, le MOSSAD et déjouer les pièges que lui ont tendus ses ennemis. Nous voilà donc parti avec lui vers ce brésil des années soixante, dans une aventure rocambolesque, où hippies, nazis et crocodiles vont donner du fil à retordre à notre agent secret double un sept.

 

La première aventure d'OSS 117 version Hazanavicius, avait donné en 2006 un grand coup de neuf à la comédie française. Le film parodiait avec finesse l'esprit des précédentes adaptations cinématographiques des romans de Jean Bruce et tout un pan du cinéma populaire des années soixante. Le personnage campé par Dujardin, loin d'être un homologue du flegmatique et héroïque double zéro sept inventé par Ian Flemming, s'était avéré être un incompétent de la pire espèce, uniquement préoccupé par le trivial et incapable de mener à bien sa mission. Le côté profondément antipathique du personnage, les situations absurdes et les dialogues au cordeau du duo Hazanavicius / Halin avait fait de cette comédie une vraie pépite du genre. L'humour noir alternant avec du comique de situation et de véritables trouvailles de construction, mais l'ensemble tenant essentiellement grâce à une composition mémorable de Jean Dujardin, dans un numéro d'équilibriste entre le cabotinage éhonté et la retenue qui sied à tout bon agent secret.

 

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Ce nouvel opus, s'il recèle lui aussi des scènes et des dialogues hilarants, est à mon avis un peu en dessous de son prédécesseur. Alors que le premier film faisait référence au cinéma d'espionnage compliqué et un peu bavard, Rio ne répond plus joue plus la carte du film d'aventure-action. La part belle est donc donnée aux péripéties et le personnage perd un peu son côté inactif et incompétent dès qu'il s'agit de passer à l'action. Plus entreprenant, le nouvel OSS garde quand même une sérieuse propension à choisir de ne rien faire plutôt que de prendre le taureau par les cornes. Se fondant avec dévotion dans sa couverture de journaliste en vacances, Hubert va donc passer pas mal de temps à prendre des photos aux moments les moins appropriés et à aller fanfaronner à la piscine au lieu de se lancer à la recherche de l'homme qu'il est censé retrouver. La mission en elle-même qui n'est plus une véritable enquête comme dans le précédent film, mais plutôt une course poursuite fait que le personnage a plus de latitude pour se concentrer sur autre chose que sur sa quête. Le comique de répétition vient prendre plus de place que précédemment et le film perd malheureusement un peu de sa force comique lorsque une scène de fusillade burlesque se répète par trois fois au cours du métrage ou que le rire inimitable de Dujardin est utilisé de façon trop fréquente.

 

Dans l'ensemble, une des choses qui m'a légèrement refroidit les mandibules, c'est qu

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e ce nouveau OSS 117, en délaissant un peu la parodie, perd aussi une bonne partie de ce second degré qui faisait la saveur du Caire Nid d'espions. Ici, le personnage d'agent secret est pris moins au sérieux, et alors qu'il y a trois ans, Hubert Bonisseur de la Bath ne jurait que par le costume de gala et faisait rire en affichant une attitude condescendante envers les musulmans, il s'habille aujourd'hui sans sourciller en robin des bois de super-marché et enchaine les poses figées pour que chacun ait le temps de voir qu'il pose. Les gags sont de façon globale plus soulignés et plus appuyés (ce qui se ressent dans la salle de cinéma, avec des éclats de rires bien chronométrés et éructés avec un bel unisson) et le comique est souvent à prendre au premier degré tant le personnage est devenu caricatural.

 

Dans une interview, le réalisateur a confié que ces différences entre les deux films s'expliquent si l'on considère que le premier film est un hommage-parodie aux films d'Hitchcock et aux premiers James Bond alors que le second se veut plus proche des films des années 60 avec une esthétique plus tape à l'œil, plus colorée. L'utilisation surabondante de certains "split-screen" en est un bon exemple. Malheureusement ce choix de cinéphile n'est peut-être pas évident à percevoir pour les spectateurs et l'on ressent surtout que la finesse et la sobriété du premier film à laissé place à l'ostentatoire.

 

Reste que la formule fonctionne encore plutôt bien et que l'on est ravi de retrouver cet humour trash propre au réalisateur de La Classe Américaine. Mais il ne faudrait pas qu'il en fasse 24 épisodes non plus...

 

 

Martin Griffault

 

 

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Prince of Persia : Les Sables du Temps

 

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http://img823.imageshack.us/img823/2687/popqt.jpg Prince of Persia : Les Sables du Temps
de Mike Newell

Sortie en salles : 26 mai 2010
Durée : 2h06
Scénario : Doug Miro, Carlo Bernard, Boaz Yakin (d'après l'œuvre de Jordan Mechner)
Photographie : John Seale
Musique : Harry Gregson-Williams

Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures France

 

Comme chacun le sait, Prince of Persia est adapté d'une célèbre franchise de jeux vidéos inventée par Jordan Mechner, dont le premier volet est sorti en 1989 et qui comprend aujourd'hui six autres épisodes. Le film de Mike Newell adapte de façon assez libre le scénario de la quatrième déclinaison des aventures du prince de Perse, celui du jeu Prince of Persia : Les sables du temps qui a relancé la franchise en 2003. Dans le film, le jeune Dastan est un orphelin qui vit dans la rue lorsqu'il est adopté par le roi de Perse, séduit par le courage et l'agilité du garçon. Quelques années plus tard, Dastan et ses frères prennent d'assaut une ville sainte qui garde en ses murs une dague magique dont le possesseur peut inverser le cours du temps. Une arme qui excite bien des convoitises et qui va se retrouver entre les mains de Dastan. Accusé à tord de l'assassinat de son père adoptif, le prince est contraint de fuir avec la belle gardienne de la dague pour tenter de faire éclater la vérité.

 

Disons-le d'emblée, ce film n'a rien d'un chef-d'œuvre, comme on pouvait s'en douter. L'association entre les studios Disney et le producteur Jerry Brukheimer, qui avait pourtant donné naissance à une franchise plutôt sympathique avec les trois Pirates des Caraïbes, n'a cette fois-ci pas réussi son coup... Le scénario de Prince of Persia est moins bien ficelé que celui du jeu dont il s'inspire, l'image est souvent laide à pleurer et côté spectacle on reste méchamment sur sa faim. Le déroulement de l'histoire est tellement prévisible que l'on attend avec une impatience de plus en plus molle les rares moments où la dague va intervenir dans le récit et bouleverser un peu la chronologie. Mais à cet exercice pourtant pas bien périlleux, un film comme Next de Lee Tamahori (aussi mauvais soit-il) s'en sort finalement mieux que le dernier rejeton de Mike Newell. Quand aux fameuses scènes de Parkour qui ont fait le succès du jeu, et bien il faudra repasser. À part dans une ou deux séquences sur-découpées et cadrées sans imagination, les acrobaties du prince au cinéma sont loin de déclencher les mêmes émotions que celles ressenties en contrôlant son avatar numérique.

 

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Nous assistons donc à un film raté, qui n'arrive à aucun moment à transcender son récit malgré les possibilités offertes par la thématique du voyage dans le temps. Les comédiens se débattent pendant plus de deux heures avec leurs personnages, caractérisés sans finesse voire avec une grossièreté tellement caricaturale qu'elle en devient presque comique. Ben Kingsley, sur-maquillé n'arrive à aucun moment à être inquiétant, la princesse tête à claque campée par Gemma Arterton fait une jolie potiche mais ne semble pas vraiment sur la même longueur d'onde que son partenaire principal, ce qui fait que l'histoire d'amour ne prend pas, un comble quand on sait qu'elle était déjà au cœur du premier jeu Prince of Persia de 1989. Alfred Molina, en inévitable faire-valoir comique, amoureux de ses autruches, est particulièrement horripilant, au point qu'un des personnages secondaires, anticipe les désirs des spectateurs et lui fait remarquer qu'il parle beaucoup trop. Quand à Jake Gylhenhall, l'ancien cowboy avec une flèche en plein cœur du Secret de Brokeback Mountain, peine à convaincre en « action hero » et s'en sort finalement mieux dans les rares scènes d'émotion, malgré les biscoteaux qu'il a du se sculpter pour jouer le rôle du Prince.

 

Bref, Prince of Persia aurait pu être une énorme déception si j'avais eu la moindre petite attente en entrant dans la salle, heureusement, ce n'était pas le cas et j'ai donc été simplement atterré de voir qu'avec 150 millions de dollars entre les mains, l'équipe de boulets réunie par Mike Newell avait réussi à accoucher d'une photographie, de décors et d'effets spéciaux indigents.

 

On pourrait même se demander si la qualité déplorable des images ainsi que les nombreux problèmes de mise au point ne sont pas finalement un hommage aux cinématiques des jeux vidéos, mais apparemment non... Les images en accéléré qui parasitent ponctuellement les scènes d'action ne semblent pas non plus pensées en terme de respect du jeu, mais plutôt conçues pour compenser la lourdeur et l'inefficacité de la mise en scène.

 

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Mais le problème le plus grave de Prince of Persia est que ce film correspond à un cas typique de mauvaise adaptation de jeu vidéo au cinéma. Alors que des productions comme Doom ou Silent Hill misent sur des éléments essentiels des jeux dont ils s'inspirent, comme la séquence en caméra subjective et le côté outrancièrement bourrin pour le premier ou l'atmosphère cauchemardesque et le récit construit en long crescendo pour le second, Mike Newell a fait le choix de ne se servir du gameplay, du level design et de la narration particulière du jeu que comme des accessoires anecdotiques. Il y avait pourtant matière à s'amuser avec cette dague qui permet de remonter le temps, ne serait-ce que jouer avec la réussite des acrobaties du prince. On aurait aimé le voir rater la corniche et frôler la mort, remonter le temps et réessayer une nouvelle fois, comme dans le jeu. Mais non, les scénaristes ont préféré limiter les utilisations de la dague. On aurait aimé qu'une partie importante du métrage soit consacrée aux déplacements du prince dans des pièces labyrinthiques et ressentir à certains moments le vertige qui a pu nous étreindre pendant le jeu, mais non, les séquences de parkour sont autrement plus excitantes dans Banlieue 13 ou Casino Royale.

 

Donc passez votre chemin, Prince of Persia ne vaut absolument pas le déplacement et ne remplit même pas son contrat de grand divertissement à effets spéciaux. Le seul mérite du film, comme ont pu le faire remarquer certains, c'est de donner envie aux spectateurs de se replonger dans le jeu vidéo pour oublier ce gâchis.

 

 

Martin Griffault

 

 

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Rubber

 

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http://img137.imageshack.us/img137/1912/rubberk.jpg Rubber
de Quentin Dupieux

Sortie en salles : 10 novembre 2010
Durée : 1h25
Scénario : Quentin Dupieux
Photographie : Quentin Dupieux
Musique : Gaspard Augé, Mr. Oizo

Distribution : UFO Distribution

 

Rubber, c'est l'histoire d'un pneu, un pneu tout à fait classique, comme il y en a sur les roues de votre voiture. Un pneu usé, abandonné, qui refuse de finir sa vie enterré dans le sable d'une décharge, alors que sa raison d'être c'est rouler. Il va alors miraculeusement s'extraire de son trou et commencer une nouvelle vie. Pour assister à cette renaissance, des spectateurs lambdas sont convoqués sur une colline. On leur confie des jumelles pour qu'il ne ratent pas une miette du spectacle et du drame qui va se jouer sous leurs yeux, puis on les laisse là en les mettant en garde contre la tentation de chercher une explication raisonnable à ce qu'ils vont voir.

 

Le personnage principal de Rubber est un véritable psychopathe, un tueur sans état d'âme. Malheur à celui qui croise son chemin et dont la tête ne lui revient pas. Ce qu'il aime, c'est tailler la route, espionner les jeunes filles sous la douche ou à la piscine, regarder des émissions de stretching à la télé et faire exploser des trucs. Rien que de très normal au pays des serial killers, sauf que cette fois-ci, l'assassin est un pneu.

 

Mais avant de nous plonger dans le vif du sujet, Quentin Dupieux renonce à une position trop expérimentale, trop cérébrale ou arty. Le slalom destructeur qui ouvre le film ne dit pas autre chose. Rubber ne doit pas être appréhendé de manière distante, confortablement calé dans son fauteuil de cinéma avec un petit sourire en coin. Si la distanciation ("godardienne" diront certains) est de mise, cela ne veut pas dire qu'il faut aborder cette histoire froidement sans se laisser prendre par le sens, la poésie ou le comique des situations vécues par notre pneu.

 

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Rubber est un véritable hommage au cinéma de genre, mais aussi une réflexion érudite sur la narration filmique. Le film se construit sur une alternance. D'un côté certaines séquences sont consacrées à l'évolution de ce personnage hors du commun, sa redécouverte du mouvement, son plaisir simple de ne pas rester inerte et ses confrontations violentes avec les autres objets, animaux ou personnages qu'il rencontre. Traité comme un digne héritier de la Christine de John Carpenter, de La Presseuse diabolique de Tobe Hopper ou encore des différentes machines tueuses de Maximum Overdrive de Stephen King, le pneu de Rubber est l'un de ces objets meurtriers dont le cinéma de série B nous raconte les méfaits depuis des décennies. Le scénario passe par plusieurs étapes balisées qui vont approfondir la personnalité ou plutôt la personnification du pneu, l'évocation de ses rares souvenirs d'avant son abandon, sa soif de vengeance contre l'homme qui brule ses semblables par milliers, sa découverte du désir ou encore sa volonté de fédérer d'autres objets laissés pour compte.

 

D'un autre côté, les séquences consacrées aux spectateurs servent de soupape narrative à l'ensemble. Ce qui nous est montré est un film, même pour les personnages sur l'écran. Rien de tout ce qui est vu n'est réel et les démonstrations théâtrales s'enchaînent. Un personnage exhorte ses partenaires à sortir de leurs rôles, à arrêter de prétendre que ce qui les entoure est réel, et demande même à l'un d'eux de lui tirer dessus pour prouver que tout n'est que trucages. Si les dialogues sombrent parfois dans la médiocrité, c'est qu'ils sont lus de façon artificielle par une comédienne qui n'est pas vraiment dupe. Et quand le film traine en longueur ou, comble de la manipulation cinématographique, quand l'identification au pneu commence à faire effet, un protagoniste le fait immédiatement remarquer. Quentin Dupieux utilise la mise en abyme comme un élément central de son récit en élaborant une fable absurde, dadaïste dans laquelle la réalité se mélange à la fiction et où rapidement il n'est plus possible de faire la part des choses entre ce qui découle du tournage bordélique d'un scénario inepte autour d'un pneu tueur, et de l'exercice de style virtuose.

 

Côté technique, Rubber a la particularité d'avoir été tourné avec des appareils photos numérique et non pas des caméras. Ce parti-pris formel n'est pas particulièrement visible dans la qualité des images, qui affichent une photographie souvent remarquable, un résultat que le réalisateur aurait pu tout aussi bien obtenir avec des caméras traditionnelles. Mais la où ce choix se fait sentir, c'est dans les mouvements d'appareils que permet le dispositif. Les long travelings dans le sillage du pneu sont étonnant de proximité et de liberté. Ou comment sublimer un simple pneu en train de rouler dans des terrains vagues...

 

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Mais à côté de ces qualités indéniables, Rubber reste avant tout un film expérimental, dont la vanité risque d'en lasser plus d'un. Un risque que Quentin Dupieux a d'ailleurs anticipé et mis en scène dans le film, décidant d'abandonner rapidement la plupart des spectateurs sur la colline au moyen d'un stratagème qui stigmatise la bêtise et la gloutonnerie de la grande majorité du public de cinéma, qui se jette voracement sur le premier film consommable venu, aussi nul ou toxique soit-il.

 

Bref, Quentin Dupieux est un petit malin. Il réussi à créer un ovni cinématographique entre le nanar (auquel il rend largement hommage), et le film intello et réflexif qui plait généralement aux universitaires et aux critiques des Cahiers du Cinéma.

 

Même si Rubber souffre de quelques défauts et aura sans doute son lot de détracteurs, et même si son auteur est peut-être un peu trop content de son génie et de son talent dans les interviews qu'il accorde, je vous invite à voir ce film, véritable pépite inclassable qui devrait continuer à vous trotter dans la tête un certain temps.

 

 

Martin Griffault

 

 

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The Doors

 

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http://img152.imageshack.us/img152/2259/thedoorsn.jpg The Doors
de Oliver Stone

Sortie en salles : 30 avril 1991
Durée : 2h00
Scénario : J. Randal Johnson, Oliver Stone, Randall Jahnson
Photographie : Robert Richardson
Musique : The Doors

Distribution : Columbia TriStar Films

 

 

Sorti en 1991, The Doors est le huitième long-métrage d'Oliver Stone qui compte déjà à son palmarès plusieurs film dont Platoon, Wall Street et Né un quatre juillet ainsi que plusieurs scénarios signé pour de grand réalisateurs : Scarface pour Brian de Palma, Midnight Express pour Alan Parker ou encore L'année du Dragon pour Michael Cimino.

 

Avant d'entrer en phase de production, The Doors est resté en développement pendant près de dix ans. Tom Cruise, Johnny Depp, et John Travolta ont été pressentis pour incarner Jim Morrison avant que le réalisateur n'arrête son choix sur Val Kilmer. Pour se préparer au rôle, Kilmer passe près d'un an à s'imprégner de la poésie de Morrison, à s'habiller comme la star défunte et à fréquenter ses lieux de prédilections. Pour convaincre Stone de le prendre pour le film, il enregistre une vidéo dans laquelle il interprète plusieurs titres du groupe, ce qui pousse le réalisateur à utiliser la propre voix du comédien pour la bande sonore du film.

 

Le film explore le parcours des Doors depuis sa création en 1965 jusqu'à la mort de son leader en 1971. En cela, The Doors est finalement plus un film sur Jim Morrison que sur le groupe en lui-même qui sortira encore deux disques en 71 et en 72 puis se reformera en 78 pour composer le support musical de An American Prayer, une série de poèmes que Morrison a enregistré quelques années plus tôt. Ce sont d'ailleurs ces enregistrements qui introduisent le film puis qui reviennent plusieurs fois comme une ponctuation à notre voyage au delà des portes de la perception, chères à Aldous Huxley et William Blake.

 

The Doors s'ouvre sur une scène que Jim Morrison considérait comme fondatrice de sa personnalité. En voiture avec ses parents, le jeune garçon assiste à un accident ou plusieurs amérindiens sont grièvement blessés et agonisants. Dans An American Prayer, le chanteur se souvient de cet incident en ces termes : « les âmes ou les esprits de ces Indiens défunts... peut-être d'un ou deux d'entre eux… étaient en train de courir dans tous les sens, paniqués, et ils ont tout simplement sauté dans mon âme. Et ils sont toujours là. »

 

Oliver Stone part de ce postulat pour explorer la psychologie de Jim Morrison et en faire un personnage plus grand que nature, à la fois jeune poète fasciné par les expériences extrasensorielles, chaman indien touché par la grâce et rock star déluré, punk avant l'heure. Le film alterne les scènes de la vie quotidienne du groupe, les tensions entre les musiciens mais aussi les relations de Morrison avec les femmes, dont plusieurs potins plus ou moins documentés. Les reconstitutions de concerts et autres sessions d'enregistrements en studio parsèment la fuite en avant du personnage principal. Le chanteur est décrit comme un alcoolique, drogué, héritier de la beat generation, un blues-man qui boit sur scène, qui insulte les flics, son public, et déclenche l'hystérie.

 

Quand Jim Morrison n'est pas en train d'agonir d'injure ceux qui sont venus l'écouter chanter, il se lance à corps perdu dans des bacchanales, comme le Roi Lézard ou un Dionysos ivre d'acide. La musique des Doors et les images de Stone nous entraînent au-delà de la réalité. Les membres du groupe, vivants au moment de la sortie du film et de sa préparation, ont beaucoup contredit l'aspect spectaculaire des concerts, avec des femmes nues, sous emprise, en train de se battre avec des policiers. En vérité, l'agressivité et l'ivresse permanente de Morrison n'était pas aussi prononcées, même s'il est mort jeune et a priori drogué jusqu'aux yeux. Il apparait dépressif, malheureux et le film se termine par des plans de sa tombe au Père Lachaise.

 

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Le reste du casting comprend Meg Ryan dans la rôle de Pam, la compagne du chanteur, Kyle MacLachlan dans le rôle de Ray Manzarek, le pianiste du groupe, Crispin Glover en Andy Warhol et Michael Madsen en acteur porno. Robby Krieger et John Densmore, guitariste et batteur des Doors font de petites apparitions dans le film. Mais c'est Val Kilmer qui crève l'écran avec son rôle le plus habité et le plus marquant. Stone nous immerge dans les années hippies et utilise Jim Morrison réincarné comme véhicule. La légende est magnifiée par la caméra qui épouse au plus près la Passion du chanteur. L'hystérie des concerts et du show-biz laissent place à des images plus douces, des scènes intimes où le poète reprends ses droits et où l'idole n'est plus si adorable.

 

Le cinéaste pose une certaine distance, un regard lucide sur l'exercice acrobatique du film biographique. On pense à Milos Foreman, à Marco Ferreri et son Contes de la folie Ordinaire dans lequel Ben Gazarra ne lâche pas plus souvent la bouteille que Val Kilmer. A un moment Morrison parle de tourner un film. Il dit que si Dennis Hopper peut le faire il le fera aussi. Un road movie en noir et blanc. Et le réalisateur de faire souffler un vent de désert dans ses plans nous entrainant à travers les États-Unis, de biture en biture et de concert en concert. Ne serait-ce que par ces scènes, animées par des centaines de figurants et mises en scène comme des combats, le film de Stone marque les esprits.

 

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La musique des Doors a influencé le monde du rock mais aussi celui des cinéastes. Martin Scorsese utilise la chanson The End, dans son film Who's that knocking at my door ? Francis Ford Coppola la réutilise dans Apocalypse Now. On retrouve le groupe chez Agnès Varda, Joel Schumacher, Robert Zemeckis, Katheryn Bigelow et de long en large et en travers dans le film de Tom DiCillo When You're Strange, documentaire consacré au groupe, monté uniquement à partir d'archives filmées et dans lequel Johnny Depp donne de la voix en lisant des poèmes de Morrison.

 

 

Martin Griffault

 

 

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The Town

 

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http://img411.imageshack.us/img411/450/thetownl.jpg The Town
de Ben Affleck

Sortie en salles : 15 septembre 2010
Durée : 2h03
Scénario : Peter Craig, Ben Affleck, Aaron Stockard (d'après l'oeuvre de Chuck Hogan)
Photographie : Robert Elswit
Musique : Harry Gregson-Williams, David Buckley

Distribution : Warner Bros. France

 

En 1997, deux jeunes comédiens, Matt Damon et Ben Affleck, faisaient une entrée fracassante sur la scène cinématographique. En signant le scénario et en incarnant les deux rôles principaux de Will Hunting, ils ne savaient pas encore que ce film réalisé par Gus Van Sant, leur ouvrirait les portes de la profession. Après avoir raflé un Oscar pour leur scénario, ainsi que l'Ours d'Or du Festival de Berlin, nos deux amis d'enfance se retrouvent propulsés en haut de l'affiche et entament les carrières que l'on connait.

 

D'un côté Matt Damon se fait rapidement un joli CV de comédien respectable en tournant avec Spielberg, Scorcese, Anthony Minghella, Steven Soderbergh ou Terry Gilliam, la critique et le public faisant de lui une star, et le magazine People, le sacrant l'Homme le plus Sexy du Monde 2007.

 

D'un autre côté, Ben Affleck, desservi par son physique de Ken et faisant coup sur coup de mauvais choix de rôle (Armaggedon, Pearl Harbor, Dardevil, Paycheck, pour n'en citer que quelques uns), devient vite la risée de la critique, qui ne voit en lui qu'un acteur bovin et sans talent. D'ailleurs, les célèbres Razzie Awards, qui récompensent les plus mauvais films et artisans du cinéma le nominent pas moins de six fois en dix ans pour le titre de pire acteur.

 

En 2006, il se fait malgré tout remarquer dans Hollywoodland de Allen Coulter pour lequel il prends du poids et campe un Georges Reeves attachant. Et surprise, il y a trois ans, Ben Affleck arrête de faire le pitre et passe derrière la caméra. Il adapte un roman policier de Denis Lehane, Gone Baby Gone, avec son frère Casey Affleck dans le rôle principal et met tout le monde d'accord sur son réel potentiel en tant que réalisateur. Avec ce film, Ben Affleck fait preuve d'une finesse qu'on ne lui connaissait pas dans ses interprétations, arrive à inverser la vapeur et à donner une deuxième jeunesse à sa carrière.

 

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The Town est donc le second long-métrage de l'ainé des Affleck, et sa troisième réalisation, l'acteur ayant tourné en 1993 un court-métrage inédit au titre plutôt mémorable, qu'on pourrait traduire par : J'ai tué ma femme lesbienne, je l'ai pendu à un crochet de boucher et maintenant j'ai un contrat de trois films avec Disney.

 

Affleck adapte à nouveau un roman policier, de Chuck Hogan cette fois, et après Gone Baby Gone, nous emmène encore une fois faire un tour à Boston, la ville où il a grandi, et plus précisément dans le quartier irlandais de Charleston qui est présenté comme la capitale américaine du braquage de banque. Doug Mac Ray, incarné par Affleck est le cerveau d'un gang de braqueurs qui sévissent depuis des années sans être trop inquiétés. Jusqu'au jour où l'un de ses acolytes pète un plomb pendant un casse et prends en otage la jeune directrice de la banque pour couvrir leur fuite.

 

Malheureusement, cet otage habite aussi Charleston, et les malfaiteurs se rendent compte qu'elle pourrait bien les reconnaître et les dénoncer à la police. Doug est alors chargé de surveiller la jeune femme. Mais petit à petit la filature devient flirt, puis relation un peu plus sérieuse, et le pauvre Doug, tiraillé entre sa bande et ses sentiments pour la belle va s'enfoncer dans une spirale qui l'emporte inéluctablement vers un dénouement tragique.

 

Les ressorts de l'histoire empruntent autant aux classiques du film de gangster, qu'à des réalisations plus récentes comme Heat de Michael Mann, ou La nuit nous appartient de James Gray. The Town déroule une trame balisée, mais que le réalisateur s'approprie avec sincérité. Pour lui, le crime à Boston ne paie pas. L'histoire s'articule principalement autour du thème de l'enfermement. Enfermement dans la délinquance et enfermement carcéral bien sûr, mais également dans son quartier, sa ville, sa famille d'adoption à laquelle on peut difficilement tourner le dos. Et en effet le personnage principal a toute les peines du monde à mettre un terme à sa carrière de bandit et à recommencer sa vie ailleurs. Dans sa quête de rédemption et sa volonté de fuir une situation incompatible avec ses nouveaux désirs, il se heurte à une série d'obstacles qui sont comme autant de cellules imbriquées les unes dans les autres et dans lesquelles il est depuis longtemps prisonnier volontaire. Quand ce ne sont pas les flics qui le talonnent et l'obligent à se planquer, ce sont ses compagnons de braquage qui le sollicitent pour faire un nouveau coup encore plus dangereux que le précédent. Et quand il décide de tirer sa révérence dans les règles, il s'aperçoit que les règles ont été posées bien longtemps avant sa naissance, que les deux vieux parrains du quartier ne sont pas aussi inoffensifs qu'il n'y parait. Quand il souhaite enfin renouer avec son père ou s'ouvrir à la femme qu'il aime, il s'aperçoit que le mensonge est aussi une prison dont il est bien difficile de s'évader.

 

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Il lui faudra tout sacrifier, traverser un enfer pavé de flics, et survivre à une hécatombe pour espérer un peu plus de liberté.

 

Malgré quelques caricatures imputable au genre traité, les relations entre les personnages fonctionnent, et ce principalement grâce à une bande d'acteurs convaincants. Dans le rôle de Doug, Ben Affleck s'en sort bien, même s'il lui manque peut-être un peu de maturité, d'âge, pour nous émouvoir vraiment. Cumuler les casquettes de réalisateur et d'acteur principal, n'a sans doute pas aidé à rendre son personnage aussi intense que le demandait le scénario. Face à lui, Rebecca Hall, la Vicky de Vicky Christina Barcelona, campe la jeune directrice de banque avec une belle fragilité. Sensuelle sans être pervertie, la brune Claire est l'exact opposé de l'ex de Doug, une blonde paumée et droguée, femme fatale de bar topless que le héros veut fuir comme le reste. Chris Cooper et Pete Postlewaite, en criminels vieillissants ont droit à quelques belles scènes et les autres comédiens sont au diapason, Jon Hamm en flic implacable, et dans le rôle du meilleur ami déséquilibré et violent, un Jeremy Renner toujours accro à l'adrénaline depuis Démineurs.

 

The Town s'avère être un bon petit film policier à la facture et à l'histoire classiques mais dont certaines scènes surprennent. Les séquences d'actions démontrent un vrai sens du découpage. Les fusillades en pleine rues, la course poursuite, les braquages, tout ça est emballé avec rythme et lorgne sans complexe du côté de Michael Mann ou de Kathryn Bigelow, deux cinéastes plutôt à l'aise dans l'action.

 

Cette nouvelle réalisation confirme que Ben Affleck, quand il s'occupe du scénario et de la caméra peut accoucher d'une bonne série B à l'ancienne, classique mais efficace, et que le film de gangster a encore de beaux jours devant lui, pour peu que notre Daredevil aveugle ne perde pas de vue ses ainés, Scorcese en tête, qui ont donné ses lettres de noblesses au genre.

 

 

Martin Griffault

 

 

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